‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 285 sur 334 · DISCOURS SUR LES SCIENCES ET LES ARTS · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LES SCIENCES ET LES ARTS

essayer de soulever le t voile épais » dont la sagesse éternelle avait couvert toutes ses opérations.

Deuxième partie t origines Ttcienses des seienees et des artsi l'inégalité eanse de tous les abus. — Puis il démontre la vanité et le néant des connaissances humaines, et leur perversité originelle, c L'astronomie est née de la superstition; l'éloquence, de l'ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge; la géométrie, de l'avarice; la physique, d'une vaine curiosité ; toutes, et la morale même, de l'orgueil humain. Les sciences et les arts doivent donc leur naissance à nos vices. » Alimentés par le luxe et l'oisiveté des citoyens, ils sont aussi nuisibles au vrai courage qu'aux bonnes mœurs, et fomentent tous les vices d' « une éducation insensée >. Et tous ces abus ont une cause unique : « l'inégalité funeste introduite entre les hommes par la distinction des talents et par l'avilissement des vertus ». « Nous avons des physiciens, s'écrie Rousseau, des géomètres, des chimistes, des astronomes, des poètes, des musiciens, des peintres ; nous n'avons plus de citoyens ; ouj s'il nous en reste encore, dispersés dans nos campagnes abandonnées, ils y périssent indigents et méprisés. Tel est l'état où sont réduits, tels sont les sentiments qu'obtiennent de nous ceux qui nous donnent du pain, et qui donnent du lait à nos enfants. »

Restrictions de Rousseau et modestie inattendue de sa conclusion. — Mais, ayant poussé sa pointe jusque-là, Rousseau bat en retraite et commence dès lors à ménager ses transitions vers un accommodement, en ces termes : t Je l'avoue cependant, le mal n'est pas aussi grand qu'il aurait pu le devenir ». La prévoyance éternelle a bien fait les choses et placé partout le contrepoison près du poison, comme dans les plantes. Fort de cette distinction, il en vient à louer un peu les Académies, ces « sages institutions > qui servent de « frein aux gens de lettres », tous désireux d'y entrer. Et, après avoir flagellé les faux savants, cette « troupe de charlatans », qui éternisent leurs extravagances par la complicité de l'imprimerie, cet « art terrible », il ne craint pas de vanter t les savants du premier ordre, ces précepteurs du genre humain qui n'en ont point eux-mêmes ». 11 voudrait les voir admis dans les conseils des rois pour faire concourir la vertu, la science et l'autorité à

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la félicité du genre humain. Pour nous, c hommes vulgaires >, bornons-nous à remplir obscurément nos devoirs.

Voilà, avec un hymne final à la vertu, c science sublime des âmes simples >, la conclusion modeste d'un auteur qui, dans ses prémisses, partait si bruyamment en guerre contre la civilisation, ses pompes et ses œuvres.

■frites et défauts littéraires de ee dlseonrs. — Tel est ce discours, médiocrement composé, trop enluminé de figures et trop échauffé de ton, dont Rousseau dira : c Cet ouvrage, plein de chaleur et de force, manque absolument de logique et d'ordre C'est de tous mes ouvrages le plus faible de raisonnement et le plus pauvre de nombre et d'harmonie. > Il n'en était que plus curieux pour nous à étudier, non seulement parce qu'il étale les défauts ordinaires de Rousseau, mais parce que ses qualités dominantes y brillent déjà, notamment cette vigueur oratoire, cet art d'imposer l'idée par un développement dont la force s'accroît avec son ampleur même, ou de la resserrer dans des formules plus ou moins justes ou heureuses, mais qui se gravent dans la mémoire et tyrannisent la raison. Entre celles que nous avons déjà citées, notons encore celles-ci au passage : « Les sciences, les lettres et les arts étendent dc^s guirlandes de fleurs sur les chaînes dont ils {les hommes assemblés) sont chargés > ; — c On a de tout avec de l'argent, hormis des mœurs et des citoyens » ; — t II y a mille prix pour les beaux discours, aucun pour les belles actions » ; — c II n'a point fallu de maîtres à ceux que la nature destinait à faire des disciples » ; — ou encore cette autre, d'un goût plus douteux : « Sommes-nous donc faits pour mourir attachés sur les bords du puits où la vérité s'est retirée? »

Les thèmes de Ronsseau, — Remarquons soigneusement avant d'aller plus loin q^e ce discours énonce les idées principales de Rousseau sur la politique, la morale et l'éducation, el indique déjà une conciliation possible entre elles. La religion exceptée, nous y avons relevé, comme on verra par la suite, les thèmes qu'il développera dans toutes ses œuvres ultérieures, jusqu'aux Confessions, et dont la première en date est le Discours sur rinégalUé.

