ANALYSE DU CONTRAT SOCIAL
Le pacte social, on efîet, ncst pas un vain formulaire, et t quiconque refusera d'obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d'être libre »; car, ajoute ailleurs Rousseau avec une noblesse remarquable, V c impulsion du seul appétit est' esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté *.
C'est ainsi que Rousseau a sinon inventé, du moins élucidé et posé, avec une autorité et un éclat sans précédents, quoi qu'on dise, le dogme de la souveraineté populaire.
Troisième terme dn problème t Le « g^onvernement », cok*ps charge d'appliquer la volonté g^énérale. — Reste à le mettre en pratique, c'est-à-dire à donner le mouvement au corps politique qui a déjà l'existence et la volonté. C'est la fonction du gouvernement, que Rousseau, le premier, a nettement distingué du souverain.
Il est chargé d'appliquer aux cas particuliers les lois ou € actes de la volonté générale » pour le plus grand bien de tous, c'est-à-dire en sauvegardant par-dessus tout la liberté et Végalité,
C'est une fonction difficile; aussi Rousseau s*atlache t-il à définir le rôle que doit jouer le gouvernement, qu'il appelle encore» comme à Venise, le prince, vis-à-vis du peuple considéré tour à tour comme sujet et comme sotiverain.
Jeu de ees trois ressorts. — - Le g^ouvernement mis c:i éqaatlon. — - Il emploie à ce propos, et pour être court, un subtil étalage de termes algébriques dont quelques-uns ont besoin d'être rajeunis pour la clarté.
Cela fait, on aboutit, croyons-nous, à dégager de ces pages curieuses la formule suivante : Le gouvernement peut se mettre en équation. Cette équation est formée par l'égalité entre deux rapports qui sont : l'un, le rapport du pieuple souverain, au gouvernement, et l'autre le rapport du gouvernement au; peuple sujet; de sorte que le gouvarnenaent est une moyenne proportionnelle entre les deux extrêmes, à savoir entre- le peuple souverain et le peuple^ «sujet.
Cette équation d'ûilieurs^'est pas nttmérique et ce serait « touraer.iîe système. fin jridietUe*,>^qu^.d^ piîételielre, calculer cette moyenne parle procédé ordinaire .^ €t, »pour» crvlânaen^e
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corps du gouvernement, tirer la racine carrée du nombre du peuple >. — «En effet, les rapports dont je parle, ajoute Rousseau, ne se mesurent pas seulement par le nombre des hommes, mais en général par la quantité d'action, laquelle se combine par des multitudes de causes; au reste, si, pour m'exprimer en moins de paroles, j'emprunte un moment des termes de géométrie, je n'ignore pas cependant que la précision géométrique n'a point lieu dans les quantités morales. »
Doi^me de la souveraineté populaire. — En résumé, le peuple constitué par le Contrat social est le seul souverain, le seul législateur, et délègue au gouvernement l'application de la loi, r < exercice légitime de la puissance executive >, pour le plus grand bien de tous, c'est-àniire pour la liberté et l'égalité.
Nous ne pousserons pas plus loin l'analysé du mécanisme social imaginé par Rousseau, heureux si nous en avons exactement extrait les vrais principes.
Moyens pour résoudre la plupart des obscurités du « Contrat social». — Quant aux obscurités de détail du Contrat social, beaucoup d'entre elles seraient éclaircies, si l'on se reportait davantage au Discours sur rinégalité, aux objections que soulève celui-ci, et aux réponses plus ou moins péremptoires mais si nettes que l'auteur y a faites et qu'on a vues plus haut. On lit trop vite ce discours, qui a la réputation de n'être qu'une boutade éloquente, sinon on y verrait très nettement sur Vétat de nature et sur les vraies conditions de temps et de milieu, relatives au contrat et à d'autres points réputés obscurs, des explications que l'on a cherchées laborieusement dans le Contrat lui-même et ailleurs *.
Nous ne saurions nous-même terminer cette analyse de
1. Ces mômos cxplicatioûs viennent d'être recherchées avec sa^cité par M^ Alexis Bertrand dans un manuscrit complet du Contrat social^ datant de 175^1, déjà prêt pour Timprcssion et volontairement mutilé par Rousseau, avec le dessein de faire ressortir aux yeux de tous cette unité foncière de son système que nous avons tenté de démêler plus haut et qu'il sentait trop latente. Cette excellente monographie {le Texte primitif du Contrat social^ mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques dans la séance du 4 avril 1891, par M. Alexis Bertrand, Paris, Alphonse Picard, 1891) complète très utilement les études de MM. Paul Janet et A. Fouillée citées plus haut sur les théories politiques de Rousseau ; et nous y renvoyons les apprentis en économie politique et en civisme, c'est-à-dire — par le temps qui court — tous les étudiants en lettres anciennes on modernes.