‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 216 sur 337 · LE STYLE EST L'HOMME MÊME · texte numérisé non relu

LE STYLE EST L'HOMME MÊME

comme un aphorisme, il a pris plus de valeur qu'il n'en avait dans le passage où il se rencontre. Isolé de ce qui le précède et de ce qui le suit, il signifie aujourd'hui que le style représente, comme un miroir psychologique, l'homme tout entier, avec son tempérament, son caractère, son intelligence et son cœur, modifiés et façonnés par les circonstances, ou les conditions du milieu qu'il a pu traverser. C'est cette pensée de Platon : Ofo; o Xôfoz, Toio-jToç ô Tpoitoç (Telles sont les mœurs, tel est le discours). C'est ce que répéta Sénèque : « Talis hominibus fuit oratio qualis vita », ou bien encore : « Oratio vultus animi est > (Pour les hommes, telle est la vie, telle sera aussi la parole. — Le discours est la physionomie de l'âme).

Or, il est vraisemblable que le proverbe de Buffon ne visait pas aussi loin; ce ne fut qu'un éclair furtif, qu'un instinct rapide. On l'a même dit, et avec des arguments plausibles : ce cartésien du xviii^ siècle, ramenant l'ame à la pensée, voulait seulement nous faire entendre que le style doit tout emprunter à la raison, qui est Vhomme même. Quoi qu'il en soit de cet ingénieux aperçu, nous préférons accepter la signification si pleine et si vraie que prête définitivement à ces mots la conscience universelle des lettrés. Dussions-nous être ainsi dans l'erreur, nous aimons à nous tromper avec tout le monde, surtout quand cette méprise tourne à l'honneur d'un maître, et devient un enseignement de premier ordre. Terminons donc l'analyse de ce discours, en disant que cette parole en est encore la plus vivante. Car elle contient toute une poétique, toute une rhétorique; elle est même plus qu'une théorie littéraire, et M. Nisard fait observer avec autorité qu'elle peut devenir une règle de conduite et de morale pratique : en effet, si la bonne foi avec soi-même fait la vérité du style, elle est aussi le premier devoir envers le lecteur. Ce conseil s'adresse donc à tout honnête homme qui, dans sa parole ou ses actes, veut qu'on estime et qu"on aime sa personne et son caractère.

Buffon disait : « La singularité des faits, la nouveauté des découvertes ne suffisent pas pour faire vivre un livre, s'il est écrit sans noblesse et sans génie, et s'il roule sur de petites choses, parce que les faits et les découvertes s'enlèvent, et gagnent à être transportés d'un livre mal écrit dans un ouvrage bien fait; le style, au contraire, ne peut ni s'enlever, ni s'altérer >.

L'épilogue. — Ce discours a pour épilogue une Adresse à MM. de l'Académie française. Buffoii s'y acquitte des convenances officielles avec autant de brièveté que d'emphase. Si l'habitude autorisait ces hyperboles, disons pourtant que l'éloge de Louis XV a pu paraître exagéré même à cette époque. Il est vrai qu'il ne consacre qu'une ligne à son prédécesseur, auquel l'Académie reprochait trop de zèle contre les jansénistes.

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