‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 104 sur 193 · Ilormionc le lui fait bien sentir · texte numérisé non relu

Ilormionc le lui fait bien sentir

Me quitter, me reprendre, et retourner encor

De la fille d'Hélène à la veuve d'Hector,

Tout cela part d'un cœur toujours maître de soi.

2. Racine rejette adroitement sa férocité sur l'ivresse da carnage, dans une ville prise d'ussaut, en pleine nuit :

La victoire et la nuit, plus cruelles que nous.

Nous elcitoient au meurtre^ et confondoient nos coups.

S. Notamment, lorsqu'il dit à Phénix :

^ Crois-tu, si je l'épouse,

Qu'AndrOmaqué en secret n'en sera pas jalouse?

4. n n'était point aisé de nous faire accepter ua amaat qui dit à une jeàne teuve : • Épousc-moi, ou ton ûls est murt. »

Méritons leur courroux, justifions leur haine, Et que le fruit du crime en précède la peine^

Tout au plus pourrait-on dire qu'il joue un rôle trop accessoire pour porter le poids du dogme antique de la Fatalité. Toujours refoulée, sa passion s'est repliée sur elle même. Il s'est fait un sombre plaisir d'observer ses tortures. Avec quelle amère volupté il s'écrie, dans son agonie :

Grâce aux Dieux, mon malheur passe mon espérance ; Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance.

J'étois né pour servir d'exemple à ta colère,

Pour être du malheur un modèle accompli.

Hé bien ! je meurs content, et mon sort est rempli.

En le voyant se parer de sa souffrance comme d'un signe d'élection, on le prendrait volontiers pour un ancêtre de Benô ; et, ce qui ajoute à la ressemblance, c'est que, malgré tout, il paraît plus malheureux que coupable. Il est du moins protégé contre l'aversion par l'amitié de Pylade; car il faut être digne de sympathie pour mériter un tel dévouement *.

Le style d'Andromaqne . — Après cette esquisse des physionomies principales, nous devrions parler aussi d'un style qui excelle par la convenance.

On raconte que Racine considérait une œuvre comme à peu près achevée quand il pouvait dire : « Je n'ai plus que les vers à faire. » C'est que pour lui la perfection résultait du naturel, et de la vérité, c'est-à-dire de l'harmonie nécessaire qui doit exister entre les pensées ou led sentiments, et leur expression définitive. Voilà pourquoi il met où il sied la force et la grâce, Téclat et la simplicité. Étudier la

1. Acte II, scène i. L'Oreste d'Euripide n'intéresse pas. Il veut enlever sa cousine Ilcrmione, parce que le fils d'Agamemnon ne peut guère se marier en dehors de U famille néfaste des Atrides.

3. On connaît la belle réponse de Pylade à Oreste qui ne veut pas l'engager dans SCS périls :

. • . Allons, Seigneur, enlevons Hermione.

(Acte 111, scciie 1.)

facture de cette tragédie, ce serait donc analyser des caractères et des situations. Or, c'est' ce que nous venons d'cssayei*. Ajoutons seulement que, dans ce coup de maître, il y a plus d'abandon, plus de feu, plus de mouvement que partout ailleurs. C'est Tentrain d'une verve toute jeune qui s'épanche avec joie: c'est l'agrément incomparable d'un génie qui se révèle à lui-même.

Page 1