ANALYSE DU CONTRAT SOCIAL
système », mais nous avons vu plus haut par quel chemin nous avions passé. Il ne reste donc qu'à tirer au clair ces conventions qui sont le fondement de ce droit sacré. Consentions qui sont le fondement de Tordre soelal. —
L'unité de TEtat est faite par l'union de ses membres, et cette union naît de l'obligation qui les lie. Mais quel est le fondement de cette obligation? Ce n'est pas la force, sinon on serait obligé, en conscience, de donner sa bourse au bandit qui vous surprend au coin d'un bois, quand même on pourrait la lui cacher, car enfin le pistolet qu'il tient est aussi une puissance. Le fondement de l'obligation sociale n'est pas davantage l'autorité paternelle, car si le père et les enfants restent unis, passé l'âge où les enfants avaient besoin du père pour se conserver, t ce n'est plus naturellement, c'est volontairement, et la famille elle-même ne se maintient que par convention ». Mais si, forçant l'analogie entre la famille et les sociétés politiques, on conclut, comme Grotius et Hobbes, que l'autorité du gouvernement dure par delà l'utilité du gouverné, voilà Tesclavage établi, t voilà l'espèce humaine divisée en troupeaux de bétail, dont chacun a son chef qui le garde pour le dévorer ». Or le droit d'esclavage est nul, étant illégitime et absurde : t Soit d'un homme à un homme, soit d'un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : t Je fais avec toi une convention toute à ta € cJiarge et toute à mon profit, que f observerai tant quHl me plaira, € et que tu observeras tant qu'il me plaira. > Enfin, revenant hardiment sur ce sujet, dans une note de la sixième t Lettre de la Montagne », Rousseau ose compléter sa pensée et disputer contre ceux qui prétendent donner pour fondement à l'obligation sociale la volonté de Dieu, car c il n'est pas clair que Dieu veuille qu'on préfère tel gouvernement à tel autre, ni qu'on obéisse à Jacques plutôt qu'à Guillaume. Or voilà de quoi il s'agit. » Ce qui est évident, c'est qu'un peuple voulût-il se donner un roi, il faut d'abord qu'il soit un peuple. Ainsi l'acte par lequel il est un peuple étant antérieur à l'acte de sa donation, il s'ensuit que ce premier acte est le « vrai fondement de la société ». > Passage de l'état de nature & l'état civil. — Arrivé là, Rousseau indique avec une précision lumineuse comment les hommes ont passé de l'état de nature à l'état civil, c'est-à-dire
comment ils ont été amenés à sceller le pacte qui a fondé la société. Où Montesquieu indiquait vaguement c ce désir de vivre en société qui est une quatrième loi naturelle », Rousseau fait toucher du doigt l'intérêt du genre humain : c Je suppose, dit-il, les hommes parvenus à ce point où les obstacles qui nuisent à leur conservation dans Tétat de nature, remportent par leur résistance sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet état. Alors cet état primitif ne peut plus subsister, et le genre humain périrait s'il ne changeait de manière d'être. »
De la meineare forme & donner mm pacte soelal. -^ Il pose alors, avec une netteté admirable, le problème de la meilleure forme à donner à ce pacte. Il s'agit, dit-il, de t trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à luimême, et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution. »
Solution de ee « problème fondamental » s le penple. — Voici en bref cette solution : il faut considérer trois choses : le peuple, le souverain et le gouvernement. Le peuple est constitué par le contrat, c'est-à-dire par l' t aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à la communauté », en un corps moral et collectif qui s'est appelé tour à tour cité, république, corps politique, sujets ou État.
Denxième terme dn problème s Le « sonveraln » eonstltaé par la volonté g^énérale dn peuple. — Le souverain n'est autre que la volonté générale du peuple fondée sur la pluralité des suffrages. Cette pluralité c est elle-même un établissement de convention et suppose, au moins une fois, l'unanimité ».
Certes cette unanimité ne persiste pas, et il peut se manifester des volontés contradictoires : c Otez de ces mêmes volontés les plus ou les moins qui s'entre-détruisent, reste pour somme des différences la volonté générale ». Nous dirons donc, pour continuer \ parler avec Rousseau le langage des géomètres, que la volonté générale est une somme algébrique des volontés individuelles, dont le total est positif et constitue une loi très impérative.