‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 113 sur 193 · Deuxième préface · texte numérisé non relu

Deuxième préface

ft. « Le poison fui distillé auprès de la chambre de César, et avec des dro-

le crime fut résolu. Sénèque et Burrhus, qui n'en avaient pas connu le projet, continuèrent de servir César. Voilà les faits que Thistoire livre au poète. Voyons le parti qu'il en a tiré.

L'émancipation de Néron et sa lutte avec Agrippine qui lui dispute le pouvoir, tel est le sujet de son drame. Racine suppose que, pour soutenir son crédit, elle médite d*unir Britannicus à Junie,. sœur de Silanus qui descendait d'Auguste, et que Claude avait eu dessein de désigner comme son successeur. Par cet épouvantail, elle espère effrayer un ingrat, et reconquérir l'influence qui lui échappe. Mais ses calculs sont déjoués par Néron qui, pris d'une passion subite pour Junie, l'a fait enlever au milieu de la nuit. C'est par ce coup d'éclat que s'ouvre Faction.

Acte /". Agrippine qui a devancé le jour, et attend impatiemment le réveil de Néron pour lui demander raison de cette violence, voit Burrhus sortir de la chambre impériale; elle prétend y pénétrer, elle aussi ; mais introduits par une porte secrète, les deux consuls l'ont prévenue. Humiliée dans son orgueil, elle éclate en reproches contre le soldat

gnes dont on ayait éprouvé l'effet rapide. — Sulyant la coutume, les fils des empereurs mangeaient avec les autres nobles de leur âge, en présence de leurs parents, à une table séparée, et servie avec moins de magnificence. Britannicus était à Tune de ces tables ;'( or un esclave de confiance éprouvait ses mets et sa iK>isson). Négliger cet usage, ou tner à la fois Britannicus et son esclave, c'était faire l'aveu da crime. Voici Texpédient qu'on imagina. On présenta à Britannicus, après l'avoir goûté, un breuvage qui n'était pas empoisonné, mais tellement chaud qu'il né put boire ; et, pour le rafraîchir, on y versa de l'eau froide, saturée d'un poison qui agit sur le corps du prince avec une telle violence qu'il perdit à la fois la parole et la vie. — Les assistants s'épouvantent; les moins prudents se hâtent de fuir; mais ceux qui voyaient mieux Ui ekouê restent à leur placée Ue yeuœ fiœéê eur Néron (resistunt defizi, Neronem intuentes). Celui-ci, à demi penché sur son lit, ne changea point d'attitade ; et, comme s'il n'avait rien su, il dit que c'était un accident ordinaire à Britannicus, causé par Tépilepsie dont il était attaqué depuis l'enfance, et qu'insensiblement la vie lui reviendrait. — Açfrippine esêaya vainement de mattriser l*expre»»ion de ses trait». Sa frayeur et l'abattement de son kme éclataient si visiblement qu'on ne pouvait douter qu'elle ne fût aussi étrangère au crime qu'Octavie, la sœur de Britannicus. Elle comprenait en effet que Néron venait de lui enlever son dernier espoir, et que c'éiait ià un essai pour un parricide (parricidii ezemplum intelligebat). Quant à Cctavie, quoique bien jeane encore, elle avait* appris à renfermer en elle ses douleurs^ses tendresses, tons ses sentiments. Après an moment de silence, la gaieté t?>*«vblia ■• mnima. » Tacitb.

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qui lui doit sa fortune, et en abuse pour iséparer le fils et la mère. Tout en se justifiant avec respect et dignité, Burrhus lui laisse entendre qu'il serait prudent de ne point hâter sa disgrâce par des plaintes impolitiques. Tandis qu'il se retire, elle voit paraître l'amant de Junie, Britannicas, tout ému d'un attentat qui crie vengeance. D'un mot, elle lui fait comprendre qu'elle compatit à cette injure, et l'invite à se rendre chez Pallas. Mais le prince est retenu par Narcisse qui travaille à le perdre, tout en ayant l'air d'entrer dans ses ressentiments, et de se dévouer aux intérêts de 0on amour.

