‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 36 sur 138 · Odes, I · texte numérisé non relu

Odes, I

Sommaire : Le quatrième livre de l 'Iliade. — Encore l’Olympe d’Homère. — Minerve engage Pandarus à rompre le traité. — Une description admirée et commentée par Aristote. — Un autre passage curieux ; réflexions morales. — Machaon guérissant la blessure de Ménélas, rapproché. d’Iapis guérissant la blessure d’Énée dans YÈnéide; réflexions d’un écrivain moderne sur ces deux épisodes. — Agamemnon parcourt les rangs de ses soldats et les exhorte au combat. — Beaux traits de caractère, -r- Homère, peintre de batailles ; une mêlée ; épisode de Simoïsius ; conjectures ; moralité. — Une scène épique.

Au début de, ce chant, Homère nous transporte encore de la terre dans l’Olympe. Il agrandit ainsi son sujet en y mêlant Sans cesse les dieux. Tous les immortels sont rassemblés autour de Jupiter. Ils considèrent la ville des Troyens, tandis qu’ils se saluent de leurs coupes d’or qu’Hébé leur remplit de nectar. Ces dieux sont toujours des hommes. Comme les hommes, ils apaisent tantôt leur faim, tantôt leur sqjf ; mais ils éprouvent surtout les passions des hommes, et cela, dans toute leur faiblesse et dans toute leur violence. Cet Olympe est troublé par les querelles, les soupçons, les jalousies; et le lecteur, tantôt dans tel passage du poète, tantôt dans tel autre,

retrouve toutes les petitesses et toutes les misères d’ici-bas.

Jupiter raille malicieusement Junon et Minerve sur la coupable négligence avec laquelle elles abandonnent maintenant Ménélas, tandis que Vénus, absente du ciel, s’est empressée de voler au secours de de son cher Pâris. Quoi qu’il en soit, c’est aux dieux à décider si l’on doit renouveler la guerre ou cimenter l’alliance entre les deux peuples. Jupiter savait à merveille combien cette dernière proposition à laquelle il ne peut songer sérieusement, vu les promesses qu’il a faites à Thétis, combien, dis-je, elle devait blesser au cœur Minerve et Junon assises là, l'une près de l’autre, et toutes les deux résolues à perdre les Troyens et à favoriser les Grecs. Homère nous peint alors ces deux divinités, « témoi- « gnant leur dépit par un sourd murmure. » Minerve, cependant, garde le silence par respect pour son père ; mais la violente et hautaine Junon ne peut contenir les mouvements de son âme irritée : Jupiter, dit-elle , se plaît donc à rendre inutile toutes ses peines? Ignore-t-il tout ce qu’a fait Junon pour armer les Grecs et pour les amener sous les murs d’Ilion ?

Et Jupiter , avec une malice calculée , cherche à faire prévaloir son premier avis. Il plaide la cause des Troyens qu’il chérit pour leur religieuse fidélité ; les Troyens, de tout temps, ont honoré son culte. Puis, le rusé maître de l’Olympe, feignant de se laisser entraîner par Junon à un parti qu’au fond il regretterait de ne pas voir prévaloir, réclame pour l’avenir le bénéfice d’une condescendance qui n’en est pas une. Que Junon, dit-il, en agisse selon ses désirs,

mais qu’elle n’oublie pas ceci : si jamais Jupiter voulait détruire à son tour une ville chère à Junon, que celle-ci n’essaye pas alors de résister; elle ne saurait arrêter le cours de la vengeance du dieu. Et Junon, saisissant au vol ces paroles de Jupiter dont elle est, après tout, la dupe ici, comme on a pu le voir, laisse échapper ces mots qui nous font lire au fond de ce cœur tout humain par la passion : « Il est trois villes « qui me sont chères entre toutes ; Argos, Sparte etMy- « cènes aux larges rues. Perds-les si elles deviennent « odieuses à ton cœur. Je n’irai point les protéger ; je « ne plaiderai point en leur faveur 1 .» Cette réponse peint à merveille, ce me semble, le naturel de bien des femmes, souvent prêtes à sacrifier à leur ressentiment, ce qu’elles ont de plus cher, leurs amours comme leurs amitiés, leur devoir comme leur honneur. De la part de Junon, quel odieux marché, quel honteux compromis ! Combien, encore une fois, et cela n’honore ni les uns ni les autres, combien, hélas! ces dieux ressemblent aux hommes! Jupiter consent à ce traité, et sur la proposition que lui en fait Junon, il envoie Minerve sur la terre et la charge de rompre l’alliance des deux peuples, afin de renouveler la guerre entre eux. Minerve descend aussitôt, de l’Olympe et s’élance au milieu des deux camps. Elle a déjà trouvé le moyen d’atteindre son but. Son plan est arrêté. Usurpant les traits de Laodocus, fils d’Anténor, elle se glisse dans les rangs des Troyens. C’est de là qu’elle fera partir le coup destiné à violer le traité et à faire renaître la lutte.

On n’a pas oublié la position des .deux armées pla-

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