Genèse, xxxvn
3. Sam., Il, xu, 15, 16. V oy. en général pour le deuil des anciens Hébreux, M. Munk, Palestine, p. 379-
. ' , ÉTtJDES SUR HOMÈRE. 2L7 . • •’ •
'thétigue encore. Et quel coup de pinceau que celui . „
qui nous représente Antifoquq debout près d’Achille au désespoir, , Antiloque pleurant et lui tenant les mains pour l’erapéçher dp se tuer? .
Ainsi s r était lamenté cet autre Achille, dont lé nom fut Alexandre. Après la mort dé Glytus, il se jette à terre, refuse toute nourriture et menacé de se percer leseih avec son épée'. r Mais cependant , quelle différence et toute en faveur d’Achille ! Le fils de Fhi- . lippe a tué lui-même dans un honteux excès d’ivresse,
■ . . cét ami qu’il pleura si amèrement quand la raison lui fut revenue; tandis qu’Achilie a toujours eu, pour ,- Patrocle . vi'vanf raffectipn la plus égale et la plus , douce. ‘ ‘ .; »• ' .
Cette douleur d’Achille va réveiller une autre dotf- ’ ' leur moins violente, plus mélancolique et non moins touchante. Les tris du fils de . Pélée ont frappé les oreilles de sa mère assise en ce moment au fond de , son humide empire près dgi vieüx Nërée.| son père. „ • Elle géUiit.' Les Néréides, ses sœurs, se rassemblent »•
' autour 'd'elle* Thétis leur fait connaître le sujet’ de son affliction : c’est cet Achille qu’ellé a élévé avec de si' tendres soins qui cause tous ses chagrins. Hélas ! elle ne -le -reverra sans doute pl us jamais dans la . Théssalie ; maintenant il est accablé de tristesse. Elle ira 'donc voir ce fils - Chéri pour apprenne de ' lui 'quelle peine l’afflige ainsi. Et Tlyétik quitte-sa grotte.
Les Néréides la suivent en pleurant. Les flots .s’écar- .• .tent. Arrivées dans les plaines d’Ilion, les sœurs, de Thétis. se rangent sur le ravage près des vaisseaux d’Achille, tandis que Thétis s’avance vers spn fils qui
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soupirait. Elle se place près de lui, lui ombrasse la tête et l’interroge : « Mon fils, pourquoi pleures-tu?
« Quel deuil s’est emparé de ton âme? Parle ; ne me « cache rien ; tout pour toi fut accompli par Jupiter * lorsque, il y a quelque temps, tu le suppliais, en « élevant les mains vers lui, de repousser vers leurs .« navires les fils des Grecs, privés de ton secours et « de les accabler de mille maux 1 . »
Achille lui répond : «Orna mère, oui, sans doute,
« Jupiter, le maître de l’Olympe, a tout accompli « pour moi; mais quelle joie puis-je en ressentir,
' « puisque mon ami fidèle a péri, l’atrocle, que j’ho- « norais le plus de tous mes compagnons et à l’égal i de ma propre tête, je l’ai perdu ; Hector, après l’aa voir immolé, l’a dépouillé de ses armes 8 . »
Il ajoute qu’il ne veut plus vivre désormais, à moins que, frappant Hector, il ne lui fasse expier là mort dé Patrocle.
Grande et noble douleur ! Le cœur d’Achille brû- . lait de la sainte passion de l’amitié. Patrocle, son ami, était pour lui tout un monde, et ulaintenant que Patroçle n’est plus, toüt lui devient indifférent, même les désastres si ardemment souhaités des Grecs. Tout s’obscurcit autour de lui et la vie même lui est à charge. Et quand Thétis, répondant, à la dernière pensée d’Achille, lui rappelle que d'après les oracles son trépas doit suivre de près celui d’Hector, Achille, plus calme maintenant après la première explosion de sa douleur, achève d’exhaler ses chagrins et ses regrets. - • • . * \ ... ;
« Que je meure à l’instant, puisque je n’ai pu se- « courir mon compagnon immolé. 11 est mort loin de « sa patrie, et sans doute il m’a désiré pour éloigner « de lui le péril dans ce combat. Non, maintenant je « ne retournerai plus dans la terre aimée de la patrie, « puisque je n’ai pu sauver Patrocle et les autres « compagnons tombés en grand nombre sous les « coups du terrible Hector. Inutile fardeau de la « terre, je suis resté assis près de mes navires.... Ah ! « périsse la discorde parmi les dieux et parmi les « hommes ! Périsse la colère qui pousse le sage même * à s’emporter! Plus douce que le miel, elle se glisse « et s’élève comme une fumée dans le cœur des mor- « tels. Ainsi m’irrita le roi des hommes, Agamemnon. «i Mais oublions le passé, quoi qu’il m’en coûte; et, « cédant à la nécessité, domptonsla colère dans notre « sein. Maintenant courons chercher Hector, le meur- «. trier d’une tête si chère, le cruel Hector. Pour moi, « je recevrai le trépas dès qu’il plaira à Jupiter et « aux autres immortels de me l’envoyer.... Ne son- « geons qu’à nous couvrir d’une immense gloire. Que « je contraigne quelqu’une des belles Troyennes et « des filles de Dardanus à essuyer dés deux mains les « larmes sur son tendre visage et à pousser de fré- « quents soupirs. Qu’on comprenne que longtemps je « me suis éloigné des combats. Ne cherchez pas à me « retenir, ô ma mère, quel que soit votre amour « pour moi, vous ne me persuaderiez pas'. »
Nous perdons dans un pays lointain, sans avoir pu assister à leurs derniers moments, un ami, un frère, une femme aimée; et la douleur de cette perte nous
est rendue plus amère encore par des réflexions comme celles-ci : Ces objets de notre affection n’ont pas eu, au moment d’expirer, la consolation de presser leurs mains dans la nôtre; ils ont manqué de quelqu’un pour recueillir leur dernier soupir et leur fermer les yeux ; ils nous ont cherchés peut-être et sans nous trouver, comme l’a pensé et dit un grand historien parlant des derniers moments d’un grand général, son beau-père, mort loin de sa fille et de son gendre : Novissima in luce desideravere aliquid oculi 'lui *. Notre imagination se joint, en ce cas, à notre cœur pour nous torturer et nous montrer ces objets de notre affection, morts dans l’abandon et le désespoir; et alors les regrets et les remords déehirent notre âme. Tel est au fond le sentiment qu’exprime Achille. Patrocle est mort, et Achille n’était pas lù, soit pour le secourir, soit pour recevoir ses derniers adieux. Ah! sans doute, la suprême pensée de Patrocle était pour Achille ; et lui , il était tranquillement assis près de ses navires, nourrissant une colère d’autant plus fatale qu’elle lui a coûté la vie de son ami le plus cher. Faisons observer aussi, combien est éloquent et vrai le mouvement qui suit ; il est qé, ce semble, de la pensée qui précède : Achille maudissant la discorde et la colère dans la situation où il se trouve, cela en dit plus long sur les funestes effets de l’une et de l’autre que les plus longues tirades d’un philosophe de profession spr le même sujet. Achille est puni par où il. a péché, et c’est ainsi qu’ici comme partout, dans Homère, la leçon morale ressort de la situation même. ' v .