‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 160 sur 337 · I. — ÉTUDE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

I. — ÉTUDE HISTORIQUE

De l'histoire universelle. Ses conditions. Son importance.

— La tradition rapporte que Sir Walter Raleigh 2, enfermé pendant douze années dans la Tour de Londres, avait entrepris d'écrire l'histoire du genre humain, lorsqu'un jour le bruit

1. Bourdaloue, qui eut l'influence la plus directe sur les dernières années du prince de Condé, prononça son oraison funèbre six semaines après Bossuet. Il ne fut pas écrasé par la comparaison, et put se soutenir en face du chefd'œuvre. Il eut même l'avantage par un côté : son langage est plus vrai, plus conforme à. la chaire chrétienne.

Laissant de côté la vie glorieuse et mondaine du prince, il ne voulut s'attacher qu'à son cœur, à ce qui s'y conserva d'intègre, de droit, de fidèle, jusque dans ses infidélités envers son roi et son Dieu. Il va dégageant de plus en plus cette partie pure, liéroïque et chrétienne, jusqu'à ce quïl la considère en plein, dans la maturité finale, bien qu'un peu tardive, de ses dernières années.

2. Né en 1552, dans le Devonshirc, favori do la reine Elisabeth, emprisonné sous Jacques I"', il prit possession de la Guyane au nom de l'Angleterre, et fut condamné à mort en 1618. U avait composé une Histoire du monde.

d'une querelle éclata tout à coup dans sa prison, et vint l'interrompre en son travail. Voulant savoir ce qui s'était passé, il interrogea tous les acteurs et tous les témoins de ce démêlé; mais leurs contradictions furent telles qu'il ne réussit pas à dégager le vrai du faux. Alors, tout confus de se voir si impuissant à connaître exactement un fait unique et très voisin, il sourit du projet ambitieux qu'il avait conçu, et jeta tristement au feu le manuscrit où il prétendait embrasser l'ensemble des événements qui ont rempli la vaste scène du monde.

Cette leçon, sir Raleigh eut raison de l'écouter, s'il se proposa le dessein chimérique de raconter en détail les annales de tous les siècles ; mais il perdit trop tôt courage s'il songeait seulement à esquisser les lignes principales de cet immense tableau. Car si, dans la vie de l'humanité, les incidents particuliers, les causes immédiates, les moyens d'exécution et les effets prochains sont plus ou moins enveloppés d'une obscurité qui les dérobe à nos regards, de grands souvenirs brillent en pleine lumière, et les résultats décisifs de certaines crises mémorables peuvent être le domaine de la certitude, par conséquent la matière de l'histoire universelle ^

Mais il ne suffît pas de les recueillir et de les classer. Il faut encore qu'un penseur les fasse paraître dans un ordre logique, et nous révèle comment ils s'enchaînent ou s'engendrent, quelles lois ont déterminé le mouvement de ces flots changeants, et quelle pente a conduit tant de fleuves dans l'océan où se rassemblent leurs eaux. C'est par cet esprit de synthèse que l'histoire devient une philosophie, une école d'expérience, et par suite le plus efficace des enseignements : car elle ramène ainsi à un équilibre harmonieux les désordres apparents qui troublent le monde moral; dans ce qui paraissait le jeu de fortuiles rencontres elle découvre une raison intelligente; sous les défaites passagères du Droit, elle montre les victoires définitives qui en sont l'inévitable revanche; et, par ce spectacle, elle apprend aux plus incrédules que les destinées des nations

1. Il y a eu par exemple une bataille de Waterloo. On peut discuter sur les laits particuliers qui en ont déterminé l'issue. Mais qui donc pourrait révoquer en doute les conséquences de ce drame militaire, la chute de l'empire et le rétablissement de la monarc'iie constitutionnelle?

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