ÉTUDE LITTÉRAIRE SUR SES SERMONS. 34 J
ont été prêches devant la Cour, ceux de 1662 et 1666. 11 y prononça dix-huit sermons pour le premier {sur V Impénitenee finale ; $ur V Ambition \ sur la Mort] sur la Providence, etc.) les mercredi, vendredi et dimanche de chaque semaine; seize pour le second, les mardi et jeudi (sur l'Ambition^ etc.). — Etant moins nombreux, ses Avents sont plus faciles à reconstituer. Tout porte à croire qu'il convient d'en compter trois, de. 1660 à 1670 : le premier au Louvre, devant la Cour, en 1665 [sur la Nécessité de trdmiller sans délai à son salut; sur la Vérité de la Religion); le second à Saint-Thomas du Louvre, en 1669 [sur les Fondements de la justice divine; Panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry) ; le troisième à Saint-Germain en Laye, devant la Cour, en 1668, deux mois après sa nomination à Tévéché de Condom (le Jugement dernier; Nécessité de la pénitence, etc.). Tels sont les résultats les plus authentiques d'une enquête dont les dossiers composent toute une bibliothèque, et dont les conclusions peuvent tenir en quelques lignes.
Les différentes époques des sermons. TranAfbnnatlons proi^esslves de Foratenr. Période de Hetz (i6SS-i6S8), Cmdité d'expressions* Ferveur de néophyte. Intempéranee,
— Les détails ingrats qui précèdent sont loin d'être indifférents à une étude littéraire. 11 en ressort du moins avec évidence que les intelligences privilégiées ne possèdent point dès le premier jour toute l'autorité de leur talent. Il ne faudrait pas, en effet, croire ingénument avec le P. de Neuville « qu'un Bossuet naJt tout formé ». Non, il n'échappa nullement à la loi commune, et ses transformations progressives justifient ce qu'il disait en un sermon sur la Nativité de la Vierge : c On crayonne avant que de peindre; on dessine avant que de bâtir; et les chefs-d'œuvro sont précédés par des coups d'essai ». Il eut donc ses préludes, c'est-à-dire des rudesses, des aventures de diction, une exubérance et une témérité que Chateaubriand appelle « l'écume au mors du jeune coursier ». Voilà sa première manière : elle règne de 1652 à 1658, durant les six années
du noviciat fait à Metz, où il remplissait avec assiduité les fonctions d'archidiacre et de chanoine.
Ce fut là qu'il s'aguerrit au feu, par des controverses contre les juifs et les protestants, qu'il combattit avec l'entrain d'un Polyeucte impatient de briser les idoles. Donnons un regard à des esquisses où l'apprentissage est curieusement visible, par exemple au Panégyrique de saint Gorgon (Metz, 9 septembre 1649), dont le premier brouillon, corrigé depuis, portait ces mots : € 0 spectacle horrible! Gorgon gisait sur un lit de charbons ardents, fondant de tous côtés par la force du feu, et nourrissant de ses entrailles une flamme pâle qui le dévorait. Cependant, au milieu de ces exhalaisons infectes qui sortaient de la graisse de son corps rôti, il ne cessait de louer J.-C. Les prières qu'il faisait monter au ciel changeaient cette fumée noire en encens. » Citons encore comme spécimen de cette période le sermon prêché, le neuvième dimanche après la Pentecôte, vers 1653, sur la Bonté et la rigueur de Dieu. La première partie de ce discours est attendrie par une onction toute chrétienne ; mais dans la Seconde, où il représente Jésus implacable et faisant éclater ses vengeances contre une cité ingrate, il nous inquiète ou nous révolte même par une crudité, une cruauté d'expression vraiment trop hébraïque. A la peinture touchante d'un Dieu € débonnaire », çt de son infinie miséricorde succèdent des paroles sanglantes où un autre Joseph de Maistre semble exécuter un arrêt de mort contre une nation maudite : « Il fallait à la justice divine un nombre inftni de victimes, elle voulait voir onze cent mille hommes couchés sur la place dans le siège d'une seule ville. Et après cela encore, poursuivant les restes de cette nation déloyale, elle les a dispersés par toute la terre,... comme les magistrats, après avoir fait rouer quelque^ malfaiteurs, ordonnent que l'on exposera en plusieurs endroits, sur les grands chemins, leurs membres écartelés, pour faire frayeur aux autres scélérats. Cette comparaison vous fait horreur; tant y a que Dieu s'est comporté à peu près de même. » Ces âpretés de colère font horreur, et contrastent brusquement avec les effusions d'un cœur presque mystique. Les inégalités du style ne sont pas moins heurtées. Parmi d'admirables élans, on est étourdi par d'étranges secousses. L'orateur nous enlève d'un