‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 68 sur 334 · Cf. Extraits des chroniqueurs (Hachcttfe, op. c), p · texte numérisé non relu

Cf. Extraits des chroniqueurs (Hachcttfe, op. c), p

LE courtisan; dates de ses livres. 75

leur auteur, témoin cet hommage non équivoque : < Je me Yueil fonder et ordonner sur les vraies croniques jadis faites et rassemblées par vénérable homme et discret seigneur monseigneur Jehan Le Bel, chanoine de Saint Lambert du Liège, qui grant cure et toute bonne diligence mist en ceste matière et la continua tout son vivant au plus justement qu'il pot, et moult lui cousta.... »

Rédaetion des denx premiers livres des chronlqaes. — C'est dans la paix de sa cure des Estinnes que Froissart, de 1373 à 1378, enrichit sa chronique de tous les événements courants et exécute la plus grande partie de cette t première rédaction revisée » du premier livre dont son savant éditeur M. Luce a démontré Texcellence. Elle est d'inspiration anglaise. Puis, de 1376 à 1383, s'exerce l'influence française de Gui de Blois, et nous avons une seconde rédaction des mêmes faits, la « version française », selon l'expression du même éditeur. Vers 1386, Froissart quitte le Hainaut pour le Blaisois, à la suite de Gui de Blois, et écrit son second livre, entre 1386 et 1388.

Froissart à la cour de Gaston Phœbns. — Puis, les troubles de Flandre étant apaisés et ne lui fournissant plus de matière, le besoin d'informations et son humeur nomade le remettent en campagne. C'est alors qu'il exécute, par étapes de dix lieues environ, cette chevauchée mémorable qui l'amène, à travers toute la France, à la cour d'Orthez où « applouvoient » les nouvelles; où affluent, des deux côtés des Pyrénées et des quatre coins de l'Europe, « chevalliers et escuiers d'honneur », acteurs, témoins et hérauts complaisants des hauts faits dont ils sont encore tout chauds et qui intéressent si fort notre chanoine; où règne enfin le beau, brave et généreux Gaston Phœbus. Ce prince était t conjouissable et accointable à toutes gens », nous dit son hôte, surtout quand ils apportaient dans leurs trousses un roman comme Méliador i, avec les « chansons, ballades, rondeaulx et virelais que le gentil duc (Wenceslas) fit en son temps » et dans leur mémoire tout un trésor de merveil-

1. On annoDcc, à l'heure môme où nous mettons sous presse (avril 1894), qne le texte de ce roman de Froissart, perdu jusqu'ici, vient d'être retrouvé presque complet, dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, par M. Longnon.

leuses prouesses. Aussi quel accueil pendant t plus de douze septmaines >, où il fut c très bien administré et de toutes choses délivré... et ses chevauls bien peùs »! quelles lectures t toutes nuis après souper » au milieu d'un silence attentif, sans que nul osât c sonner mot ne parler », à la lueur des c douze torches alumees que douze varie ts portoient »! et quels devis du prince t non pas en son gascon, mais en bon et beau franchois... quand il cheoit aucune chose où il vouloit mettre argument > ! et alors quel c grant esbatement en menestrandie, car moult bien s'y congnoissoit »! et toujours quelle t bonne chière », et enfin quel récit de tout cela nous fait l'hôte t françois > !

Rédaction des livres III et IV et remaniements du premier. — Derniers voyages et mort. — Au bout de douze semaines, notre bon chanoine s'arrache à ce lieu de délices, — bien gras sans doute et assez bien doré, et surtout bien informé, — pour suivre jusqu'à Riom la nièce de Gaston qui vient y épouser le duc de Berri. Après avoir perdu sa bourse à Avignon, ce qui l'oblige à battre monnaie avec ses vers et lui inspire l'exquis Dit du florin, et, après plusieurs crochets, dont un par Paris pour assister à l'entrée dlsabeau de Bavière, il t rentra dans sa forge » et commença (1390) son troisième livre, sous l'impression toute fraîche des récits qu'il venait de provoquer et de noter. Il met même sur le chantier le quatrième livre : mais la trêve du 2 janvier 1394, entre la France et l'Angleterre, lui fait passer le détroit, avec le double désir de contrôler une dernière fois € les histoires et les matières > de ses chroniques, et de revoir le pays où s'étaient écoulés huit ans de sa belle jeunesse, t Et me sembloit en mon imagination, dit-il, que se veù l'avoie, j'en viveroie plus longuement. » Il y trouve plus d'un sujet de tristesse; il ne reconnaît pas les gens, dans les hôtels de Douvres, et n'en est pas reconnu. Il trouve enfin à qui parler du temps jadis, à la cour; mais l'aimable accueil de Richard II ne lui ferme pas les yeux sur les signes avant-coureurs du malheur du prince dont il avait officiellement et joyeusement enregistré la naissance jadis, dans tout l'éclat de la cour de Bordeaux. Il vécut assez longtemps pour consigner aussi la chute et la mort du pauvre roi, pour achever son quatrième livre,

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