‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 141 sur 334 · L'AME DES BÊTES : ET EA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

L'AME DES BÊTES : ET EA PROVIDENCE

a dit excellemment : c La Fontaine est le lait de nos premières années, le pain de l'homme mûr, le dernier mets substantiel du yieillard.... C'est le génie familier de chaque foyer.... Il nous fait aimer cette vie, sans nous cacher une seule de ses misères.... Il n'y a de plus populaire que le livre de la religion. Celui qui n'a que deux ouvrages dans sa maison a les fables de La Fontaine. »

L'ftme des bêtes, La Provfdeaee, — Nous aimerions à extraire ainsi le suc de tant de pages exquises, où tout est substance et saveur. Mais quel serait le moyen de classer ces fables, sans en méconnaître l'esprit, et attenter à leur diversité? Signalons pourtant au premier rang, en passant, ces grandes fables morales, le Berger et le Jloi, le Paysan du Danube, où il entre un sentiment élevé de l'histoire et presque de la politique. Le Savetier et le Financier est une comédie de Molière en miniature. Les Deux Pigeons sont une élégie, nous allions dire une odyssée.

de serait d'ailleurs mal comprendre La Fontaine que de prétendre soumettre son génie à l'unité d'une doctrine littéraire ou morale ; car il n'a pas précisément de principes ; il a plutôt des sentiments, des idées provisoires. Il arrive souvent que son humeur dit oui là où sa raison dit non. Il nous suffira donc de dire que ce distrait sut tout voir, tout peindre et qu'on doit lui appliquer son vers :

Il ne faut pas juger des gens sur l'apparence. '

Toutes les idées qui s'agitèrent autour de lui intéressaient sa curiosité voyageuse. C'est ainsi que nul n'a plus spirituellement réfuté l'altière doctrine de Descartes sur l'automatisme des bêtes. Tandis que les superbes et les dédaigneux les réduisaient à n'être que d'insensibles machines, lui, le rêveur qui s'était un jour attardé jusqu'au soir à suivre l'enterrement d'une fourmi, il se fit l'avocat des humbles héros qu'illustraient ses fables, et réhabilita la merveilleuse intelligence de ces instincts que Gassendi appelait la fleur la plus vive et la plus pure du sang. Il propose donc ses explications sur ces subtiles matières, et revendique pour ses clients, pour ses amis, le privilège d'une

parcelle de souffle divin, divinœ particulam aurœ, comme disait son ami Horace :

Quintessence d'atome, extrait de la lumière, Je ne sais quoi plus vif, et plus mobile encor Que le feu....

Cette sorte d'âme obscure, il la met dans Tenfant, ainsi qu'en Tanimal auquel il appliquerait volontiers ce vers de Lamartine :

Frère à quelque degré qu*ait voulu la nature.

Pour démoatrer ses fantaisies platoniciennes, que d'ingénieux exemples n*allègue-t-il pas, et le cerf poursuivi qui en suppose un plus jeune, et la perdrix qui contrefait la boiteuse, et les castors architectes, et la stratégie des renards polonais, et les expédients des deux rats qui veulent sauver leur œuf!

Mais ici La Fontaine ne perd point l'équilibre; pas d'ambitieuse théorie : sa croyance n'est que sentiment; car il ne s'aventure jamais au delà du raisonnable. Cette mesure, nous la retrouvons encore en d'autres excursions de ce genre, notamment dans la fable où son philosophe scythe représente t ces indiscrets stoïciens » qui retranchent de l'âme

Désirs et passions, le bon et le mauvais,

Jusqu'aux plus innocents souhaits.

Contre de telles gens, quant à moi, je réclame. Ils ôtent de nos cœurs le principal ressort; Us font cesser de vivre avant que Ton soit mort.

(Livre XII, fable xx.)

Terminons en disant que, chez lui, ce goût de spéculation recouvre toujours le respect des vérités universelles, et s'associe souvent à des éclairs de foi religieuse :

Vouloir tromper le ciel, c'est folie à la terre ; Le dédale des cœurs en ses détours n'enserre Rien qui ne soit d'abord éclairé par les dieux : Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux, Même les actions que dans l'ombre il croit faire.

(Livre VI, fable xxvi.)

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