CHAPITRE PREMIER
Françoise de Nargonne , duchesse d'Angoulême. — Estime où on la tient à la cour. — Boursault devient, sous son patronage, le ga/etier du roi (1661). — Ses succès en cette qualité. — Joyeuse histoire d'une barbe de capucin; Boursault arrêté sur l'ordre de la reine; sa requête au grand Condé ; relâché sans retard à la prière du prince , il reste privé de son emploi. — Tl devient le gazetier particulier du prince de Condé, de la grande Mademoiselle, de madame la Duchesse, de M. de Fieubet. — Une entrevue royale à Pontoise. — Duel héroïcomique entre un More et un chrétien. — Assassinat du lieutenant criminel Jacques Tardieu. — Les retards de la gazette et le laquais de M. de Fieubet.
Dans le temps où Boursault traversait les périlleuses épreuves que nous avons racontées, au plus fort de ses lattes avec Molière et Boileau, il était toujours secrétaire des commandements de la duchesse d'Angoulême. On a vu quel cas extraordinaire offrait la destinée de cette noble personne, puisqu'elle était la bru d'un roi de France mort depuis une centaine d'années. Cette parenté, sans doute, ne relevait que de l'ordre naturel, mais le duc d'Angoulême, bâtard de Charles IX, avait joué un rôle si important sous
Henri IV et Louis Xdf, que la duchesse sa veuve, sans rechercher les situations d'éclat, avait nécessairement sa place, une place modeste, mais digne, dans la plus haute société du nouveau règne.
Il est vrai qu'elle n'avait point de fortune personnelle; le vieux duc d'Angoulême, qui l'avait épousée en secondes noces, était mort six années plus tard, la laissant veuve sans enfants et oubliant de la pourvoir. La première femme du duc était une Montmorency, la fille aînée du dernier connétable. De ce mariage était né un fils, un jeune duc d'Angoulême, qui, tout fier d'être un Montmorency par sa mère, et par son père un petit- fils de roi, dédaignait fort la nouvelle venue. Cette dernière en effet, mademoiselle Françoise de Nargonne, appartenait à la petite noblesse de province; elle était fille d'un baron de Mareuil, gentilhomme campagnard de fortune médiocre, qui avait fait admettre son fils comme page au service du vieux duc d'Angoulême. C'est ainsi que le duc, ayant eu occasion de voir la sœur de son page, en tomba éperdument amoureux et ï'épousa au mois de février 16/|Z|. Il avait soixante-douze ans ; Françoise de Nargonne en avait vingt et un. On devine aisément de quel mauvais vouloir le fils du duc d'Angoulême, qui lui-même commençait à vieillir, devait être animé contre sa belle-mère. Ajoutez à cela qu'il avait épousé une La Guiche, fille du comte de La Guiche, grand maître de l'artillerie, et que celle-ci se sentait mortifiée de voir la jeune provinciale en possession du droit de préséance dans le monde comme dans la famille. « Elle ne pouvait, dit Saint- Simon, supporter une belle-mère, et si inférieure, après laquelle il fallait passer. »
L'héritier du vieux duc, en 1C50, ne s'inquiéta donc en
aucune manière du sorL de la duchesse ; ni lui ni sa femme, quand elle devint veuve en 1653, ne songèrent à détacher une légère part de leurs richesses pour assurer une existence honorable a la personne que leur père avait aimée et qui lui avait été une compagne digne de tous les respects. La duchesse d'Angoulême eût été réduite à l'indigence si Louis XIV ne lui eût accordé une pension de vingt mille livres, et quarante ans plus tard, lorsque les malheurs de la guerre et l'épuisement de la France firent supprimer les pensions, la pauvre femme serait littéralement morte de faim, sans le dévouement d'une vieille demoiselle qui lui était depuis longtemps attachée et qui la recueillit dans sa détresse. Cette bonne vieille demoiselle possédait un petit bien à douze ou quinze lieues de Paris. Comme la duchesse ne pouvait plus payer le couvent qu'elle habitait dans la grande ville, son humble amie l'emmena chez elle, l'hébergea, la nourrit, adoucit pour elle les amertumes des dernières années et l'isolement de l'heure suprême. Si l'on savait le nom de cette bonne vieille, quelle figure elle pourrait faire (rétrospectivement) sur les listes des prix Montyon! et quelle heureuse chance pour l'orateur qui aurait à signaler cette charité cordiale ! C'est chez la vieille demoiselle que la duchesse d'Angoulême est morte en 1713, nous dit Saint- Simon, (( sans que le roi, ni ses bâtards, ni les riches héritiers des deux ducs d'Angoulême aient pu l'ignorer, et sans qu'ils en aient eu la moindre honte ».
