‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 77 sur 138 · Tissot, Études sur Virgile, t. II, p · texte numérisé non relu

Tissot, Études sur Virgile, t. II, p

2. C’est ainsi que Delille a traduit ces deux beaux vers du texte:

Illi inter sese magna vi bracchia tollunt In numerum , tersantque tenaci farcipe ferrum.

La description de Virgile, toute belle qu’elle est, semble un peu longue. Homère plus rapide, fait retourner Vulcain dans ses forges, aussitôt après la promesse qu’il a faite à Thétis. C’est là que nous allons le suivre pour examiner la grande œuvre qui va sortir de ses mains divines.

Vulcain donc, poussant l’air dans vingt fourneaux, tantôt en précipite, tantôt en ralentit le souffle, selon le besoin de son travail. Il jette dans le brasier l’airain, l’étain, l’or et l’argent. Il place sur un tronc énorme l’enclume, et saisissant d’une main son marteau, de l’autre ses tenailles, il forge pour Achille, des brodequins, un casque, une cuirasse; il forge aussi, et c’est la pièce principale, un large et solide bouclier, embelli d’ornements divers et sur lequel il trace mille tableaux variés.

Homère va nous décrire ce bouclier. Le moment, il faut en convenir, est bien choisi.. Le poète a le temps de décrire, et le lecteur celui de contempler l’œuvre divine ; car il fait nuit, les deux armées reposent, et demain seulement, les combats -vont recommencer. Virgile, en ceci, s’est montré moins judicieux, et a moins bien gardé les vraisemblances.

La description du bouclier d’Achille est un morceau capital ; c’est comme un poème dans le poème, c’est un épisode qui y jette une grande et agréable variété. Il y a là comme une veine nouvelle du fécond et si original génie d’Homère. Donnons-nous le plaisir d’examiner en détail cet important passage du dixhuitième chant. Mais auparavant, qu’on nous permette quelques courtes réflexions.

Les arts plastiques, du temps d’Homère, étaient sans doute peu avancés ; car, ce qui a dû leur man-

quer alors, c’était non [ as certes le génie qui les conçoit, mais les moyens matériels, les procédés techniques qui, longtemps après seulement, ont permis à la peinture et la statuaire de se développer à l’égal de la poésie. Il ne devait pas en être de même cependant pour la métallurgie; la nécessité de fabriquer des armes, en avait sans doute hâté les progrès chez une race aussi guerrière que la race grecque '. Voilà pourquoi Homère a pu consacrer à l’armure et au bouclier d’Achille, une description si détaillée. Le marteau du forgeron avait dû, de son temps déjà, réaliser de rares merveilles dans l’ornementation des armures.

Cependant plusieurs critiques, parmi lesquels Scaliger, l’abbé Terrasson, La Mothe, se sont récriés contre la multiplicité des figures qui surchargent, selon eux, le bouclier d’Homère. Cette objection est tombée depuis que Boivin, en France, Lessing, en Allemagne, et de nos jours, M. Quatremère de Quincy*, ont tracé un modèle figuré du bouclier.' M. Quatremère de Quincy, guidé par ses profondes connaissances de l’antiquité et des arts du dessin, a prouvé que l’on peut parfaitement se présenter ce bouclier, si l’on s’appuie sur la méthode du style abréviatif et des bas-reliefs antiques*. Supposons. en effetun immense bouclierdestiné, commeétaient ceux des anciens, à couvrir le corps tout entier des guerriers; imaginons ensuite pour chaque sujet retracé par Homère, une sorte de compartiment ayant chacun pour hase une égale partie de la circonférence du bouclier, et pour hauteur, la moitié du rayon —

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