Acte IL Averti par le traître, Néron qui vient de pro- . scrire Pallas * , fait confidence de sa passion naissante à l'espion qu'il a chargé de tendre des pièges à sa victime. Avec un art perfide, Narcisse flatte des instincts impatients de se déchaîner; il dissipe les derniers scrupules non de la conscience, mais de la peur, et lui en fait honte, comme d'une lâcheté. Or, Néron ne demande qu'à se laisser vaincre par le tentateur, ainsi que le prouve la scène suivante, où, déclarant à Junie ses impérieuses tendresses, il lui offire la place d'Octavie, et exige qu'elle ôte tout espoir à Britannicus qui va venir. Bien qu'invisible, il sera présent à cette entrevue; et un mot, un geste, un soupir, un regard sera un arrêt de mort pour celui qu'elle ne doit plus aimer. U faut bien, hélas! obéir à cet ordre. Mais ce silence même va révéler son cœur, sinon à Britannicus qui se croit trahi, du moins à Néron qui saura briser tout obstacle.

Acte III. Les alarmes de Burrhus qui se sent réduit à l'impuissance, la colère d'Âgrippine prête à tout oser dans l'intérêt de son ambition, l'imprudence de Britannicus qui lui ouvre son âme devant Narcisse devenu maître d'un secret dont il sera le délateur : tels sont les préludes de la péripétie qui nous montre le jeune prince surpris par Néron, au moment même où, tombant aux pieds de Junie, il reçoit d'elle les assurances de sa fidélité. Sa fîère attitude ne fait

i. Affranchi dévoué à rambition d'Agrippine.

que courroucer un rival qui ordonne de l'arrêter, de garder à vue Agrippine, et menace Burrhus lui-même.

Acte 1 V. Vivement engagée par les incidents qui précèdent, Faction se précipite vers le dénoûment, non sans nous tenir en suspens par la mémorable scène où Agrippine, en face de Néron, semble prendre sa revanche, et d'accusée se fait accusatrice. Elle fiLit par dicter ses conditions de paix, le rappel de Pallas, la liberté rendue à Junie qui épousera Bl-itannicus, et la promesse d'une réconciliation entre les deux frères. Son fils paraît consentir à tout, et déjà Burrhus se réjouit de ce retour, lorsque, par un mot d'atroce ironie, Néron change cette joie en désespoir*. Sa vertu tente cependant un suprême effort,.et son éloquence réussit à émouvoir, à désarmer le crime. Mais Narcisse, qui lui succède, ne tarde pas à ressaisir sa proie, et son génie infernal demeure le maître.

Acte 7.. Trop crédule à la perfidie, le frère de Néron s'apprête à entrer dans la salle du festin, et rassure les transes de Junie qui craint de se fier à son bonheur. Cependant, à l'heure même où l'orgueilleuse Agrippine s'applaudit de son triomphe, le forfait se prépare ; et, bientôt, au milieu d'un tumulte plein d'effroi, Burrhus accourt éperdu. Il annonce que Brita,nnicus est mort frappé par un coup plus prompt que la foudre. À l'impudence de l'assassin qui ose braver les imprécations de sa mère on pressent le parricide prochain. Mais il est privé du fruit de son crime ; car on apprend que Junie est entrée dans le collège des Vestales, et que Narcisse vient d'être égorgé par le peuple.

Comment Raelne a Tnodillé les données de l^hlstoirer —Dans cette analyse se soupçonne déjà l'art avec lequel Racine interprète les données de l'histoire, ou les modifie adroitement pour les accommoder aux conditions du théâtre.

S'il fait revivre Narcisse, mort depuis un an, c'est pour l'opposer à Burrhus, comme le crime au devoir, se disputant une conscience, et pour peindre ainsi ces affranchis dont la perversité fut, sous l'Empire, l'instrument de tous les atten-

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