Nous n'en sommes pas encore à ces jours désolés avec la duchesse d'Angoulême. Boursault n'a pas eu la douleur de voir sa bienveillante patronne réduite à la misère et implorant en vain la pitié du roi. Certainement, tel que nous le connaissons par sa vie et ses œuvres, s'il eût été de ce monde
aux dernières années du règne de Louis XIV, il eût écrit de tous côtés en prose et en vers, il eût tourmenté les puissants, les grands seigneurs, les ministres, les altesses, le roi lui-même, il eût remué ciel et terre plutôt que de laisser la protectrice de sa jeunesse dans un tel abandon. A la date où nous sommes arrivés, de 1660 à 1680, la duchesse d'Angoulême tient encore son rang à la cour avec autant de dignité que de réserve. La dignité, la majesté même, accompagnée d'une grande douceur, voilà bien ce qui frappait en elle dès le premier abord, ce que tout le monde louait naturellement, la ville comme la cour, et le naïf Boursault commeJ'altier Saint-Simon, a C'était, dit Saint- Simon, une grande femme parfaitement belle et bien faite encore quand je l'ai vue, qui avait quelque chose de doux, mais de majestueux. Elle représentait la dignité et la vertu, qui fut chez elle sans tâche et sans ride toute sa vie. » Grâce à la pension que lui faisait le roi depuis la mort du vieux duc, elle eût pu reparaître à la cour et se remarier ; elle aima mieux se confiner dans une sorte de refuge, au couvent de Sainte-Elisabeth, où elle avait loué un appartement qui convenait à son rang et à sa position de fortune. Elle n'était pas cependant tout à fait séparée de Versailles. Saint-Simon nous dit qu'elle s'y montrait peu, mais qu'elle y recevait toujours un accueil des plus honorables. «Elle venait, dit-il, une fois ou deux l'année à la cour, où sa vertu et sa conduite la faisaient bien recevoir de tout le monde, et du roi avec distinction. »
Malgré ce bon accueil et cette distinction, Saint-Simon ajoute qu'elle n'a « jamais participé à aucun des nouveaux honneurs comme la duchesse de Verneuil, sous prétexte que la bâtardise de son mari n'était pas des rois bourbons ». Le
fait est que, d'après cette noble théorie, la duchesse de Verneuil avait sur la duchesse d'Angoulême un avantage décisif : la duchesse d'Angoulême n'était bâtarde que d'un Valois; la duchesse de Verneuil était bâtarde d'un Bourbon. Il y avait du reste plus d'un rapport de situation entre elles, et c'est pour cela sans doute que Saint-Simon, en parlant de la duchesse d'Angoulême, pense naturellement à la duchesse de Verneuil. Suivant la loi de nature, les deux duchesses étaient unies par les attaches d'une étroite parenté. La duchesse de Verneuil avait épousé le fils de la marquise de Verneuil et du roi Henri IV; or, la marquise de Verneuil, belle-mère de la duchesse, était la fille légitime de cette Marie Touchet qui, après avoir donné le jour au duc d'Angoulême, fils de Charles IX, s'était mariée à un gentilhomme de la cour, François de Balzac d'Entraigues, gouverneur d'Orléans. Le duc d'Angoulême et la marquise de Verneuil étaient donc deux enfants de la même mère, l'un naturel, l'autre légitime; en sorte que la duchesse d'Angoulême, d'après les liens du sang, était belle-sœur de la marquis de Verneuil et tante de la duchesse sa bru. Saint-Simon a raconté comment celte bru, la duchesse de Verneuil, fille du chancelier Séguier, fut élevée un jour au rang de princesse du sang, par cela seul qu'elle avait épousé un bâtard de Henri IV K Voilà pourquoi la duchesse d'Angoulême, dont la bâtardise ne se rattachait qu'à un Valois, a ne participa, dit Saint-Simon, à aucun des nouveaux honneurs, comme la duchesse de Verneuil ».
On comprend sans peine pourquoi d'aussi étranges détails ont trouvé place dans notre récit. Nous avions besoin de
^ Mémoires de Saint-Simon, t. I, chap. ii, et t. III, chap. vu.
