‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 79 sur 138 · Heyne, Not. in Iliad · texte numérisé non relu

Heyne, Not. in Iliad

devait l’être à l’origine du monde, des grands spectacles de l’univers, retrace un hémisphère en y joignant l’astre du jour, celui de la nuit et les principales constellations connues alors. Ainsi, par ce passage, l’on peut juger, jusqu’à un certain point, des connaissances astronomiques des Ioniens du temps d’Homère.

Passons maintenant au deuxième tableau, qui est bien plus important :

« Yulcain a représenté aussi deux belles villes « remplies d’habitants. Dans l’une on célèbre un ma- « riage et de solennels festins. A la lueur des flam- « beaux on conduit hors de leur demeure les époux « par la ville. Tout retentit des chants d’hyménée. « Des jeunes gens dansent en rond; au milieu d’eux « les flûtes et les lyres font entendre leurs voix; et « les femmes, debout sous leurs portiques, admirent « ce spectacle. Plus loin, à l’agora, une grande foule « est rassemblée; de violents débats s’élèvent; deux « hommes se disputent pour la rançon d’un meurtre. * L’un affirme l’avoir payée et le déclare aux ci- « loyens; l’autre nie avoir rien reçu. Tous deux dé- « sirent que le juge termine le procès. Les citoyens « élèvent la voix pour soutenir l’un ou l’autre plai- « deur. Les hérauts maintiennent le peuple. Les an- « ciens, assis sur des pierres luisantes dans une en- « ceinte sacrée, tenaient dans leurs mains les sceptres « des hérauts à la voix retentissante; appuyés sur ce « sceptre, ils prononçaient tour à tour leur sentence. « Au milieu dè l’assemblée sont placés deux talents ® d’or qui doivent être emportés par celui qui aura « le mieux établi la justice de sa cause'. »

Qu’est-ce que cela?... deux délicieux tableaux de genre, comme nous en allons rencontrer plusieurs autres tout à l’heure. Homère, ce génie aux faces multiples, sait broyer, sur sa riche palette, les couleurs les plus variées. Et comme il est toujours vrai, on peut puiser dans toutes ses peintures, grandes ou petites, de précieux renseignements sur les mœurs du temps; ce sont autant de médailles de la civilisation d’alors.

Et d’abord la noce.

C’est un charmant morceau et qui nous apprend bien des choses. Ainsi, du temps d’Homère, on reconduisait les époux à la lueur des torches, dans leur nouvelle demeure; devant eux, on chantait l’hyménée et l’on dansait au son des instruments. Chose curieuse à constater! Les cérémonies nuptiales paraissent, à peu de chose près, avoir été les mêmes de tout temps et dans tous les pays. Veut-on savoir comment, chez une autre nation de l’antiquité, dans une autre religion, se célébraient les noces? chez les Hébreux par exemple? J’ouvre la Palestine de M. Munk, où je trouve, à ce sujet, ce qui suit : « Au « jour fixé pour la noce, la fiancée, baignée, parfu- ? « mée et ointe d’huiles odoriférantes, était parée de « tout ce qu’elle possédait de plus magnifique en vê- « tements et bijoux, et portait une couronne sur la « tête. Entourée de ses parentes et de ses amies, elle « attendait le coucher du soleil; le fiancé également « paré et couronné (Is. LXI, 10; Cant. VIII, 11), et « entouré de ses compagnons ou paranymphes (Juges « XIV, 11), se rendait le soir dans la maison de son « beau-père pour chercher sa jeune épouse qui quit- « tait la maison paternelle sous les bénédictions de

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« ses parents (Gen. XXIV, 60). Les jeunes mariés,

« placés sous un dais, et accompagnés de leurs pa- « rents et amis, se mettaient en marche à- la lueur « des lampes et aux sons bruyants des tambours et '■< autres instruments; on se rendait à la maison du « fiancé en chantant et en faisant éclater la joie la plus « vive (Jérém. VII, 34; XVI, 9; XXV, 10; 1 Mac. IX, « 37 et 39: Évang. de Matth. XXV). Un festin joyeux, « préparé par le fiancé ou par ses parents, attendait « les gens de la noce (Juges XIV, 10); on s’abandon- « nait à une joie bruyante, et si nous pouvons faire « remonter les traditions talmudiques aux anciens « Hébreux, les hommes les plus graves ne dédai- « gnaient pas de faire leurs compliments à la fian- « cée, en dansant devant elle ( Talmud de Dabylone, * traité Kethoubeth, fol. 16, 6 1 ). »

A Rome, c’était à peu près le même cérémonial; et l’on en trouve encore, ce semble, des traces dans plus d’une coutume villageoise de nos jours, coutumes que des romanciers distingués ont fort agréablement décrites. Mais c’est dans la Grèce contemporaine qu’ont survécu une foule de -cérémonies , en usage déjà du temps d’Homère. Des voyageurs profondément versés dans l'antiquité grecque et qui se trouvent être en même temps des observateurs fins et délicats, en ont fait la remarque; et récemment encore, l’un d’eux, M. Ampère, écrivait, à ce sujet, ce qui suit :

«Les réjouissances qui accompagnent le mariage « rappellent par plus d’un trait les noces antiques. Le « flambeau de l’hymen est porté devant les nouveaux

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