‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 49 sur 138 · L’abbé Prévost, je crois · texte numérisé non relu

L’abbé Prévost, je crois

monstrueuse exception. Non, un père s’efface devant son fils, ou plutôt se confond avec lui. La gloire du fils comme son deuil, c’est la gloire et le deuil du père. Tout cela forme un patrimoine commun. Ainsi qu’Astyanax un jour à venir surpasse son père, l’ombre d’Hector en tressaillera de joie. Cette abnégation, un seul mot la peint dans Homère : « Que l’on « dise un joür à son retour des combats, Celui-là est a plus vaillant encore que son père. Ilarpo; S’ 8y& noXXôv « àfiEîvwv. » C’est la suprême expression du sublime égoïsme de l’amour paternel.

Cette belle scène a encore inspiré Sophocle dans son Ajax. Nous retrouvons de nouveau le poète du temps de Périclès sur les traces d’Homère. Avant de se donner la mort, Ajax fait amener devant lui son fils encore dans la plus tendre enfance ; cet enfant, comme l’Astyanax d’Homère, ne peut rien entendre aux scènes lugubres qui se passent sous ses yeux. Ajax, couvert encore du sang qu’il a répandu dans son. délire en se jetant sur les troupeaux de l’armée, à sa grande honte, il le sent, Ajax prend son fils dans ses bras et lui parle en ces' termes: « O mon fils! « sois plus heureux que ton père; pour tout le reste « ressemble-lui et tu ne seras pas un lèche*. Dès ce « moment je puis envier ton sort, puisque tu ne sens « aucun de ces maux. Tout ignorer c’est là le vrai « bonheur de la vie jusqu’à l’âge où tu connaîtras la «joie et la souffrance. Quand tu seras arrivé à ce « moment, il faudra montrer à tes ennemis de quel « père tu tiens le jour. Jusque-là, nourri à la douce

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