marquer d'une façon précise la situation de la protectrice de Boursault. L'aimable poète lui donne toujours le titre d'allesse. La duchesse d'Angoulême n'était pas devenue princesse du sang, elle n'avait aucun droit au litre d'altesse royale; mais elle commandait le respect par sa dignité naturelle comme elle gagnait les cœurs par sa bonté. On le vit bien aux heures de détresse, quand le roi lui retira le secours dont elle vivait. Avez-vous remarqué les termes employés par Saint-Simon, lorsqu'il rend témoignage à la haute vertu de la duchesse? Vertu sans tache ne suffit pas, il ajoute vertu sans ride. Gela ne veut-il pas dire que cette personne, si digne, si réservée, a toujours gardé quelque chose de jeune et de souriant? La majesté chez elle n'excluait pas la finesse, ni l'austérité la bonne grâce. Je ne m'étonne plus dès lors que les gentillesses, les gaietés, les gauloiseries même de Boursault, loin de la scandaliser, l'aient divertie. C'est sous son patronage que Boursault a commencé d'être le gazetier des compagnies illustres, un gazetier dont raffolaient les plus nobles seigneurs, le grand Condé, la grande Mademoiselle, le duc-évêque de Langres et nombre de personnages éminents, conseillers d'État et magistrats de haut bord, qui se disputaient l'honneur de recevoir de lui des paquets de nouvelles rédigées en prose et en vers. Boursault était bien jeune encore, il n'avait guère que vingt-deux ou vingt-trois ans, lorsque, chargé par la duchesse d'Angoulême d'une affaire qui l'obligea de se rendre à Sens, il lui écrivit le récit de son voyage avec toute sorte de drôleries, mêlant les vers à la prose, riant de lui-même et de ses mésaventures, exposant ses embarras iinanciers, racontant sa visite au château de Vaux, où Fouquel lui fait donner irente pistoles pour un sonnet; enfin,
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décrivant son voyage de Meliin à Montereau par le coche, et de Montereau à Sens sur une haridelle efflanquée, laquelle eût mieux convenu au dernier rustre qu'à un homme vêtu d'un bel habit de moire : « Avec un aussi bel habit, jugez, Madame, quelle figure je faisais sur une haridelle qui, cutre cinq ou six incommodités dont la moindre suffirait pour faire mourir un cheval de la grande écurie, avait une bride de corde et des élriers de bois.
Paré comme un roi de la Chine Et blond comme l'astre du jour, Tous les paysans d'alentour S'étonnaient de ma bonne mine.
En chaque village où j'allais On disait que je ressemblais Un soleil qui va faire éclipse; Et, s'il faut ne vous celer rien, Le cheval de l'Apocalypse Était moins maigre que le mien. »
Ce badinage, à peu près du même temps que le voyage de Chapelle et de Bachaumont, fut le début de Boursault comme rédacteur de feuilles légères. Il n'avait songé qu'à rire, le voilà engagé journaliste. C'était vers 1661 : la duchesse d'Angoulême était allée sans doute passer quelques jours à Versailles ; elle montra cette lettre au prince de Condé; on en parla au roi ; les courtisans applaudirent ; bref, le gentil Boursault , au temps même oij Molière l'outrageait en plein théâtre, et où Boileau lui déclarait la guerre, devenait le gnzetier de la cour.
Il paraît bien, d'après les renseignements du fils de Boursault, que la première de ces gazettes fut pour le roi. A tout seigneur, tout honneur. Le roi, « en lui donnant une pension de 2,000 livres avec bouche à cour, lui ordonna de
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travailler à cette gazette et de la lai apporter toutes les semaines' ». Peste! quel succès dès le premier jour! Voilà un secrétaire intime qui est en passe de bien faire son chemin par le monde. Évidemment, c'est la bonne duchesse d'Angoulême qui lui vaut cela , plus encore que son esprit et sa plume. Peut-on s'étonner que cette fortune soudaine lui ait un peu tourné la tête? Quand nous le voyons s'engager si étourdiment dans les luttes de l'année 1663 et croiser le fer avec Molière , si nous voulons comprendre une telle audace, il faut nous souvenir de ce vin capiteux que la cour lui faisait boire à longs traits. Quoi ! le pauvre échappé de Mussy-l'Évêque était un des auteurs favoris du jeune roi ! Le jeune roi voulait lire toutes les semaines une gazette écrite de sa main !
Boursault s'acquitta lestement de son olïice, à la satisfaction du roi et des courtisans; mais, hélas! tout n'est qu'heur et malheur sur cette mer semée d'écueils. Un jour le gazetier ne sut comment remplir sa gazette, le nouvelliste se trouva sans nouvelle. A la ville , à la cour, rien qui méritât d'être conté gaiement et de servir au divertissement du monarque. Boursault, dînant chez le duc de Guise, se plaignait de son indigence, quand le duc s'offrit aussitôt à le tirer d'embarras. Il avait un sujet tout propre à réjouir le roi et la cour. C'était une aventure qui venait de se passer à deux pas de son hôtel , chez une brodeuse en vogue , à qui les capucins du Marais faisaient broder un saint François. Leur sacristain, s'étant rendu chez la brodeuse pour s'informer si l'ouvrage avançait, s'amusa d'abord à voir courir sur le canevas l'aiguille de l'habile ouvrière, et peu à peu, pris de sommeil,
' Théâtre de fm M. Boursault, édition de \1'26, t. h^. \ oyez ï'Averlistement.
