‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 276 sur 337 · DISCOURS SUR L'INÉGALITÉ · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR L'INÉGALITÉ

Discours sur V origine de Vinég alité parmi les hommes.

Sa division en deux parties. — D'une part, l'inégalité est à peine sensible dans l'état de nature, et son influence y est presque nulle ; d'autre part, elle a tiré son origine et ses progrès des développements successifs de l'esprit humain, et, en devenant sociable, l'homme est devenu méchant et esclave : telles sont les deux parties de la réponse faite par Rousseau à cette question mise au concours par l'Académie de Dijon en 1754 : Quelle est Vorigine de Vinégalitè parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle?

Tableau idéal de la nature. — Rousseau trace d'abord le tableau du véritable état de nature, celui dont la lecture faisait dire à Voltaire : « Vous donnez envie de marcher à quatre pattes ». Dans cet état idéal, l'homme est mû par deux ressorts antagonistes, celui de la conservation et celui de la pitié. Il trouve leur équilibre et leur jeu dans cette formule instinctive : Fais ton bien avec le moindre mal d'autrui qu'il est possible. La pitié tient lieu de lois, de mœurs et de vertus, nul n'étant tenté de désobéir à sa « douce voix ». Si le sauvage exerce sa vengeance, ce sera « machinalement et sur-le-champ, comme le chien qui mort la pierre qu'on lui jette ».

La bouté de riiomme naturel et l'évolution sociale. — Il reste à expliquer comment un être si bon a pu se dépraver. Rousseau va donc s'appliquer à considérer et à rapprocher « les différents hasards qui ont pu perfectionner la raison humaine en détériorant l'espèce, rendre un être méchant en le rendant sociable ». Il avoue que ces considérations seront conjecturales sur la suite des événements, et il fait d'avance leur part aux objections que l'école dite historique n'a cessé d'élever depuis contre son système. Mais il fait remarquer que ses con* clusions ne seront nullement conjecturales, puisqu'elles reposent sur les principes qu'il vient d'établir, lesquels n'en saui^aient admettre d'autres. Après avoir pris cette précaution capitale, il désigne avec une précision parfaite les deux principaux facteurs du transformisme, comme disent aujourd'hui nos philosophes, à s avoir t le laps de temps qui compense le peu de vraisemblance

des événements », et « la puissance surprenante des causes très légères lorsqu'elles agissent sans relâche ». Il entreprend alors de retracer l'évolution naturelle des sociétés, de montrer « les routes oubliées et perdues qui de l'état naturel ont dû mener l'homme à l'état civil ». C'est l'objet de la seconde partie.

Deuxième partie. — Le propriétaire, voilà l'ennemi. — Le début est fameux. « Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'Horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : « Gardez- « vous d'écouler cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez « que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne! » Le propriétaire, voilà l'ennemi; et Rousseau le désigne tout d'abord, bien qu'il ne soit que le fruit tardif d'une corruption progressive.

Il décrit celle-ci, puis il reprend le thème du début, avec une force nouvelle, « en continuant d'examiner les faits par les droits ». Le grand coupable, c'est le riche; et il lui lance celte formidable apostrophe où gronde déjà tout l'orage d'aujourd'hui : « Ignorez-vous qu'une multitude de vos frères périt ou souffre du besoin de ce que vous avez de trop, et qu'il vous fallait un consentement exprés du genre humain pour vous approprier sur la subsistance commune tout ce qui allait au delà de la vôtre'! » C'est le riche qui — « semblable à ces loups affamés qui, ayant une fois goûté de la chair humaine, rebutent toute autre nourriture, et ne veulent plus que dévorer les hommes » — a provoqué; par ses usurpations insatiables, les brigandages des pauvres ; c'est lui qui, pour se défendre contre leur nombre, leur persuada par des raisons spécieuses de se donner « d'autres institutions qui lui furent aussi favorables que le droit naturel lui était contraire » ; lui enfin qui confisqua la liberté naturelle sous prétexte de fonder le droit civil.

Les « conventions générales < qui ont constitué les nations. — Idée première du « Contrat social ». — Le droit à l'insurrection. — Puis il fait, sur les a conventions générales » qui ont constitué les nation en corps politique, et sur les diverses

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