RONSARD ET LA POSTERITE
Mais qu'un peu de pitié console au moins tes mânes;
Que, déchiré longtemps par des rires profanes,
Ton nom, d'abord fameux, recouvre un peu d'honneur;
Qu'on dise : Il osa trop, mais l'audace était belle;
II lassa, sans la vaincre, une langue rebelle,
Et plus tard de moins grands ont eu plus de bonheur.
PORTRAIT BIOGRAPHIQUE
Origines. La rencontre de Ronsard. — Jcachim du Bellay naquit au bourg de Lire, « son petit Lyre », sur la rive de « son Loyre gaulois », près d'Angers, vers 1523. Fils d'un petit gentilhomme campagnard, orphelin de bonne heure, de père et de mère, sous la tutelle maussade d'un frère aîné, puis, à peine parvenu à l'âge d'homme, tuteur à son tour du fils de ce frère, il eut d'abord la vie rude. Sa santé faible s'en trouva si altérée qu"il fut deux ans malade, à la chambre. Il en sortit i demi-sourd », mais l'esprit meublé des exemplaires latins, voire grecs, qu'il avait avidement déchiffrés et rêvait d'imiter.
C'est sur ces entrefaites, vers 1548, que revenant de Poitiers où il étudiait le droit, il fit dans une hôtellerie la rencontre de Ronsard qui regagnait Paris, achevant alors le docte septennat du collège Coquerel, dont nous avons parlé plus haut, et où il entraîna la nouvelle recrue. Du pindarisme encore latent de Ronsard l'étincelle jaillit et le doux Du Bellay prit feu, et si vite qu'il devança, non sans quelque indiscrète imitation, la publication des Odes de son ami, dans son Recueil (1549) où lui aussi il cuidepindariser.
Premières oea-^xes. — Cependant il lance le manifeste de la Pléiade, cette ambitieuse, toujours excusable, jamais ridicule, si suggestive et si mémorable Défense et illustration de la langue françoyse (<549) qui sonna la charge et que la victoire suivit de si près.
La même année parait encore YOlive, recueil de sonnets dont le titre est l'anagramme du nom de M"^ de Viole, objet de ses