laissa tomber sa tête sur le métier. Voilà la barbe du capucin qui se confond avec la barbe de saint François. Précisément, la brodeuse s'occupait du menton de son personnage. Une idée lumineuse lui vient à l'esprit. Quel écheveau de soie vaudrait cette vénérable barbe pour terminer la figure du saint? Elle prend son aiguille la plus fine, et doucement, légèrement, elle y introduit un des fils de cette longue toison blanche qui repose sur le métier. Ensuite les doigts de fée se mettent à l'œuvre, l'aiguille passe et repasse dans les mailles du tissu; voilà une barbe comme nulle brodeuse n'en a brodé; une barbe qui ferait envie aux merveilleux ateliers des Gobelins. A la fin, pourtant, le bon religieux se réveille et se sent pris au lacet. 0 scandale! Se jouer ainsi de la barbe d'un capucin! Le bonhomme se fâche, la commère riposte, et la querelle prend les allures d'un poème héroïcomique. La joyeuse artiste a déplacé le débat : ce n'est plus entre la brodeuse et le capucin qu'il y a une question à vider, c'est entre le capucin et saint François d'Assise. Lequel cédera, le fondateur de l'Ordre ou l'obscur disciple? Toute la cause est là, car il faut que l'un des deux y laisse sa barbe, il faut que l'un des deux soit rasé.
L'histoire se prêtait aux gentillesses d'une plume gauloise. Bour^ault, piqué au jeu, joignit ses broderies moqueuses au travail de la fée, et en composa, c'est son fils qui nous le dit, (( la plus jolie de toutes ses gazettes ». Le théatin ajoute ; (( Le roi, qui était jeune, en rit beaucoup et n'y trouva point à redire. La vertueuse reine Marie -Thérèse, qui était la piété même, ne laissa pas d'en rire aussi et n'en fut point scanda- Hsée. Toute la cour à l'envi en apprit les vers par cœur. » Brillant succès et dont le poète n'aurait eu qu'à se réjouir si ses feuilles légères, s'envolant de la cour à la ville, ne
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fussent arrivées aux capucins du Marais. Les capucins étaient déjà fort irrités de l'outrage fait à la barbe de leur vénérable frère; quand ils surent qu'un gazetier en égayait le public, ils n'eurent cesse que le coupable ne fût puni. Ils s'adressèrent au confesseur de la reine pour obtenir aide et protection auprès du roi. Ce confesseur était un cordelier espagnol qui n'entendait pas raillerie ; il parla si vivement à la reine que la bonne Marie-Thérèse se trouva toute confuse d'avoir pu écouter en souriant pareille impiété. A son tour, et afin d'apaiser ses scrupules, elle pressa le roi de faire un exemple. Le roi prit la chose en plaisanterie : faire un exemple pour un badinage! punir un homme d'esprit pour la plus innocente des historiettes! flétrir comme une licence un amusement dont toute la cour a ri , et la reine la première! Voilà ce qu'il lui dit, et bien d'autres choses encore, car il mit tous ses soins à l'adoucir; il n'y réussit point, et (( la voyant obstinée à le prendre sur le sérieux, il la laissa la maîtresse de faire tout ce qu'elle voudrait ».
Alors, — c'est toujours le théatin, fils de Boursault, qui nous fournit ces curieux renseignements, — la reine manda le chancelier Séguier, « à qui elle ordonna de retirer le privilège accordé à l'auteur et de l'envoyer à la Bastille jusqu'à nouvel ordre pour lui apprendre à ne pas badiner avec les saints ». Le chancelier, qui aimait les gens de lettres, et qui appréciait personnellement Boursault, exécuta les ordres de la reine le plus doucement qu'il lui fut possible. Il savait bien d'ailleurs qu'il ne déplairait pas au roi , si en atténuant les rigueurs de la reine il déjouait les injonctions du confesseur espagnol. 11 fit venir l'oflicier chargé d'arrêter Boursault et lui recommanda des ménagements particuliers : « Qu'on laisse à M. Boursault tout le loisir nécessaire pour
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écrire au roi et à ses protecteurs. » L'officier se conforma si bien aux ordres du chancelier, il fut si courtois et de si bonne con:iposition , que le poète, déjeunant avec quelques amis au moment où lui arriva cette visite inattendue, le pria de se mettre à table avec eux. Les convives étaient des gens d'esprit, le maître du logis les mettait en verve, et il est probable que l'officier de la maréchaussée n'avait jamais assisté à pareille fête , car, bien que Boursault ne fût pas fort content, nous dit son fils, du gîte oii il devait coucher, il ne perdit rien de sa belle humeur. Le repas terminé, il profila du loisir qu'on lui laissait pour écrire à M. le Prince, à Louis de Bourbon, celui que l'histoire appelle le grand Condé. Allait-on renouveler, sous une influence espagnole, les persécutions des mauvais jours? Allait-on traiter le candide Boursault comme on avait traité quarante années auparavant l'audacieux Théophile? C'étaient les disciples de saint Ignace qui avaient fait brûler Théophile en effigie , c'étaient maintenant les fils de saint François qui envoyaient à la Bastille le plus inoffensif des hommes. Où s'arrêterait-on dans celte guerre des saints contre les poètes? Pourquoi ce déchaînement du Paradis contre le Parnasse?
