‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 234 sur 334 · STYLE DES CONSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

STYLE DES CONSIDÉRATIONS

Ce décalque adroit du latin est même chez lui un procédé si constant qu'il a Tair d'une manière. A cette date, il faut, pour soutenir ce ton, de l'étude et du calcul. En cela, d'ailleurs, Montesquieu est au-dessous de Bossuet dont les latinismes instinctifs coulent de source, à son insu, entraînés par le flot d'une verve qui déborde.

Mais il faudrait plaindre ceux qui verraient de l'affectation sous ces formes de langage imposées "par la convenance même du sujet. Disons plutôt que, dans ce livre, le style de Montesquieu défie toute censure. Depuis lés Considérations, la science historique a découvert des vérités auxquelles il n'avait pas songé. Elle a donc pu compléter son œuvre, redresser quelques erreurs, ou confirmer ses conclusions par des arguments nouveaux. Mais^ fût-il yainôUi dans cert&ineâ controverses de détail, il l'emporte sur tous ses successeurs, par la vigueur de la pensée, la beauté de l'exécution, et l'éloquence d*une parole impérisfeable comme ce^ monuments romains bâtis pour l'Éternité*. V

1. Voir ci-après, 517 sqq., un parallMe entre Montesquieu et Buffon.

ÉTUDES LITTÉBAIRE8. 11. — 32

PORTRAIT BIOGRAPHIQUE

Sa Jeanesse. Prélades de sa vocatioa seientifiqiie. — Né

en septembre 1707, à Montbard, en Bourgogne, dans une pro- Yince riche en doctes personnages ou en orateurs éloquents comme nous l'avons fait remarquer à propos de Bossuet, Georges- Louis Leclerc — que Louis XV fera comte de Buffon. en 1772 — était fils de M. Leclerc, alors conseiller du roi et plus tard du parlement de Bourgogne. Il ressemblait surtout à sa mère, noble d'origine et très distinguée d'esprit, dont il ne parla jamais qu'avec l'accent de la tendresse la plus reconnaissante. Au collège des jésuites de Dijon, où il acheva ses humanités, il se distingua de bonne heure par la passion d'apprendre et de savoir. Ce furent les mathématiques qui captivèrent d'abord sa curiosité ; mais, tout en s'y vouant de préférence, il menait de front l'ensemble des connaissances libérales : car c il ne voulait pas qu'un autre pût entendre ce qu'il n'aurait pas entendu luimême >, et un vif sentiment d'orgueil stimulait les ambitions de sa vaillante intelligence. La nature l'avait d'ailleurs doué de tous ses avantages ; à la noblesse de la taille, du port et de la figure, s'alliait en lui la vigueur d'une constitution infatigable. Hume lui trouvait l'air d' < un Maréchal de France », et Voltaire dira de lui : < Dans le. corps d'un athlète il eut l'âme d'un sage ».

A Angers où il suivait des cours (juin 1730), et où il blessa en duel un Anglais, il s'était lié avec un autre Anglais, le duc de Kingston. Il entreprit de voyager avec ce jeune seigneur et

Page 1