SA THÉORIE ET SA PRATIQUE DU STYLE
et évoque le premier homme s'émerveillant « de la verdure de la terre et du cristal des eaux » ; et qui nous transporte dans « les vastes plaines de fange » du Nouveau Monde, ces « cloaques de la nature ■» dont des milliers de reptiles « pétrissent la lange » ! N'y a-t-il pas là l'accent et l'éclat de Lucrèce?
Pardonnons-lui quelques abus accidentels de la couleur et des prosopopées, qu'il emploie, dit-il, « pour rendre les faits plus sensibles » ; et sachons-lui gré, avec Condorcet, d'avoir excité pour la nature « un enthousiasme utile ». Oui, ce peintre de la nature vivante et de l'homme entier, physique et moral, avait le droit de le prendre de haut avec ses détracteurs, les Saint-Lambert et même les Condillac, ces « poètes sans poésie et philosophes sans philosophie ». Son disciple et émule en face de la nature, Jean-Jacques Rousseau, l'appelait i la plus belle plume du siècle » ; nous ajouterions : et le plus grand poète, s''il n'y avait pas Rousseau lui-même.