Grand prince, on rne traite d'impie, Et d'un hardi faiseur de vers, Qui de ses traits malins perça tout l'univers. On veut que je sois la copie.
Les gens de bien sont ébaudis De voir les saints du paradis Déchaînés contre le Parnasse ; Car, auguste sang de nos rois, C'était autrefois saint Ignace Et c'est aujourd'hui saint François.
Il continuait ainsi gaiement, vivement, et le ton seul de
sa lettre, cet accent de bonhomie et de candeur, protestait assez contre la sotte accusation d'impiété. La lettre fut portée sans retard au prince de Condé, qui s'empressa d'aller trouver le roi. Condé n'eut pas besoin d'insister; le roi était gagné d'avance , il révoqua sur-le-champ l'ordre auquel il avait consenti par faiblesse, et Boursault ne coucha point à la Bastille. Seulement il fallait ménager la reine-, la condamnation dont la reine avait frappé le pauvre poète devait, comme disent les gens de loi, sortir au moins une partie de son effet; Boursault reçut l'ordre de ne plus écrire sa gazette, et, chose bien plus grave, nous dit son fils, sa pension de 2,000 francs fut supprimée.
11 lui restait toujours sa plume et la faveur du grand monde. Cette gazette que le roi lui défend de continuer, il l'écrira pour le prince de Condé, pour M. de Fieubet, conseiller d'État, pour le duc-évêque de Langres. Ce sont choses privées, confidentielles ; le roi ne lui a interdit que la publicité de la cour. La première gazette adressée au prince de Condé est une lettre en date de 16G5. Le prince, qui est dans son château de Chantilly, a chargé Boursault de lui envoyer des nouvelles de Paris et de Versailles, un libre journal à sa façon , moitié pro^e, moitié vers. Boursault commence par les nouvelles de la cour :
^' MONSEIGNKUa ,
Il Pour obéir aux ordres que j'ai reçus de Votre Altesse Sérénissi.ne de lui mander toutes les nouvelles que je pourrais savoir, je lui dirai que le roi et la reine allèrent dimanche dernier au-devant de la reine d'Angleterre jusqu'à Poutoise. Sa Majesté Britannique répondit si bien aux honnêtetés que lui firent les ^L^jestés françaises , que ce fut h qui s'en ferait
le plus, et si le neveu fut ravi de voir sa tante, il est aisé de croire que la tante ne le fut pas moins de voir son neveu.
Depuis un honneur si sublime On dit que Pontoise s'estime, Et qu'elle veut aller du pair Avec les villes du bel air.
On dit même que sa rivière Était ce jour-là toute fière... »
Elle était si fière , si triomphante , cette aimable rivière d'Oise , qu'elle ne pouvait s'arracher à ce spectacle. Le poète la décrit allant, venant, tantôt remontant vers sa source pour passer une fois de plus devant le roi, tantôt ralentissant sa marche aQn de prolonger son plaisir, sans nul souci de ce qu'elle doit à Neptune. Il affirme enfin
Qu'en des endroits l'eau paresseuse Faisait tout exprès la dormeuse.
Et qu'elle serait encor là, N'était que le roi s'en alla.
Est-ce un trait de satire, une contrefaçon piquante des hyperboles de cour? on serait d'abord tenté de le croire. Mais non, il ne fait que rire et gazouiller sans intention moqueuse. Il parle des souffrances de la reine mère Anne d'Autriche, et du mal qui faillit emporter le roi d'Espagne Philippe IV, père de la reine de France. Il est vrai que les deux augustes malades sont rétablis et que leur guérison peut s'annoncer gaiement. Ensuite viennent des nouvelles de l'intérieur et de l'extérieur, la préparation du grand travail qui joindra la Méditerranée à l'Océan, les exploits du duc de Beauforl contre les corsaires barbaresques , un tremblement de terre dans la Calabre , tout cela présenté de la façon la plus comique. Il y a surtout, à propos de la victoire navale
