‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 301 sur 334 · ANALYSE CRITIQUE DE VÈMILE · texte numérisé non relu

ANALYSE CRITIQUE DE VÈMILE

les hommes et à choisir parmi eux, il faut « prendre une route opposée à celle que nous avons suivie jusqu^à présent, et in« struire plutôt le jeune homme par l'expérience d'autrui que par la sienne ». Nous allons lui montrer d'abord les homme» au l/oin\ et c voilà le moment de l'histoire ».

Mais que de vices elle a! Par les révolutions, par les catastrophes qu'elle peint surtout, « nous ne savons que le mal, à peine le bien fait-il époque ». Et puis < les faits changent de forme dans la tête de l'historien, se moulent sur ses intérêts, prennent la teinte de ses préjugés ». Aussi combien rares les bons historiens! Thucydide est, à son gré, le seul qui « ne s'interpose pas entre les événements et le lecteur > ! Et puis ils montrent bien plutôt les actions que les hommes; et l'on s'attend qu'ici Rousseau payera une fois de plus sa dette à Tami de toutes ses heures, s'écriant avec Montaigne : « Voilà pourquoi, en toutes sortes, c'est mon homme que Plutarque ! »

Qu'il est donc difficile de trouver dans l'histoire ce qu'elle doit à chacun, qui est c de se rendre sage aux dépens des morts > ! Donc que les fables y arrivent si l'histoire n'y peut atteindre.

Temps des fautes et des fables. •— < Le temps des fautes est celui des fables.... Il n'appartient qu'aux hommes de s'instruire dans les fables. » Rousseau rend donc à La Fontaine envers Emile adolescent le rôle qu'il lui refusait envers Emile enfant, et il met entre ses mains c cet auteur inimitable », non sans retrancher pourtant ses moralités qui sont à ses yeux autant d'applications inutiles.

Crise de rame. — Emile « s'approelie des mystères ». — Mais les idées d'Emile se multiplient dans le tourbillon social, et d'autant plus que sa curiosité sur tout a été mieux préparée : nous regagnons tout ce c que nous paraissions avoir perdu, en temporisant, en le tenant inscrit dans un cercle d'idées v trop étroit. « Le progrès naturel à l'esprit est accéléré, mais non renversé », s'écrie Rousseau triomphalement, en comparant sa méthode à toute autre. Il ajoute même : < La quantité d'acquis est peut-être assez égale de part et d'autre; mais les choses acquises ne se ressemblent point; les autres sont déjà philosophes et théologiens, Emile sait à peine s'il a une âme et n'a

jamais entendu parler de religion ni de Dieu >. Mais après la crise de Tadolescence du corps, voici celle de Fàme.

Emile à dix-huit ans c s'approche des mystères », et Rousseau pose cette < question formidahle » : c A quelle secte agrégerons-nous rhomme de la nature? » En proie à une émotion sacrée, il ceint ses reins, et avec une mâle angoisse que Tévénement ne justifia que trop, il s'écrie :

Incedo per ignés Suppositos cineri doioso.

c N'importe : le zèle et la bonne foi m'ont jusqu'ici tenu lieu de prudence; je n'oublierai jamais ma devise » ; et la profession de foi du Vicaire savoyard éclate.

La profession 4e toi da Vicaire savoyard. — Roasseaa et Deseartes : « Je sens^ done Je sais •• — C'est, selon Rousseau, un exposé du c théisme ou religion naturelle, que les chrétiens affectent de confondre avec l'athéisme ou l'irréligion, qui est la doctrine directement opposée >.

Le Vicaire savoyard est d'abord « dans ces disppsitions d'incertitude et de doute que Descartes exige pour la recherche de la vérité ». Il part de là pour constater la prodigieuse diversité des opinions des philosophes. < Consultons la lumière intérieure! » s'écrie-t-il, et elle Va lui fournir les « preuves directes » de l'existence de 1' c Être des êtres, dispensateur des choses ». Comme Socrate il déclare : < Il faut donc d'abord tourner mes regards sur moi, pour connaître l'instrument dont je veux me servir ».

c Je pense, donc je suis », disait Descartes. Le vicaire ne remonte pas *si haut. < J'existe et j'ai des sens par lesquels je suis affecté », dit-il, et il s'écrierait même volontiers : < Je sens, donc je sais » : la sensibité lui suffit pour fonder tout.

La métapliyiliiqae du Vieaire savoyard* — Ses deux articles de foi. —• Il en tire «la distinction du moi et du. nonmoi, et cette conviction qu'une volonté meut l'univers et anime la naturel: c Voilà mon premier dogme, ou mon premier article de foi ». Fort de cette conviction, il fait le procès au c matéria-* lisme » et au < jargon métaphysique » qui c jamais n'a fait -'^couvrii une seule vérité ».

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