‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 236 sur 334 · BUFFON HISTORIEN DE LA NATURE · texte numérisé non relu

BUFFON HISTORIEN DE LA NATURE

Physionomie 4ii ■aUiraUsCe* Il aime les grmndm ob|eU. —

Dans Tactivité du xviii® siècle, ce fut un mémorable événement que la ptiblication des trois premiers volumes de Vliistoire natwrei/e, apparaissant un an après VEsprU des /ois, en 1749, c comme si le génie français, seloi) la remarque de Villemain, eût voulu témoigner son ambition de tout soumettre à l'analyse, ou de tout embellir- par la parole ».

Ce qui nous frappe tout d'abord, c'est qu'il appartient plus, ce nous semble, à la famille des naturalistes anciens qu'à celle des savants ^modernes. Telle est l'impression que produit l'ouvrage imposant, mais conjectural, par lequel il. inaugura sa vaillante entreprise. Dans cette vigoureuse ébauche qu'il intitula Théorie de la Terre, il eût volontiers débuté comme Empédocle, par ces mots : J'écris de l'univers. < Ni l'infini du monde réelj ni l'infini du possible, dit Villeraain, n'eflfrayait son imagination. » Il ne visait à rien moins qu'à remonter aux causes de toutes choses, à embrasser l'ensemble de la création ; « et, dans une tâche où l'on est accablé par l'immensité des faits, il ajoutait sans crainte l'immensité des hypothèses. »

C'est avertir que sa supériorité ne fut point dans l'exactitude technique. Peintre éloquent, qui ressemble à Pline l'ancien, — mais avec plus de goût, de raison, de mesure et d'aptitude scientifique, — par l'éclat de sa parole et la richesse parfois trop pompeuse de son imagination descriptive, vulgarisateur majestueux d'une science qui n'était pas faite encore, mais que préparaient pourtant ses vues aussi hardies que fécondes, BuflFon n'est point un de ces observateurs minutieux qui se plaisent, comme Linné, à la précision du détail, et à la rigueur d'une analyse curieuse de ne rien supposer, ou de rien omettre. La nature l'avait fait grand, et il voyait tout en grand; il lui coûtait de se baisser pour étudier les petites choses ; de là, par exemple, son indifférence pour la botanique. Outre qu'il et '*

myope, ne disait-il pas : « Je Tai apprise par trois fois, et je Tai oubliée de même »? Ce fut ainsi qu'il ignora toujours les insectes. < Une mouche, écrivit-il un jour, ne doit pas tenir plus de place dans la tête d'un naturaliste que dans la nature. » Il nous gâte aussi les abeilles, lorsqu'il ne voit dans leurs alvéoles qu'un effet produit par la forme de leur corps et ce qu'il appelle la compression. Il ne ménage pas plus les fourmis et leur prévoyance. Quant à l'oiseau-mouche, s'il lui pardonne son exiguïté, c'est en faveur de sa gentillesse. On dirait qu'il apprécie les êtres à la taille. Son histoire des oiseaux ne débute- t-elle pas par l'autruche, qui est comme l'éléphant du genre? Ses préférences vont donc visiblement aux vertébrés d'un ordre supérieur ; et, même alors, il se soucie peu de certaines informations spéciales qui exigent qu'on y regarde de près, notamment lorsqu'il dit à propos d'une bête de proie et de ses intestins : « Je laisse aux gens qui s'occupent d'anatomie à vérifier le fait ».

Métbode trop artlfielelle; partialité i dédains de grand aeigneor. Le peintre éloquent de la natnre. — Outre que ses enquêtes furent insuffisantes, il usa trop des méthodes artificielles. Examinant les objets isolément, à mesure que l'occasion les lui offrit, il négligea les caractères essentiels, pour se préoccuper avant tout des relations de proximité ou d'utilité que les êtres peuvent avoir avec l'homme. Ce c roi de la création » devint le centre de ses tableaux, et il rangea ses sujets autour de lui, comme ferait un maître de cérémonie veillant au respect de l'étiquette ou de la hiérarchie. De là cette classification qui s'ouvre par le cheval, se poursuit par l'âne, le zèbre, et passe au bœuf (! !), à la brebis, à la chèvre, au chien et au chat. Puis figurent les animaux sauvages, mais non féroces, comme l'éléphant, l'hippopotame, la girafe, le cerf, le chevreuil, le castor, l'écureuil, le singe, le lapin, le lièvre, la souris et le rat. Enfin, il relègue dans un dernier groupe les carnassiers, le lion, le tigre, la panthère, l'ours, le sanglier, le loup, le renard, le furet, le blaireau et la fouine. C'est ainsi qu'il descend les degrés de l'échelle, du plus grand au plus petit.

Ce système entraine une étrange partialité, qui conviendrait plus à un fabuliste qu'à un naturaliste, c II a, dit M. D. Nisard, ses héros et ses bêtes noires. Bien qu'il réduise trop l'instinct à

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