‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 314 sur 334 · DE LA LITTÉRATURE ÉPISTOLAIRE · texte numérisé non relu

DE LA LITTÉRATURE ÉPISTOLAIRE

La caractéHis tique d'une bonne correspondance. Les trois chefs-d'œuvre de la littérature épistolairc. — Voltaire, crititiquant les défauts des lettres de Voiture, écrivait : « 11 n'y en a pas une seule instructive, pas une qui parte du cœur, qui peigne les mœurs du temps et les caractères des hommes ». C'était définir indirectement les mérites qui, au-dessus des € grâces légères du style épistolaire », désignent une correspondance à l'attention de la critique et lui font prendre rang parmi les monuments d'une littérature*

Ces mérites se trouvent réunis, et en un degré éminent, dans trois correspondances : celle de Cicéron, qui balance, dans l'estime des connaisseurs, le poids de ses autres œuvres; celle de Mme de Sévigné, sur laquelle la critique a épuisé les formules de l'admiration; et celle de Voltaire qu'on ne saurait trop louer»

Du genre épistolaire. BIfAculté d'en donner les rè|j^les. — De l'admiration des critiques pour ces correspondances et pour quelques autres, plus ou moins mémorables, est née la tentation d'ériger leurs mérites en règles et de décréter l'existence d'un genre épistolaire. Rien n'est plus légitime, et n'est-ce pas à cette admiration réfléchie des gens de goût pour les productions spontanées du génie que chaque genre littéraire doit sa

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naissance? Mais le malheur est ici que les mérites des meilleurs épistoliers n'ont rien de spécifique, et qu'à les serrer de près, pour en extraire des règles, on voit bien vite que celles-ci se confondent avec celles qu'on donne pour bien écrire en général. En efTet, s'il y a des règles pour composer ou apprécier une histoire, une pièce de théâtre, un sonnet ou une ballade, voire même une épopée ou une ode, quelles sont les règles précises pour écrire une lettre?

Divisera-t-on le genre épistolaire, pour le mieux régler, en sous-genres, correspondant à la nature des multiples objets d'une correspondance, en lettres de félicitation ou de condoléances, de recommandations ou de fins de non-recevoir, d'amitié ou de rupture, narratives ou descriptives, d'affaires ou de cœur, intimes ou circulaires? On le peut,et ces subdivisions seront de quelque utilité dans le classement d'une correspondance volumineuse, mais on y épuiserait toutes les catégories sans en tirer des lois du genre, des préceptes particuliers pour atteindre à ces mérites essentiels dont Voltaire nous a fourni la définition.

La lettre « est la conversation d'un honnête homme » par écrit. — S'il y a une loi du style épistolaire, c'est assurément qu'il faut écrire comme on parle : et vos lettres vaudront ce que vous valez. Bussy-Rabutin, remerciant Gorbinelli dMn de ses billets, lui écrivait : « Cest la conversation d'un hon^iéte homme et tVun homme d'esprit » : cela dit tout. Multipliez les préceptes relatifs aux personnes, aux temps et aux lieux; remarquez avec Joubert : « Le vrai caractère du style épistolaire est l'enjouement et l'urbanité >, ou écriez-vous avec Voltaire : « Voyez avec quel naturel Mme de Sévigné et d'autres dames écrivent I > vous ne direz rien qui ne soit contenu dans la phrase de Bussy et qui ne revienne à cette définition : la lettre est une conversation par écrit.

Conséquences de cette définition. La politesse est la muse du genre. — Et de là on peut tirer des conséquences, en guise de conseils pour écrire des lettres et en bien juger, à défaut des règles plus ou moins impératives qui gouvernent les autres genres classiques.

La vraie muse du genre est la politesse, au sens ancien et

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