CONCLUSION SUR VOLTAIRE
Univerfiialité de Voltaire. Le « chaos d'idées claires ». Utilité pratique de ses courtes clartés. — Frédéric, ce tyran qui savait flatter, écrivait un jour à Voltaire : c Je doute s'il y a un Voltaire dans le monde : j'ai fait un. système pour nier son existence. Non, assurément, ce n'est pas un seul homme qui fait le travail prodigieux qu'on attribue à M. de Voltaire. 11 y a à Cirey une Académie composée de l'élite de l'univers. Il y a des philosophes qui traduisent Newton ; il y a des poètes héroïques j il y a des Corneilles ; il y a des Catlilles ; il y a des Thucydides; et l'ouvrage de cette Académie se publie sôus le nom de Voltaire, comme l'action de toute une armée s'attribue au chef qui la commande. » On ne saurait eijprimer, d'une manière plus pittoresque et plus juste à la fois, la caractéristique du génia de Voltaire qui est l'universalité. Qu'il ait eu la profondeur dans l'universalité, c'est une autre question. Comme penseur. Voltaire a prêché la .tolérance, l'humanité, l'ordre social, la liberté politique, cette « déesse » dont il a magnifiquement parlé, l'égalité civile dont il donne cette formule :
La loi dans tout État doit être universelle,
Les mortels, quels qu'ils soient, sont égaux devant elle.
« Conservateur en tout, sauf en religion >, selon le mot de Vinet, il ne s'est jamais piqué de concilier logiquenlent et par le menu ses principes, au fond très conservateurs, avec toutes les saillies et les pétulances de son humeur sceptique et de sa passion antireligieuse. Aussi, au courant de ses innombrables polémiques, parmi la mitraille de ses arguments, que d'arguties de circonstance qui apparaissent comme autant de contradictions flagrantes, si on les rapproche du reste, et qui autorisent à répéter alors, mais alors seulement, ce mot plus que joli du dernier en date de ses critiques : t Ce grand esprit, c'est un chaos d'idées claires * >. Mais qu'elles sont claires, et même
1. M. E. Faguet, Xyill'' siècle, p. 219, 268, Paris, Lecène et Oudin.