DISCOURS SUR l'inégalité. 611

Discours sur Vorigine de Vinégalité parmi les hommes,

S« division en deux parties. — D'une part, Tinégalité est à peine sensible dans l'état de nature, et son influence y est presque nulle; d'autre part, elle a tiré son origine et ses progrès des développements successifs de l'esprit humain, et, en devenant sociable, l'homme est devenu méchant et esclave : telles sont les deux parties de la réponse faite par Rousseau à cette question mise au concours par l'Académie de Dijon en 1754 : Quelle est Vorigine de Vinégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle?

Tableau Idéal de la nature. — Rousseau trace d'abord le tableau du véritable état de nature, celui dont la lecture faisait dire à Voltaire : < Vous donnez envie de marcher à quatre pattes ». Dans cet état idéal, l'homme est mù par deux ressorts antagonistes, celui de la conservation et celui de la pitié. Il trouve leur équilibre et leur jeu dans cette formule instinctive : Fais ton bien avec le moindre mal d'autrui qu'il est possible, La pitié tient lieu de lois, de mœurs et de vertus, nul n'étant tenté de désobéir à sa « douce voix ». Si le sauvage exerce sa vengeance, ce sera « machinalement et sur-le-champ, comme le chien qui mort la pierre qu'on lui jette ».

La bonté de rhomme naturel et l'évolution sociale. — Il reste à expliquer comment un être si bon a pu se dépraver, Rousseau va donc s'appliquer à considérer et à rapprocher « les différents hasards qui ont pu perfectionner la raison humaine en détériorant l'espèce, rendre un être méchant en le rendant sociable ». 11 avoue que ces considérations seront conjecturales sur la suite des événements, et il fait d'avance leur part aux objections que l'école dite historique n'a cessé d'élever depuis contre son système. Mais il fait remarquer que ses conclusions ne seront nullement conjecturales, puisqu'elles reposent sur les principes qu'il vient d'établir, lesquels n'en sauraient admettre d'autres. Après avoir pris cette précaution capitale, il désigne avec une précision parfaite les deux principaux facteurs du transformisme, comme disent aujourd'hui nos philosophes, à savoir c le laps de temps qui compense le peu de vraisemblance

des événements », et « la puissance surprenante des causes très légères lorsqu'elles agissent sans relâche ». 11 entreprend alors de retracer révolution naturelle des sociétés, de montrer c les routes oubliées et perdues qui de Tétat naturel ont dû mener l'homme à l'état civil ». C'est l'objet de la seconde partie.

Deuxième partie. — Le propriétaire, voll& l'eaDemi. — Le début est fameux. « Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : < Gardez- € vous d'écouler cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez € que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne! » Le propriétaire, voilà Tennemi; et Rousseau le désigne tout d'abord, bien qu'il ne soit que le fruit tardif d'une corruption progressive.

11 décrit celle-ci, puis il reprend le thème du début, avec une force nouvelle, c en continuant d'examiner les faits par les droits ». Le grand coupable, c'est le riche; et il lui lance celte formidable apostrophe où gronde déjà tout l'orage d'aujourd'hui : « Ignorez-vous qu'une multitude de vos frères périt ou soufiFre du besoin de ce que vous avez de trop, et qu'il voiâs fallait un consentement exprés du genre humain pour vous approprier sur la subsistance commune tout ce qui allait au delà de la vôtrel » C'est le riche qui — « semblable à ces loups affamés qui, ayant une fois goûté de la chair humaine, rebutent toute autre nourriture, et ne veulent plus que dévorer les hommes » — a provoqué, par ses usurpations insatiables, les brigandages des pauvres ; c'est lui qui, pour se défendre contre leur nombre, leur persuada par des raisons spécieuses de se donner c d'autres institutions qui lui furent aussi favorables que le droit naturel lui était contraire » ; lui enfin qui confisqua la liberté naturelle sous prétexte de fonder le droit civil.

Les « conventloDS KéDérales <• qnlontconstitaé les nations. — Idée première dn « Contrat social ». — Le droit & llnsarreetlon. — Puis il fait, sur les « conventions générales » qui ont constitué les nation en corps politique, et sur les diverses

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