Æn., Xt, v. 39 sqq
§ il-
Sommaire : Thétis dans le palais de Vulcain; pourquoi elle est plus touchante que la Vénus de Virgile implorant Vulcain dans une situation analogue. — Le bouclier d’Achille. — Examen détaillé des différents sujets figurés sur ce bouclier; la noce; rapprochements : la noce grecque, la noce juive, la noce chez les Grecs modernes, d’après un voyageur de nos jours. — Le procès; trait de mœurs qu’il noüs fournit. — Une bataille; commentaires. — Côté pastoral de la muse d’Homère; le labour , la moisson , les vendanges, le pâturage; rapprochements : une scène de labour tirée d’un roman contemporain ; les moissonneurs d’Homère et les moissonneurs dans le livre de Ruth-, l’antiquité sacrée et l’antiquité profane ; supériorité de la morale biblique ; une description de vendanges dans un poète du dix-huitième siècle ; souvenirs : les vendanges en Alsace ; les’pâturages dans l’Afrique française ; curieuses analogies. — La danse; origine de cette danse; elle s’est maintenue chez les Grecs modernes; exemple.
Cependant Thétis est arrivée dans le palais de Vulcain. Vulcain est occupé dans ses forges, et c’est Charis, son épouse, qui reçoit Thétis avec le plus amical empressement. Elle fait asseoir la mère d’Achille sur un trône magnifique et appelle ensuite son époux. Vulcain, toujours à ses travaux, n’a pas plu-
tôt entendu prononcer le nom de Thétis que de loin, et sans paraître encore, il l’accueille avec les paroles les plus gracieuses : Thétis est de toutes les divinités Celle qu’il honore et chérit le plus, puisque aussi bien c’est elle qui, lorsqu’il fut chassé du ciel par l’injustice de ses parents, lui offrit un asile durant neuf ans, au fond de son humide empire. Il dépose ensuite ses soufflets et ses autres instruments de travail; et Homère, poussant bien loin l’observation de la nature, nous le montre faisant en quelque sorte sa toilette pour paraître dignement devant Thétis : Vulcain essuie avec une éponge son front, son cou, ses bras, sa poitrine velue; puis, il revêt une tunique et s’avance en boitant, appuyé sur son sceptre noueux. Vulcain demande à Thétis le motif de son arrivée dans son palais, et à l’avance, se montre prêt à accomplir tous ses désirs, autant du moins que cela dépendra de lui.
Thétis lui raconte tout ce que le lecteur sait déjà; la querelle d’Achille avec Agamemnon , sa retraite, ses refus obstinés à se rendre aux vœux de l’armée, la victoire des Troyens et les désastres des Grecs, le combat de Patroele contre Hector, la mort de Patrocle dont les armes qui sont celles d’Achille sont tombées au pouvoir d'Hector, la douleur d’Achille étendu à terre et n’ayant plus d’armes; et elle supplie Vulcain, avec toute l’éloquence du cœur, de fabriquer pour son fils une armure nouvelle. Vulcain rassure tfiétis. 11 donnera à son fils une armure telle qu’on n’en aura jamais vu de plus belle.
Toute cette scène, comme plusieurs traits qui suivent, a été imitée par Virgile. C’est ainsi que Vénus vient demander à Vulcain des armes pour Énée.
Mais, on l’a remarqué ingénieusement : « Dans 17- « liade, Thétis, épouse fidèle, même à un époux mor- « tel et accablé de vieillesse, mère profondément af- ■■ fligée, inspire le plus profond intérêt, quand elle « Vient implorer Vulcain pour Achille, inconsolable « de la mort de Patrocle, pour un héros privé de « sa divine armure depuis la victoirè d’Hector....
« Qu’est-ce que Vénus auprès de Thétis? Une épousé « adultère assez hardie pour prier le mari qu’elle a « outragé, d’accorder la plus insigne des faveurs à « un fils illégitime, démarche qui offense à la fois la « raison, la pudeur et le goût 1 . » Aussi semble-t-elle avoir conscience de sa situation, et le discours qu’elle adresse à Vulcain est froid et embarrassé. Virgile rachète ce défaut par la peinture inimitable de la scène conjugale oi} Vénus déploie toutes ses séductions naturelles, afin d’arracher à Vulcain, charmé et vaincu par la voluptueuse déesse, l’armure qu’elle désire obtenir pour Énée. Homère a placé les forges de Vulcain dans l’Olympe; Virgile, plus judicieux peut-être, nous mohtre l’atelier du fils de Jupiter dans une île volcanique entre la Sicile et les îles Lipariennes. Cette' forge, Virgile la décrit, avec une vérité qui rend les objets présents à nos yeux; il y a là quelques vers d’une harmonie imitative célèbre et qui nous montrent les Cyclopes,
Tantôt levant, tantôt baissant leurs lourds marteaux,
Qui tombent en cadence et domptent les métaux *.