LA SUITE DES EMPIRES
célébré plus magistralement la nouveauté qu'inaugura Celui dont Bossuet dit : « On le voit plein des secrets de Dieu ; mais on voit qu'il n'en- est pas étonné comme les autres mortels à qui Dieu se communique. Il en parle naturellement, comme étant né dans ce secret et dans cette gloire; et, ce qu'il a sans mesur(^, il le répand avec mesure, afin que notre faiblesse le puisse porter. »
On sent bien qu'il est ici comme au fort de son œuvre. Tout ce que les Pères ont écrit avant lui, il le rajeunit par l'onction d'un accent qui lui est propre; et ces beautés coulent d'abondance, tant il est inépuisable dans les effusions que lui inspire « la folie de la croix ». C'est ce qu'atleste un témoignage peu suspect de partialité, celui de Sainte-Beuve faisant cet aveu : « Autant j'ai pu paraître en garde précédemment, autant je dirai ici en toute conviction que ces pages sont vraies, de quelque côté qu'on les envisage. Il fallait bien, en effet, tout ce sacrifice, toutes ces vertus, toutes ces croyances pour que des pauvres et des souffrants trouvassent en eux la force d'entreprendre une telle œuvre, de sauver le monde, de 1« tirer des duretés et des cruautés de l'esclavage, enfin d.e l'affranchir et de le régénérer. » Des misères désespérées n'appelaient-elles pas des remèdes extrêmes? En résumé, si dans les autres chapitres les preuves sont surabondantes pour les croyants et insuffisantes pour les incrédules, nul ne sera rebelle à tout ce qui intéresse le christianisme social; et l'on y applaudirait sans réserve si le dernier mot de l'orateur ne semblait la provocation des rigueurs intolérantes qui aboliront l'édit de Nantes '.
La suite des empires. La liberté hiiniaine retrouve ses droits. Le peintre de la mort et de la vie. Oraisou funèbre des peuples. — Les chapitres que conclut si malheureusement cet anathème furent ceux que Bossuet estima le plus. Il tirait gloire d'avoir ajouté à cette apologie de la religion des preuves qui lui étaient propres ^. On raconte même que, dans sa vieil-
1. « Monseigneur, tout ce qui rompt cette chaîne, tout ce qui sort de cette suite, tout, ce qui s'élève de soi-même, et ne vient pas en vertu des promesses faites à l'Église dès l'origine du monde, vous doit fairo horreur. Employez toutes vos forces à rappeler dans cette unité tout ce qui s'en est dévoyé. »