II. — ESOUISSE LITTÉRAIRE
Exorde et proposition. — L'exorde est le commentaire de ces paroles empruntées à Tapôtre : c Ils sont sans tache devant le trône de Dieu (Sine macula enim sunt ante thronum Dei) ». Nul texte ne pouvait être mieux approprié à des vertus qui fuyaient les regards du monde. Bossuet comprit que des accents dignes de sainte Thérèse convenaient seuls à l'éloge d'un cœur si pur et si tendre, qu'avaient brisé tant de muettes douleurs. Aussi, transfigurant la pieuse reine, la montre-t-il rayonnante de gloire, au milieu des < âmes vierges » que leur innocence prédestine à la béatitude. Un charme de poésie toute mystique distingue cetexorde, dont la douceur rappelle, en les surpassant, ces vers de La Fontaine :
...Sire, le temps de pleurs Est passé; la douleur est ici superflue. Votre digne moitié, couchée entre des fleurs,
Tout près d'ici m*est apparue ;
Et je Tai d'abord reconnue.
« Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi. Quand je vais chez les dieux, ne t'oblige à des larmes. Aux Champs Ëlysiens j'ai goûté mille charmes, Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.
(Livre VIII, f. xiv, les Obsèques de la lionne.)
Par une allusion presque trop ingénieuse, Bossuet voit un emblème d'élection jusque dans la blancheur d'un teint que pâlirent encore de longues tristesses : < La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle. Cette éclatante blaneheur^ symbole de sa candeur, n'a fait pour ainsi dire que passer au dedans, où nous la voyons rehaussée d'une lumière divine. » Voilà des traits qu'eût enviés Fénelon dans la séraphique peinture de ses champs bienheureux.