‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 202 sur 334 · ORAISON FUNÈBRE DE LE TELLIER · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE LE TELLIER

Troisième parlle. Le chaneeller. — En introduisant le chancelier parmi les grands hommes qui précédèrent un règne privilégié, Bossuet vante son ministère avec un ton de grave sérénité qui rappelle tantôt les dialogues philosophiques de Gicéron , tantôt les remontrances d'un L'Hôpital ou d'un D'Aguesseau. C'est l'imposant commentaire de cette parole : c Ne doit-on pas sa vie à Dieu, au prince, à l'État? » laquelle rappelle de si près ces vers de Polyeucte :

Vous n*avez pas la vie ainsi qu*un héritage :

Le jour qui vous la donne en même temps rengage;

Vous la devez au prince, au public, h TÉtat.

Dans l'exposition des actes qui conflrment cette pensée, Bossuot aborde résolument la question si délicate des rapports de l'Église et du pouvoir séculier. Il le fait avec le bon sens prar tique et l'esprit conciliant d'un évèque soucieux d'entretenir une durable concorde entre les deux puissances. A l'impression d'un si judicieux langage, se mêle cependant pour nous le regret d'entendre ici la même voix saluer la révocation de l'édit de Nantes, comme c le plus bel usage de l'autorité, et le miracle d'un nouveau Constantin , d'un nouveau Théodose y. Ce$ applaudissements donnés à une iniquité aussi préjudiciable à la religion qu'à la France affligent vraiment notre admiration. Déplorons qu'une raison si pure ait pu se laisser aveugler ainsi par les préjugés de son temps. Mais n'oublions pas non plus que Bossuet fut étranger aux conseils qui préparèrent une mesure si néfaste. Il est du moins certain qu'il repoussa toujours du troupeau conOé à sa garde des violences dont il ne partage point la responsabilité. Ne soyons donc pas trop sévères pour un oubli fâcheux que nous expliquent les entraînements de l'opinion; et bornons-nous à constater ici comment les oraisons funèbres raniment parfois sous nos yeux les mœurs, les idées et les passions d'un âge disparu. A l'attrait de l'éloquence elles ajoutent l'intérêt des mémoires.

Quatrième partie. Le ehrétien. — Mais Bossuet redevient ce qu'il est, éminemment évangélique, lorsqu'il nous propose la leçon édifiante d'une fin chrétienne qu'il avait encouragée de ses exhortations, et accompagnée de ses prières. L'accent d'un

^M BOSSUJBT.

gouTeDÎr personael est ioi sensible sous les détails famiUer s que nous rend précieux Fémotion du prêtre. U j a autant de simplieité que de grandeur dans ce spectacle du' juste s*entjreienaiit «?ec la Mort» d'un esprit si calme et si détaché t qu'on croirait as^ter à la paisible audienee d'un ministre, ou h la doutée e<mversation d'un ami commode ».

Mr«rats««« — €ette vie < dont le dernier jour fut le plus heureux », lui semble faite pour enseigner aux grands le mépris des honneurs et des richesses : tel est le motif de la péroraison, qui se termine par cette apostrophe célèbre ; c Dormes votre sommeil, riches de la terre, et demeurez dans votre poussière!... Ah! si quelques générations, que dis-je? quelques années après ▼0tre mort^ vous reveniez, hommes oubliés, au milieu du monde, vous vous hâteriez de rentrer dans vos tombeaux, pour ne voir pas vôtre nom terni, votre mémoire abc^, et votre prévoyance trompée dans vos amis, dans vos créatures, et plus encore dans tos héritiers et vos enfants. Eat-œ là le firait du travail dont vous vous êtes consumés sous le soleil, vous amas* gant un trésor de haine et de colère étemelle, au juste jugement de -Dieu? > A de telles beautés que ne pardonnerait^on pas? Et il y a du reste si peu à pardonner i

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