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du duc de Beaufort, le récit d'un duel héroïquement burlesque entre un More et un chrétien , récit qui rappelle certaines pages du Typhon et dont eût raffolé Théophile Gautier. Le More a perdu le bras gauche et la jambe droite, le chrétien a perdu le bras droit et la jambe gauche. Ainsi accommodées, ces deux moitiés d'homme recommencent la lutte à cloche-pied. Le chrétien, pour diminuer l'avantage de son adversaire à qui le bras droit reste encore, lui tranche le pouce d'un coup de sabre. Le More, sans faiblir, appelle tout haut ses autres doigts à la vengeance de ce pouce, leur vaillant compagnon ; mais tandis qu'il se baisse pour ramasser son cimeterre échappé de sa main sanglante, le chrétien l'envoie en enfer. Quant à lui, rendant l'âme le même jour, il monte au paradis, a Et moi , dit le poète , qui crains de les suivre trop loin dans ces mondes inconnus ,
Et moi , qui sais mal cette carte , De crainte que je ne m'écarle Si je pénètre plus avant, Je passe à l'article suivant, »
Le combat naval du duc de Beaufort, les préparatifs de la grande opération de Biquet, le voyage du jeune roi audevant de sa tante Henriette de France et leur rencontre à Pontoise, la guérison d'Anne d'Autriche et de Philippe IV menacés de mort l'un et l'autre par les maladies les plus graves, tous ces faits nous avaient été indiqués l'année à laquelle se rapporte cette gazette de Boursault, gazelte non datée, comme presque toutes ses lettres. Voici une aventure qui nous ournit une indication plus précise encore. Après la date de l'année, la date du jour. Vous vous rappelez dans la satire de Boileau sur les femmes cette peinture d'une réalité hideuse, qui effrayait le goût plus timoré de Bacine,
que Boileau retrancha en effet suivant le conseil de son ami et qu'il n'imprima qu'après sa mort, — vous vous rappelez ce portrait du lieutenant criminel Jacques Tardieu et de sa digne compagne, les deux types de la plus sordide avarice. Après avoir peint d'une touche hardie leurs haillons, leurs guenilles , les chiffons d'une femme ramassés dans l'ordure,
Ses bas en trente endroits percés, Ses souliers grimaçants vingt fois rapetassés , Ses coiffes d'où pendait au bout d'une licel'e Un vieux masque pelé presque aussi hideux qu'elle,
Boileau nous dit simplement qu'un beau jour des voleurs , sachant quelle rafle ils pourraient faire dans les caisses de ces harpagons, entrèrent chez eux et les tuèrent. Quand Boileau publia cette satire en 169/j, il y avait près de trente ans que le meurtre avait eu lieu. C'est le 2k août 1665, jour de la Saint-Barthélémy , que Jacques Tardieu et sa femme furent assassinés dans leur demeure , sur le quai des Orfèvres, par deux frères, deux bandits, René etFrançois Touchet, lesquels, arrêtés sur le théâtre même du crime et jugés sans délai, furent rompus vifs le 27. Eh bien! c'est le lendemain de l'assassinat que Boursault en parle dans sa gazette adressée au prince de Condé. 11 vient de lui raconter à sa manière , c'est-à-dire avec certaines suppositions plaisantes, le tremblement de terre du pays de Naples , puis de ces choses lointaines revenant à la catastrophe de la veille , il fait la transition en ces termes :
(( Je crois , Monseigneur, ne pouvoir mieux dédommager Votre Altesse Sérénissime d'une nouvelle douteuse qu'en lui en disant une dont il est impossible de douter. Hier, jour de Saint- Barthélemi , on fit une véritable Saint-Barthélemi du lieutenant criminel et de sa femme , et c'est une chose
assez extraordinaire pour devoir n'être pas récitée en langage commun :
Hier près du cheval de bronze.
Entre l'heure de dix et d'onze , On assassina (grâce à Dieu) Feu messire J;icques Tardieu.
Ce grâce à Dieu, par parenthèse, Ne dit pas que j'en sois bien aise ; Mais quand un mallieur nous advient, Comme c'est de Dieu qu'on le tient Et qu'il est la première cause Qui fait arriver toute cliose, Lorsqu'il condamne ou qu'il absout, On lui doit des grâces de tout.
Ainsi, quoi que chacun en pense.
Soit châtiment, soit récompense.
Soit qu'il ait souffert le trépas Pour aller là-haut ou là-bas.
Soit qu'il se chauffe en purgatoire, Hier, si j'ai bonne mémoire, On assassina (grâce à Dieu) Feu messire Jacques Tardieu.
Pour madame la lieutenante, Si bien née et si bienfaisante. D'un seul coup de barre de fer On lui mit la cervelle à l'air; Et sa belie âme à la même iieure.
Voyant démolir sa demeure , S'en alla par un si grand trou...
