‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 71 sur 138 · Rollin, Traité des Études, 1. 1, p. 451 , édit. Letrone · texte numérisé non relu

Rollin, Traité des Études, 1. 1, p. 451 , édit. Letrone

« velure. Les captives qu’Achille et Patrocle avaient « prises, le cœur profondément affligé, poussent de « grands cris ; elles se précipitent de la tente, s’em- « pressent autour du belliqueux Achille, toutes se « frappent le sein, et chacune d’elles se sent défaillir. « Non loin de là, Antiloque gémissait en versant des « larmes et en tenant les mains d’Achille qui soupi- « rait du fond de son généreux cœur ; car il craignait « que le héros ne se déchirât la gorge avec le fer. « Achille se lamentait horriblement'. »

Cette douleur répond bien à l’impétuosité du caractère d’Achille et à la vivacité de son amitié pour Patrocle. Peut-être un poète moins ancien qu’Homère n’aurait-il pas osé nous montrer ainsi la nature toute nue, en quelque sorte; il aurait craint de compromettre la dignité de son personnage. Homère n’a point de telles préoccupations. Achille, d’ailleurs, appartient à ces temps héroïques, c’est-à-dire à demi barbares où les passions — nous en avons déjà vu plus d’un exemple dans ces Études — éclatent dans toute leur force et dans toute leur violence. Il y a aussi dans cette même peinture des traits du plus grand pathétique ; cette grande douleur rappelle les douleurs bibliques; dans la Bible aussi, on se jette de la poussière sur la tête et l’on se roule à terre ; témoin Jacob, quand il apprend la mort de Joseph*; témoin David, couché à terre et se lamentant pendant la maladie de son enfant*. Puis, les cris de ces captives sortant de la tente rendent le tableau plus pa-

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