‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 26 sur 138 · Voy. la fin du deuxième livre de l’Iliade (v · texte numérisé non relu

Voy. la fin du deuxième livre de l’Iliade (v

?. H., II, v. 813.

d’Anténor, Pandarus de Zélée, un archer habile, — nous le verrons bientôt, — Glaucus et Sarpédon *.

Suivons maintenant les mouvements des deux parties belligérantes que, pour la première fois, le poète va mettre en présence.

Il nous montre tout d’abord les Troyens poussant, comme des nuées d’oiseaux ou de grues, de confuses clameurs. On voit qu’on a sous les yeux des barbares.

La discipline se montre davantage dans les rangs des Grecsjnarchant tous en avant avec le désir de se prêter un mutuel appui, et tous, gardant un profond silence.

A la tête des Troyens paraît le beau Péris. Il est plutôt paré qu’armé pour le combat. Dès qu’il a vu l’armée des Grecs, avec une forfanterie digne de son caractère léger et étourdi, le favori de Vénus défie les plus illustres des Grecs et les provoque au combat. Le premier, l’intrépide Ménélas l’aperçoit, et, revêtu de ses armes, saute aussitôt à bas de son char. Les voilà donc immédiatement en face l’un de l’autre, ces deux hommes qui personnifient véritablement dans sa cause principale toute cette longue et formidable guerre. De cette façon le poète éveille tout de suite notre attention et pique notre curiosité. Le courage de Ménélas, la soif de la vengeance dont.il est altéré à l’aspect de Pâris ravisseur d’Hélène, sont admirablement exprimés, quand Homère compare Ménélas à un lion pressé d’une faim dévorante et apercevant au loin un daim sauvage ou un cerf orgueilleux dont il va faire sa proie. La poltronnerie de Pâris, si

1. Voy. le dénombrement de l’armée troyenne. (H., II, v. 816-877.)

fanfaron il y a quelques instants, n’est pas moins bien rendue : Homère nous le présente , fuyant à l’aspect de Ménélas, comme un homme qui aurait marché sur un serpent et reculerait, la pâleur sur le front. . . .

A la vue de Pâris courant se cacher et se perdre dans les derniers rangs de l’armée troyenne, Hector, le courageux Hector, ne peut maîtriser sa colère. Son âme guerrière souffre de tant de lâcheté; il adresse à son indigne frère d’amers reproches. Piqué au vif, Pâris reconnaît que ces reproches sont mérités ; et comme pour se réhabiliter aux yeux du vaillant Hector et à ses propres yeux, il demande aussitôt à vider la querelle par un combat singulier entre lui et Ménélas : que les deux armées s’arrêtent ; Ménélas et Pâris seuls au milieu des deux camps combattront ensemble. Le vainqueur emportera Hélène et ses trésors, et les peuples cimenteront la paix par des serments solennels.

Ces paroles remplissent de joie le cœur du vaillant Hector, qui, comme le remarque un ingénieux critique, entrevoit avec bonheur le moyen de « rétablir « l’honneur des Troyens, auquel a pu nuire la fuite « de Pâris 1 . » Aussitôt Hector s’avance sa pique à la main ; il arrête d'abord les phalanges troyennes, puis s’adressant aux Grecs qui marchaient sur lui, il leur crie de loin la proposition de Pâris. Ménélas accepte avec empressement le défi de Pâris, comme un moyen d’en finir avec cette guerre interminable : depuis trop longtemps les deux peuples souffrent tous les maux imaginables ; le moment est venu pour chacun

1. Pope cité par Bitaubé, Remarques sur l’Iliade, t. I, p. 175.

d’eux de goûter les douceurs de la paix. Entre les deux champions les dieux vont décider. Qu’il succombe donc celui que le destin a marqué pour succomber!

Mais, si Ménélas accepte la proposition de Paris, il ne se contente pas de sa seule parole. Avant de descendre dans l’arène, il veut que les deux peuples conviennent entre eux, et solennellement, de respecter la décision du sort.

Si du temps d’Homère on eût connu l’écriture, et nous croyons le contraire *, il est probable qu’on eût eu recours ici à un traité. En guise de traité et pour lier la parole des deux peuples, Ménélas propose, selon l’usage de ces temps antiques, une double immolation de victimes prises chez les Troyens et chez les Grecs, et sacrifiées en même temps ; immolation qui sera accompagnée des serments réciproques des deux peuples. Ménélas exige de plus, car il se défie, et Ajuste titre, de la bonne foi de Pâris, que le vieux Priam se rende en personne au milieu des deux armées pour sanctionner et fortifier encore par sa présence la solennité des conventions et des serments.

Et voici déjà que tout se dispose à la paix. Naguère tout présageait lutte et bataille, et maintenant, — le contraste est aussi heureux qu’agréable, — les deux peuples, en attendant la cérémonie des sacrifices et l’issue du combat, « retiennent leurs coursiers dans « les rangs, descendent des chars, se dépouillent de « leurs armes et les déposent sur la terre tout près » les unes des autres. Un étroit espace séparait les « deux armées*. »

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