‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 37 sur 138 · IV, v · texte numérisé non relu

IV, v

cées en face l’une de l’autre sur deux lignes immenses et séparées par un étroit espace, au moment où Ménélas et Pâris s’étaient attaqués dans un combat singulier. La déesse choisit pour instrument de ses desseins un jeune guerrier allié des Troyens, venu au secours de Troie, du fond de Zélée sur la Propontide. S’adressant à la fois à l’amour-propre et à l’a- . Varice de Pandarus, le faux Laodocus l’engage à lancer un trait contre Ménélas debout, en face de lui, et cherchant encore Pâris qui avait échappé à ses coups; quelle gloire pour Pandarus, s’il vient à tuer Ménélas, et de quels honneurs et de qilelles richesses les Troyens ne récompenseront-ils pas son action 1

Si le ressort employé ici par Homère est contraire à la morale et si l’acte de Minerve ne répond guère à l’idée qu’on se fait de la justice divine, au point de vue poétique, la démarche de la déesse et l’effet dont elle va être suivie, donnent lieu à des scènes d’une grande beauté. Les paroles de Minerve ont persuadé le cœur de l’insensé Pandarus, et à l’instant même il se prépare à porter le coup fatal.

Tout co qui se rapporte à l’action de Pandarus est traité avec une certaine étendue. Le temps le permettait; caries deux armées sont en repos, et cette action aura des conséquences si graves, que le poète, on le comprend, devait y insister. Voici donc que Pandarus tire de son étui un arc luisant. Et Homère, — cet épisode jette une agréable variété dans le sujet, en même temps que le récit estd’un.grand charme, — Homère se met à nous faire l’histoire de cet arc. Un jour que Pandarus était à la chasse, placé dans une embuscade, il vit sortir du creux d’un rocher une chèvre sauvage. Il lui lança un trait qui vint l’atteindre à la poi-

trine, et la chèvre tomba expirante sur la pierre. Ses cornes avait seize palmes de haut. Un ouvrier habile les travailla, les polit, en joignit les deux extrémités qu’il dora. C’est cet arc qu’ajuste maintenant Pandarus en l’appuyant sur la terre, tandis que ses compagnons couvrent le guerrier de leurs boucliers pour le dérober aux regards, comme aussi aux coups des Grecs qui pourraient chercher à le prévenir. Et si maintenant on veut un exemple de l’art avec lequel Homère sait peindre les choses avec une précision de détails incomparable, qu’on lise ce qui suit. On assiste à tout; tout est mis sous nos yeux : « Alors Pandarus « ôte le couvercle de son carquois ; il en tire une « flèche ailée, intacte, mère de cruelles douleurs. « Aussitôt il adapte au nerf le trait amen II fait vœu « d’immoler au puissant Apollon, le dieu de la Lycie, * une hécatombe...., puis il saisit et tire à la fois le « cran de la flèche et le nerf. 11 fait toucher le nerf à « sa poitrine et la pointe du dard au sommet de l’arc. « Mais à peine eut-il tendu cet arc immense et re- « courbé, soudain l’arme vibre, le nerf crie, le trait « acéré s’élance avide de se plonger dans la foule '. » On aura vu par cette courte description, comment le poète, avec son ardente imagination, anime tout et prête aux objets physiques des qualités, pour ainsi dire, personnelles. La flèche est « la mère de noires « douleurs; » cette même flèche « s’élance » comme le ferait un guerrier, et comme un guerrier aussi « elle est avide de se plonger dans la foule. » Partout le même bonheur et la même hardiesse dans les métaphores. Les beautés de ce genre, qui abondent dans

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