‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 250 sur 334 · SIÈCLE DE LOUIS XIV : SA VALEUR HISTORIQUE · texte numérisé non relu

SIÈCLE DE LOUIS XIV : SA VALEUR HISTORIQUE

encore, plus d'un texte original ne nous était guère connu que par Voltaire, entre autres le Journal de Dangeau, dont il put détacher d'importants extraits.

N'omettons pas surtout les traditions orales qui vivaient encore dans le souvenir des contemporains, et les confidences que sut provoquer infatigablement cette adresse où triomphait son vif esprit. Les d'Argenson, les d'Argental, les Bouillon, les Choiseul, les La Feuillade, les Noailles, les Richelieu, les Villeroi, les Villars et les Vendôme n'envièrent point leurs trésors au causeur insinuant qui pratiquait victorieusement coè art de délier les langues, que facilite d'ailleurs chez les vieillards même les plus illustres le regret du temps passé, de celui où ils furent en scène. En sa correspondance se trahit, à chaque instant, l'éveil d'une curiosité qui n'hésita pas à être pressante jusqu'à l'importunité , pour « meubler son magasin de témoignages ». Dans cette instruction, il déploya la dextérité d'un diplomate qui excellait à prendre chacun par son faible, comme le prouve entre autres cette caressante prière faite au président Hesnault : t Oserais-je vous supplier de m'honorer de vos remarques sur ce volu^ne? Ce serait un nouveau bienfait. Vous qui avez bâti un si beau palais, mettez quelques pierres à ma maisonnette, » Ailleurs n'écrivit-il pas à l'abbé Dubos : t A qui daignerez-vous communiquer vos lumières, si ce n'est à un homme qui aime sa patrie et la vérité, qui ne cherche à écrire l'histoire ni en flatteur, ni en gazetier, mais en philosophe? »

Bref, il se dévoua vraiment à son œuvre; et si nous sourions, quand il se compare à t un bénédictin enfermé dans son couvent », nous ne lui refuserons pas l'éloge auquel a droit une patience plus méritoire en lui qu'en tout autre. On ne peut lui reprocher des lacunes comblées, depuis, par les maîtres auxquels il fraya la voie, et qui n'ont fait rayer aucun de ses chapitres *. Quant aux erreurs involontaires qu'on relève dans le détail, Voltaire les excuse, lorsqu'il dit : « Il ne faut pas

1. Histoire de Louvois^ par Camillo Rousset, de 1* Académie française; Négociations relatives à la succession d'Espagne, par Mignet; Port-Royal, par Sainte-Beuve; Lettres de Colbert, par M. Pierre Clément; Histoire de Louis XIV, par M. Gaillardin.

juger d*un grand édifice par quelques pavés qu'un maçon aura mal arrangés danë la cour ».

La réhabilitation d'un grand rèf^ne méeonfni pmr Toiptnton. — SU donna le nom de Louis XIV à Tun de ces âges qui ajoutent des œuvres immortelles au patrimoine de Thumanité, il n'y fut point invité par un mouvement de l'opinion. Bien loin de répondre à un appel de l'esprit public, Voltaire dut, en effet, remonter un courant tout contraire : car, on le sait, les impressions qui suivirent la mort du roi n'étaient nullement favorables à sa mémoire. Le premier acte de la Régence ne fut-il pas d'infirmer ses dernières volontés, et cela, par la voix d'un parlement chargé de maintenir les décrets de la couronne? Quand la grand'chambre se rendit au Louvre, pour accomplir ce coup d'État, elle fiit applaudie, non seulement par cette foule aveugle qui avait troublé de ses clameurs les obsèques de Saint-Denis, mais par les honnêtes gens et les sages, unanimes à protester contre un règne dont les fautes avaient égalé les services.

Parmi les adversaires de Louis XIV, les uns l'accusaient avec raison des attentats commrs contre la liberté de conscience; d'autres lui imputaient la responsabilité des revers dont souffrait si cruellement la fortune publique et privée. Une détente subite succédant à une longue contrainte, des représailles éclatèrent donc de toutes parts. On allait jusqu'à dédaigner « la gloire comme trop coûteuse », et à railler la poésie ou les arts comme un luxe inutile. En un mot, c'était l'heure d'un dénigrement si injuste, que Colbert lui-même ne trouva pas grâce devant ces censures : car on osa écrire que € le peuple n'avait pas été si fou, lorsqu'il voulut déchirer ses restes, le jour de ses funérailles ». Voltaire lui-même, en sa jeunesse, avait payé tribut à ces préventions, au point de louer Fouquet — dont les prévarications, dont les < voleries » sont si avérées —

. . . Dont Thémis fut le guide, Du vrai mérite appui ferme et solide.

(Épttre à l'abbé Servien.)

On alla jusqu'à faire chorus avec. les ennemis du dehors, qui

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