Lib. II
2. Rien ne peut rendre l’harmonie imitative et surtout la précision de ce Vers :
IToMià S' âvdvva, xâtarra, roxpavrâ te, So/pta t’ t)X6ov.
détails si lugubres des funérailles de Patrocle. Virgile et Stace ne se sont pas fait faute de l’imiter ; mais ils n’en ont pas su garder l’heureuse concision *.
Le bois qu’ont apporté les mules est ensuite déposé sur le rivage où doit s’élever tout à l’heure le bûcher de Patrocle, et plus tard son tombeau.
Que se passe-t-il cependant dans la tente d’Achille?
Là, gît, depuis la veille, le cadavre de Patrocle dont on avait, dès la veille aussi, nous l’avons vu, enlevé le sang et la poussière ; il est enveloppé d’un linceul depuis la tête jusqu’aux pieds et recouvert encore d’un voile blanc. Il s’agit maintenant de transporter ce cadavre de la tente d’Achille jusqu’au lieu où l’on dressera le bûcher, là où déjà est amassé le bois qu’on vient de couper dans la forêt. Quelques vers suffisent au poète pour nous mettre sous les yeux le funèbre cortège. Mais, dans cette peinture, quelle simplicité et quelle vérité ! « Alors Achille ordonne à « ses vaillants Thessaliens de ceindre l’airain et de « placer les coursiers sous le joug. Ils s’empressent, « revêtent leurs armes. Les chefs et leurs écuyers « montent sur les chars. Les chars ouvrent la marche ; « après eux, suit une nuée de fantassins. Au milieu, « le corps de Patrocle est porté par ses compagnons ; « ils couvrent le cadavre de leurs longs cheveux, « après les avoir coupés. Derrière eux, le divin Achille « soutient la tête de Patrocle ; il est plongé dans l’af- « Diction, car c’est un ami irréprochable qu’il con- « duit au tombeau*. »
Cette description n’est pas sans offrir quelque ana-