Æn., Iib. X, v. 407 sqq
ni de corriger Homère avec plus de sensibilité et de goût.
Pour donner comme un signe de sa douleur et du deuil de son cœur paternel, Jupiter, dans Homère — et l’idée en est poétique et touchante — fait tomber sur la terre une sanglante rosée.
Le combat entre les deux guerriers forme comme un groupe détaché du fond du tableau où l’on nous présente, on l’a vu, une sanglante bataille. Ce combat est plein de détails vrais. Patrocle frappe tout d’abord à mort l’écuyer de Sarpédon; Sarpédon lance à son tour un trait 'contre Patrocle; le trait manque son but et vient frapper à l’épaule droite le coursier mortel Pédase, qui tombe aussitôt mort dans la poussière. Les deux autres chevaux s’écartent, le joug crie, les rênes se confondent. Automédon, à l’instant môme, avec son glaive, coupe les traits près du timon. Xanthe et Balie se replacent soüs le joug et obéissent de nouveau aux guides. Les deux guerriers recommencent la lutte. Sarpédon tombe. « Ainsi « tombe un chêne ou un peuplier, ou un pin élevé, « que sur les montagnes les bûcherons font choir « sous le tranchant de leurs haches pour construire « un vaisseau; ainsi ce guerrier demeure étendu de- « vant son char et ses chevaux, frémissant, et pressant de ses mains la poussière ensanglantée. Tel « un taureau plein de vigueur et de courage que tue « un lion survenant au milieu d’un troupeau de « bœufs, meurt en mugissant sous la gueule du lion, « tel, sous les coups de Patrocle, le chef des vaillants « Lyciens meurt plein de courroux *. » Admirable
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peinture ! C’est bien ainsi que devait tomber le colossal Sarpédon. Non moins belle est la seconde comparaison prise comme toutes les comparaisons d'Homère dans là nature, et, comme nous l’avons fait remarquer ailleurs *, dans le règne animal. Ainsi procède Homère ; un ou deux traits, mais des traits pleins de grandeur et de simplicité à la fois, lui suffisent.
Avant d’expirer, Sarpédon a recommandé à son ami Glaucus qui se tenait près de lui, de veiller avec ■les Lyciens et les Troyens à ce que Sbn corps et ses armes ne demeurent point au pouvoir de ses ennemis. Glaucus, souffrant encore des suites d’une grave blessure, prie les dieux de lui donner la force 'nécessaire pour accomplir les dernières volontés de son ami expiré. Les dieux ont exaucé ses vœux ; et il court alors ranimer l’ardeur des Lyciens et des Troyens; il leur annonce la mort de Sarpédon, les excite, et avant tous Hector, à venger le trépas de ce brave guerrier. Mais il faut empêcher surtout les Grecs de dépouiller et d’outrager le cadavre de leur compagnon; et une lutte terrible s’engage. Hector et les Troyens que les paroles de Glaucus ont remplis de douleur, s’élancent aussitôt contre les Grecs. Patrocle, de son côté, engage les siens à tenir bon, à repousser les Troyens, à enlever, s’il se peut, le corps de Sarpédon.
Pour se rendre compte de l’opiniâtreté et de l’acharnement de la lutte qui commence alors, il est nécessaire de se rappeler que dans l’antiquité les honneurs de la sépulture avaient une importance extrême. Un critique distingué de nos jours, expli-