ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE
L'oraison funèbre et ses origines. — Interprète du deuil, du regret et des consolations, le discours funèbre procède des sentiments les plus naturels au cœur humain. Aussi est-il une
des formes primitives de Téloquence. Si rien n*est plus spontané que le culte des morts, si la reconnaissance superstitieuse des moindres peuplades élevait au rang des dieux les chefs ou les bienfaiteurs de la tribu la plus obscure, on ne s'étonnera pas de rencontrer chez des nations fameuses ces solennelles expressions d'une commune douleur. C'est ainsi que les livres saints nous font entendre la plainte de David pleurant le courage de Saiil et la beauté de Jonathas. Jusque dans cette Egypte monotone où les mœurs, les coutumes, l'immobilité des castes, et, suivant l'ingénieuse expression de Yillemain, « le muet langage » des hiéroglyphes semblaient < avoir établi l'empire du silence >, les privilèges d'une ombrageuse théocratie conféraient aux prêtres, à en croire Diodore de Sicile, le droit de soumettre les rois à un jugement posthume, et d'exalter ou de condammer leur mémoire devant une assemblée populaire.
Chez les Athéniens» elle fnt nn hommn^e de reconnaissance nationale. Son earaetère démoerallqne* Grandeur et décadence dn genre. — A plus forte raison la Grèce républicaine ne pouvait-elle manquer de consacrer avec éclat les funérailles des citoyens dont elle voulait perpétuer les exemples. Chez les Athéniens surtout, dans une cité que gouvernail a souveraineté de la parole, ces hommages furent une sorte d'institution nationale. Au lendemain de la victoire ou de la défaite, on recueillait pieusement les dépouilles de ceux qui venaient de succomber pour la défense de la patrie; puis, exposés durant trois jours à la vénération publique, et, le quatrième, ensevelis dans des cercueils de cyprès, ces glorieux restes étaient conduits au lieu de la sépulture sur des chars qui portaient chacun le nom du dème auquel appartenaient les morts. Nul dévoûment ne demeurait sans honneur; car en ce cortège un cénotaphe représentait les combattants dont les corps étaient restés au pouvoir de l'ennemi. C'est alors qu'un orateur choisi par le peuple, ou désigné par les magistrats, prononçait l'éloge commun des victimes, et animait les vivants soit à venger leur trépas, soit à soutenir leur renommée par l'émulation des mêmes vertus.
Au sein d'une démocratie jalouse, où le patriotisme fut d'ailleurs le plus naturel des devoirs, ces louanges ne publiaient