Voir Strahon, liv. VIII
donc la divinité — comme si elle ne le savait pas! — qui lui a fait adopter ses conseils?
La réponse de Jupiter est celle de plus d’un mari que sa femme aurait questionné mal à propos :« N’es- « père pas pénétrer tous mes desseins; cela te serait « difficile, quoique tu sois mon épouse : ce qu’il contt vient que tu connaisses, nul parmi les dieux ni « parmi les hommes ne le saura avant toi ; mais les « desseins que je médite loin des autres divinités, « qu’ils ne soient point l’objet de tes questions et ne « cherche point à les approfondir'. »
Et quand Junon réplique, sans se douter qu’elle s’accuse elle-même d’espionnage, qu’elle n’est pas la dupe de Jupiter, qu’elle craint fort qu’il ne se soit laissé séduire par les prières de Thétis, qu’elle l’a bien vue ce matin lui embrassant les genoux, et qu’elle a lieu de croire que Jupiter lui a promis d’exterminer les Grecs près de leurs vaisseaux; Jupiter, visiblement contrarié d’étre si bien deviné, le prend de haut; et d’autant plus, qu’il se sent davantage dans son tort : Quoi, toujours des soupçons 1 Tout cela ne servira qu’à rendre Junon plus odieuse à Jupiter, et il n’en agira pas moins selon sa volonté. Et il termine en vrai mari oriental, en mari despote ; « Va « t’asseoir en silence et sois soumise à mes ordres; « quand tous les dieux de l’Olympe voleraient à ton « secours, ils ne te sauveraient pas si 'je portais sur « toi mon bras redoutable 1 2 . >>
Un mot de pins, on le voit, et le maître des dieux se livrera envers son épouse à des voies de fait. Ne
soyons pas étonnés de ces peintures si délicieusement naïves. Homère, encore une fois, nous dépeint ses dieux comme on se les figurait de son temps, tantôt grands, tantôt débonnaires, enclins à toutes les passions humaines; il était d’autant moins soucieux de sauver la dignité de ces dieux, que lui et ses contemporains y croyaient davantage.
« Ainsi, dit encore spirituellement à ce sujet, le « critique cité plus haut, ainsi, au moyen âge (s’il est « permis de faire le rapprochement), on prenait « mille familiarités avec Dieu et avec les saints, fait miliarités qui, alors, ne tiraient pas à conséquence « et qu’on s’est retranchées depuis, quand sont venus « les réformateurs et les philosophes et qu’on a eu « moins de croyance »
Dans les détails qui suivent, — et j’y insiste à dessein, afin de nous fixer, une fois pour toutes, sur la mythologie homérique, — dans ce qui suit, mêmes ” naïvetés, mêmes habitudes humaines. Yulcain, le boiteux Yulcain, vient consoler Junon sa mère, qui n’avait obéi qu’en frémissant. Il lui fait entendre le langage de la raison. Qu’elle ne trouble pas l’Olympe par la discorde; qu’elle se soumette à la volonté de Jupiter. Et, offrant à Junon une large coupe, il l’exhorte à comprimer ses ressentiments ; qu’elle n’irrite pas davantage Jupiter; car, hélas ! lui, Vulcain, ne pourrait rien pour elle; il n’a que trop éprouvé combien il est dangereux de résister à Jupiter, témoin le jour où, pour avoir osé défendre Junon, Jupiter le précipita du haut du ciel., Allusion à sa chute burlesque et dont il se ressent encore. Et