Je n'ai pas besoin de dire où. »>
Après avoir défilé son chapelet d'aventures, Bonrsault s'excuse modestement auprès du prince : a N'est-il pas vrai, Monseigneur, que c'est suflîsamment ennuyer Votre Altesse, et que je ne lui ferais pas plaisir de lui envoyer souvent de si longues lettres? Souvenez-vous, s'il vous plaît, que c'est vous qui l'avez absolument voulu, et qu'il n'y a personne qui ose vous résister qui ne s'en repente. »
Le grand Condé n'éLait pas le seul qui fût si friand des lettres de Boursault. La Grande Mademoiselle parlageait le môme goût et signifiait les mêmes ordres. Elle recevait donc la même gazette. Le journal inédit avait souvent deux. exemplaires, l'un pour le vainqueur de Rocroy, l'autre pour la duchesse de Montpensier, la petite- fille de Henri IV, la nièce de Louis XIII, la cousine de Louis XIV. Voilà une liste d'abonnés oia la qualité suppléait au nombre. Nous apprenons la chose par les lettres de Boursault lui-même. Une de ces lettres, adressée à Son Altesse Royale Mademoiselle, fait allusion à ce numéro où il est question de la maladie de la reine mère et de la victoire navale remportée par le duc de Beaufort. Boursault est bien sûr que tout ce qui concerne la reine mère aura intéressé Mademoiselle, dont les bons soins ont tant contribué à la guérison de l'auguste malade; mais le récit de la victoire de M. de Beaufort, a bien qu'il renferme une description assez particulière » , lui aura-t-il procuré le même plaisir? Ce doute le tourmenterait peut-être, s'il ne connaissait l'art de s'en débarrasser cavalièrement ; « Après tout, Mademoiselle, quand je ne vous divertirai pas^ je ne ferai rien contre ce que je vous ai promis. Je ne puis rien donner à Votre Altesse Royale qui soit digne d'Elle, si je ne l'emprunte d'Elle-même. Les beautés médiocres ne sont pas pour les esprits sublimes, et je désespère de pouvoir jamais rien faire d'achevé, à moins que vous ne m'offriez des occasions de parler de vous. » Le moyen de se plaindre après des explications comme celles-là! Je suis sûr, pour ma part, que le duel du chrétien et du More aura intéressé la Grande Mademoiselle autant qu'il divertissait le grand Condé.
La princesse palatine du Rhin, Anne de Bavière, qui deux
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années auparavant (1663) avait épousé le duc d'Enghien, fils du prince de Condé, recevait aussi des gazettes de Boursault. On l'appelait simplement madame la Duchesse, comme on appelait son mari M. le Duc. Parmi les lettres de Boursault, j'en trouve une qui poile celte adresse : A Son Altesse Sérénissime Madame la Duchesse, et qui fait mention des feuilles hebdomadaires à elle envoyées par l'aimable rimeur. Cette lettre, qui n'a point de date, est évidemment de l'année 1666, puisqu'il y est question de la mort de la reine mère arrivée le 20 janvier. Je demande la permission de la citer tout entière , pour la double indication qu'elle renferme : elle prouve d'abord l'activité de Boursault comme gazetier du grand monde ; elle montre aussi les naïves libertés du poète , en assurant, ce me semble, un brevet d'affabilité assez rare à celle qui ne s'en offusquait point. La duchesse était grosse et sur le point d'accoucher. Voici cette lettre :
: « Madamk,
(( Voici la troisième semaine que je ne vous mande rien de gai , et Dieu sait si cela m'ennuie. Toutes les fois que j'écris des lettres qui sont tristes et que je prends la liberté de les adresser à Votre Altesse Sérénissime , il me semble que je lui envoie des billets d'enterrement; et je m'imagine que c'est un honneur que je dérobe , quand je l'entretiens de quelques matières qui ne la divertissent pas. Après tout, Madame, ce n'est pas ma faute. Si la maladie de la reine empire, je n'en suis pas la cause; si Sa Majesté meurt, je n'y puis que faire; et si Votre Altesse Sérénissime est présentement en travail d'enfant, je n'en peux mais. Apparemment je reprendrai bientôt mon style enjoué, et je me ser-
virai de ma façon d'écrire qui vous plaît le plus : car enfin la reine est morte pour longtemps, et Votre Altesse Sérénissime n'accouchera pas tous les jours. Demeurez d'accord, Madame, que je m'acquitte mieux d'un hommage galant que d'une offrande sérieuse, et que je ne suis bon qu'à faire pleurer quand je ne cherche pas à faire rire. Hé! s'il se peut, que Votre Altesse se dépêche de mettre un prince au monde... Ah ! Madame, si vous faites un fils, que de charmantes petites pièces je m'en vais mettre au jour! A présent que je suis devenu poète pour l'expiation de mes péchés, je solenniserai sa naissance par les plus jolis vers du monde. J'ai déjà commencé un sonnet pour Mgr le Prince , que je ne puis achever tant il est beau! Deux de mes amis, qui soutiennent eux-mêmes qu'ils ont de l'esprit, et à qui je fis dernièrement grand' chère , l'ont applaudi de toute leur force; et depuis ce temps-là, je n'oserais douter que je ne sois poète juré, de peur de faire tort à leur jugement. Je ferai tous mes efforts pour l'achever, quand on m'apprendra que vous ne souffrirez plus. Le travail de Votre Altesse Sérénissime empêche le mien , et je ne puis enfanter de vers que vous n'ayez enfanté un prince. Hâtez-vous donc, Madame, de rem.plir les désirs de toute la France; et laissez -moi joindre des souhaits aux vœux que font pour vous ceux qui sont avec autant de respect que moi, Madame, de Votre Altesse Sérénissime,
