Combat entre Eudore et le chef des Francs
Digitizec
ble assez à nos duels modernes. Chacun des champions a comme son témoin. Ulysse semble être le second de Ménélas, Hector celui de Pâris. Comme tels, du moins, « ils mesurent le champ du combat, » comme tels « ils agitent ensuite les sorts dans un cas- « que d’airain, afin de savoir qui le premier lancere « le javelot d’airain. »
Le sort a désigné Pâris.
Faisons comme l’armée. Soyons spectateurs de cette lutte, et suivons-en les phases diverses. Pâris, revêtu de ses armes et la tête couverte d’un casque orné d’une riche crinière, s’avance contre Ménélas qui venait à lui. Les voilà en champ clos, agitant leur lance et frémissant de colère. Pâris lance contre son adversaire sa longue javeline; elle s’émousse sur l’armure de Ménélas sans la pénétrer. De son côté, Ménélas, après avoir invoqué Jupiter, protecteur de l’hospitalité contre celui qui l’a si indignement trahie, lance aussi sa javeline ; elle pénètre à travers la cuirasse de Pâris et déchire sa tunique près du flanc. Pâris s’incline et se dérobe a la mort'. Armé alors de son épée, Ménélas s’élance ; mais l’épée atteint le rebord du casque et se brise en mille éclats. Dans le texte grec, il semble qu’on entende et qu’on voie la chose. 11 y a là une harmonie imitative d’un rare effet, et le fameux
L’essieu crie et se rompt
de Racine, n’égale pas encore le vers grec qui par la dureté des sons nous peint le glaive brisé entre les mains de Ménélas.
Tpi^Bdt te xai TETpo^Oà Btaxpuçiv b.Ktrjt )(Etp<5ç.
Sans se déconcerter, Ménélas saisit la crinière du
casque de Pâris et le traîne le front sur la poussière. Mais que peut le courage d’un mortel contre l’intervention des dieux? Vénus n’oublie pas, en cette grave circonstance, son cher Troyen; elle rompt la courroie du casque qui reste vide entre les mains de Ménélas ; et quand celui-ci se précipite de nouveau sur son ennemi, il n’est plus temps ; Vénus a enlevé Pâris ; elle l’a enveloppé d’un nuage et l’a transporté au fond de sa chambre d’hyménée « où s’exhalent de « doux parfums. »
Pans ce qui suit, et jusqu’à la Gn du troisième chant, Homère entre comme dans une veine nouvelle. De là, une agréable variété dans le récit. On y surprend quelque chose, ce semble, de l’influence de la douce et molle Ionie, la patrie de notre poète. On a comme un avant-goût de la poésie anacréontique ou saphique. Vénus intervient encore, et partout, on est comme touché du souffle de la déesse des amours.
« Aussitôt la déesse court appeler Hélène, la « trouve sur la haute tour environnée d’une foule de « Troyens. Elle la tire doucement par sa robe odori- « férante comme le nectar et lui parle sous les traits « d’une femme avancée en âge, habile à tisser la * laine. Autrefois, quand sa maîtresse demeurait en- « core à Lacédémone, elle lui préparait des laines su- « perbes et la chérissait tendrement. Vénus, emprun- « tant ses traits, lui parle en ces mots :
« Viens, suis-moi, dit-elle, Alexandre t’invite à « venir près de lui. Assis dans sa chambre nuptiale, « sur un lit magnifique, il est brillant de beauté et « de parure. Tu ne dirais pas qu’il vient de com- « battre un héros, mais qu’il va se rendre à quelque
« fête, ou qu’en quittant les chœurs de danse, il « goûte le repos.
« Elle dit et jette le trouble dans l'âme d’Hélène « qui, se couvrant d’un voile d’une blancheur écla- « tante, se dérobe à toutes les Troyennes et suit en « silence les pas de la déesse.
« Quand ils furent arrivés au palais magnifique, « les suivantes d’Hélène se hâtent de retourner à * leurs travaux, et la femme à la beauté divine monte « dans la chambre nuptiale. Vénus, la déesse des ris, « prend un siège et le pose en face de Pâris. Hélène, « rejeton du dieu armé de l’égide, s’y place, et, dé- « tournant les yeux, elle adresse à son époiix d’amers « reproches *. »
Hélène reproche, en effet, à Pâris de s’être soustrait au combat et de n’avoir pas tenu ses promesses de valeur. Que n’a-t-il péri en luttant contre cet homme courageux qui s’appelle Ménélas 1 Hélène, on le voit, n’oublie pas un instant sa triste situation. Et pourtant, au milieu de ces reproches, éclate aussi la tendresse fatale d’Hélène pour Pâris: car aussitôt après, elle l’engage à ne plus s’exposer désormais de la sorte ; cette témérité pourrait lui coûter la vie.
Alors Pâris :
« Chère épouse, ne déchire pas mon cœur par des « paroles amères. Aujourd’hui Ménélas m’a vaincu « par le secours de Minerve; à mon tour je le vain- « crai. Des divinités aussi me protègent. Mais viens, « goûtons les douceurs de l’amour sur cette couche ! « Jamais de si vifs désirs n’ont enivré mon âme, « même lorsqu’au sortir de la riante Lacédémone,