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Malgré tout ce qu’on a dit pour justifier cette fuite d’Hector, je ne saurais, pour ma part, l’admettre comme vraisemblable. On a beau alléguer qu’Achille étant supérieur en force à Hector, à qui son père vient de le rappeler, il n’y a pas de honte à lui à fuir ainsi devant son ennemi; on a beau dire que tout à l’heur^, d’ailleurs, il reviendra de ce premier mouvement de terreur et s’arrêtera en face d’Achille ; ori a beau avancer aussi qu’Aristote, cet homme d’un goût si sûr et d’une raison si saine, admire ce passage, ce qu’il n’aurait pas fait, si la fuite d’Hector lui eût paru une invraisemblance 1 2 ; on a beau ajouter enfin* que chez les Grecs la discipline militaire et le point d’honneur, comme on éntend ces choses-là aujourd’hui, étant inconnus, on pouvait en tel cas fuir devant son ennemi pour se soustraire à un péril imminent, sauf à reparaître ensuite; on a beau arguer de tout cela, ce passage n’en paraît pas moins choquant. Hector qui, tout à l’heure, a eu honte de rentrer dans Troie parce qu’il redoutait les reproches de ses concitoyens, n’a pas honte maintenant de fuir devant son ennemi! Homère, tout Homère qu’il est, est un homme; il tombe ici dans une faute, non par défaut de génie, mais par défaut de justice. Homère est Grec, il veut plaire aux Grecs, flatter leur amourpropre national ; il est donc partial, et partial par patriotisme. Les Grecs de son temps ont pu et dû applaudir à ce passage; la postérité et la saine critique lui donneront toujours tort. Ceci dit, dans l’intérêt de la vérité et de la justice, suivons le poète, et