(( Le très humble et très obéissant serviteur,
' BOURSAULT. '
Bien que l'auteur de ces gazettes princières les rédigeât incognito, comme il le dit lui-même à la duchesse de Montpensier, le bruit s'en répandit bientôt à la cour. Des deman-
des nouvelles furent adressées au journaliste; plus d'un seigneur à la mode s'efforça d'obtenir un abonnement. Boursault ne pouvait suffire à la tâche. Obligé de choisir ses clients, il faisait quelquefois passer les gens d'esprit non titrés avant les ducs et pairs. Un jour, un homme du meilleur monde, M. de Fieubet, conseiller d'État, qui avait dû suivre le roi à Fontainebleau pour un temps assez court, Dt promettre à Boursault de lui adresser pendant cette absence quatre lettres envoyées de Paris, quatre lettres de nouvelles, c'est-à-dire quatre gazettes, chacune contenant une fable. Boursault commençait à se préoccuper d'un rôle plus sérieux ; il voulait relever ses badinages par des leçons de sagesse et de morale pratique. Il concevait déjà l'idée de paraître comme un Ésope à la cour et à la ville, de résumer son expérience du monde à la façon de l'esclave de Phrygie, de donner ses conseils sous forme d'apologues. M. de Fieubet avait donc obtenu la promesse de quatre gazettes renfermant quatre fables. Comment en effet résister à un tel homme? Ce conseiller d'État était la Heur de la société d'élite. Voltaire, dans sou Siècle de Louis XIV, nous dit sans marchander, et cela d'après la tradition, que nul n'a plus soigneusement recueillie : u M. de Fieubet a été un des esprits les plus polis de ce siècle '. » Saint-Simon, qui raconte de lui une aventure des plus divertissantes, un tour audacieusement comique joué à l'un de ses collègues sur la route de Saint-Germain, ne peut se dispenser pourtant de le caractériser en ces termes : « C'était un conseiller d'État très capable, d'un esprit charmant, dans le plus grand monde de la ville et de la cour, et dans les meilleures
' Dans le Catalogue des écrivains français placé on tête du Sièrle de Louis XI y, article Saint-Pai'in.
compagnies, recherché par toutes les plus distinguées '... » Ce n'était pas un médiocre honneur à Boursault d'être recherché ainsi par celui que tout le monde recherchait.
Boursault était si bien recherché par M. de Fieubet que le brillant conseiller d'État, pour avoir plus tôt sa gazetle, l'envoyait chercher de Fontainebleau par son laquais. Nous assistons ici aux procédés tout primitifs de ce singulier journalisme. Un grand laquais de M. de Fieubet, — c'est à Boursault que nous devons ce détail, — est arrivé la veille à huit heures du soir, annonçant qu'il repartirait le lendemain à midi. 11 a ordre de rapporter le journal; sa présence est un avertissement, il faut que Boursault en finisse. Midi sonne, midi et demi, une heure... Quel retard! Monsieur a-t-il terminé? Pas encore. La verve ne lui ferait pas défaut, ce sont les sujets qui manquent. Quoi! de huit heures du soir au lendemain midi, faire tout seul une gazette! aller aux nouvelles, raconter, commenter, et résumer le tout dans une fable! Ce sera le début de sa missive : « Si j'étais dans un ôge à obtenir des lettres de rescision, je vous jure. Monsieur, que je me ferais relever de l'engagement que vous avez exigé de moi... » Il convient pourtant de s'acquitter. Voici la seule nouvelle qu'il ait apprise; fâcheuse nouvelle, hélas! Un excellent homme, M. de Rouilly, très pauvre et très respectable, que M. de Fieubet assistait généreusement, est mort dimanche dernier. Le lendemain est mort un gros M. ***, mêlé à tous les tripotages des trente dernières années et plus riche que trois ducs et pairs, en « choisissant parmi ceux qui ont le moins de dettes )>. Le contraste prête au développement. Boursault s'y lance
' Mémoires de Samt-Simon, édit. Hachette, t. III, chap. iv.
bride abattue. Il écrit, il écrit, la plume court, prose et vers s'alignent sur le papier, la fable est achevée tant bien que mal; puis enfin, n'ayant pas le temps de poursuivre, car le grand laquais s'impatiente, il clôt brusquement sa lettre : (( Au reste, Monsieur, quand j'aurais de plus agréables nouvelles à vous mander, votre laquais ne me donnerait pas le loisir de vous les apprendre. Il me soutient qu'il est plus jj d'une heure, et, de peur que je n'hésite à le croire, je l'en- i tends qui en jure sur son honneur. C'est m'averlir qu'il est i temps de vous jurer sur le mien que personne n'a jamais été ^ et ne sera jamais avec plus de respect et d'attachement que 5 moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant servi- \ teur. » ■