Andromaque, acte IV, scène
Chrvsès en faveur des Grecs qui lui ont restitué sa fille, au repas tout homérique qui suit l’immolation des victimes, au chant des hymnes saintes; puis, le lendemain , au départ matinal des Grecs et à leur retour dans le camp. Dans cette dernière partie du récit homérique, l’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus, ou de la fidélité et de la richesse des détails, ou de la rapidité de la narration. A l’époque qui nous occupe, les objets physiques faisaient une vive impression sur l’imagination des hommes, voilà pourquoi sans doute les poètes les peignaient avec une complaisance toute enfantine et avec une vérité pleine de charme : * Le lendemain, dès que l’aurore aux « doigts de rose, cette fille du matin, eut paru dans « le ciel, ils s’apprêtent à retourner dans leur vaste « camp. Apollon fait souffler un vent favorable. Ils « dressent le mât et déploient les voiles blanchis- « santés Le vent les gonfle; le navire vole; les vagues « azurées viennent battre ses flancs en mugissant : «t les flots s’affaissent et il sillonne sa route. Quand « ils furent arrivés dans le vaste camp des Grecs, les « rameurs tirent leur noir vaisseau jusqu’au haut de « la grève, l’assujettissent sur de grands étais et « vont ensuite se disperser parmi les tentes et les « navires 1 . »
Hâtons nous maintenant d’arriver à la seconde moitié de ce premier chant, empreinte d’un caractère tout particulier.
Il y a dans le drame de Ylliade deux sortes d’acteurs ; les uns sont des héros et des hommes, les autres sont des dieux. Ceux-là agissent sur le sol de
la Troade, ceux-ci, dans l’Olympe. Homère nous a déjà fait connaître les principaux d’entre les premiers ; il va nous montrer les plus importants parmi les seconds.
Jupiter et tous les autres dieux, après une absence de douze jours, sont revenus de l’Éthiopie et sont remontés dans l’Olympe. Voici Jupiter assis, loin des autres dieux, sur les cimes les plus élevées de l’Olympe. C’est là que vient le trouver Thétis, qui n’a pas oublié les prières de son fils.
Un mot d’abord sur les dieux d’Homère. La religion des Grecs du temps d’Homère était l’anthropomorphisme; progrès immense, après tout, et qui n’a dû qu’après un long temps succéder à un fétichisme grossier importé, dans le principe, par des colonies venues d’Égypte et d'Asie. Les dieux d’Homère partagent les plaisirs et les douleurs physiques de l’humanité ; ils éprouvent également toutes les passions humaines dans toute leur faiblesse et dans toute leur violence ; ils sont orgueilleux, jaloux, égoïstes et vindicatifs. De là, la facilité avec laquelle les Grecs devaient admettre la réalité de semblables êtres, dieux par leurs attributions et leur pouvoir, mais hommes par leur manière de sentir. « Homère, dit fort bien « un critique contemporain, Homère a montré les « dieux comme on les concevait de son temps, tour « à tour débonnaires, brusques, colères, personnels, « doués au plus haut degré de passions humaines, « mais avec des facultés et des forces surnaturelles; « il ne paraît jamais s’inquiéter des inconséquences « qu’un railleur y trouverait. Virgile, en recevant « ses dieux tels que les lui donnait la tradition, les a « soignés comme quelqu’un qui n’y croit pas, et qui
« est venu depuis Cicéron et César, — comme qui « dirait depuis Voltaire.
« Homère n’a pas tant soigné les siens, car il y « croyait ou on y croyait autour de lui.... Homère a « sur les dieux les idées de son âge, d’après lesquelles « on leur attribuait sagesse sans doute, prévoyance, e puissance, mais en môme temps les passions et les « mœurs humaines, festins, chants, amours, habi- « tacle et pourpris doré et le goût de toutes ces « choses; avec eux on est plus haut que l’humanité « d’un ou plusieurs crans ; l'étage est supérieur, « .voilà tout 1 . »
Examinons.
Thétis s’est placée près du maître des dieux. Le poète nous la montre, et la peinture est charmante, qui de la main gauche presse les genoux de Jupiter, et de la droite lui touche le menton, attitude ordinaire aux suppliants chez les anciens 2 . Elle prie le dieu, en reconnaissance des services qu’elle lui a rendus jadis, de venger son fils outragé par Agamemnon qui lui a ravi sa récompense. Que Jupiter donc, pour honorer Achille, donne la victoire aux Troyens jusqu’au jour où les Grecs reviendront à Achille pour le combler d’hommages et de gloire.
Ainsi, dans Virgile, Vénus, ses beaux yeux voilés de pleurs, intercède pour un fijs malheureux, et à qui les dieux pourtant ont promis puissance et grandeurs. Le Jupiter de Virgile promet à Vénus d’exau*cer sa prière, de la meilleure grâce du monde, et