CONCLUSION SUR LA MORALE DE SES FABLES
Aimer les hommes, leur être bienfaisant, supporter leurs défauts pour que les nôtres nous soient pardonnes, suivre la loi de nature, se confier à Dieu, ne chercher ni à juger la création, sinon avec le bon sens expérimental de Garo, ni à prévoir l'avenir, voilà donc les conseils qu'insinue sa morale tolérante dont le ton s'éleva sensiblement, dans les années voisines d'une conversion aussi ingénue que l'avaient été ses faiblesses, témoin ces derniers vers qui furent comme son testament :
Apprendre à se connaître est le premier des soins Qu'impose à tous mortels la Majesté suprême. Vous ètes-vous connus dans le monde habité? L*on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité : Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.
Troublez Teau : vous y voyez-vous?...
Cette leçon sera la fin de mes ouvrages : Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir! Je la présente aux rois, je la propose aux sages :
Par où saurais-je mieux finir?
(Livre XII, fable xxv.)
(1636-nH)
PORTRAIT BIOGRAPHIQUE
Son enfaAce. — Fils de Gilles Boileau, greffier à la grand* chambre du Palais, et d'Anne de Niélé, Nicolas Boileau — dit Despréaux d*un pré qui était au bout du jardin de la maison de campagne de son père, à Crosne — naquit à Paris, le !•' novembre 1636, dans une maison de la cour du Palais, non loin de la Sainte-Chapelle, et, suivant une tradition, qui, à défaut d'une authenticité prouvée, a le mérite d'être inoubliable, dans la chambre même où le chanoine Gillot et ses compères avaient collaboré à la Satire Menippée. Agé de deux ans lorsqu'il perdit sa mère, il ne connut point ces douces affections qui développent la sensibilité. Cadet d'une nombreuse famille, qui ne compta pas moins de onze enfants, abandonné aux soins d'une vieille gouvernante acariâtre qui le relégua plus d'une fois au grenier, dans une sorte de guérite, il eut une enfance triste, pesante, malingre et taciturne. Aussi son père disait-il volontiers de ce dernier venu : c Pour celui-là, c'est un bon garçon qui ne dira jamais de mal de personne >. On le mit le plus tôt possible, vers sept ou huit ans, au collège d'Harcourt, puis à celui de Beauvais où se terminèrent ses études. L'opération de la taille qu'il subit, en quatrième, et les infirmités qui en résultèrent, ne durent pas être non plus sans influence sur son humeur un peu morose. Il eut pourtant de bonne heure l'instinct poétique; mais un seul de ses maîtres, M. Sévin, régent de troisième au collège de Beauvais, s'en