Acte II, scène r*. £Ue dit ailleurs
Je ne te presse plus, ingrat, d'y consentir : Rentre dans le néant d*où je t'ai fait sortir.
A peine laisse-t^elle, par surprise, échapper un cri d'attendrissement, lorsqu'elle dit:
Bajazet, écoutez ; je sens que je vous aime : Vous vous perdez. Gardez de me laisser sortir; Le chemin est encore ouvert au repentir.
(Acte n,. scène i.) 9. Acte IV, scène v.
^ Aeomat : flegme politique. — Acomat n'est pas moins digne de mémoire. Par son intrépidité, son sang-froid^ sa science du cœur humain et sa rouerie politique, par le flegme d'une ambition qui ne se dément pas un instant et a des ressources pour toutes les crises, par la gravité calme du langage, la constance de sa volonté, ou la grandeur simple de l'attitude, ce Yizir est aussi vivant que s'il avait une réalité historique. On ne peut lui reprocher que de ne pas concourir aux événements. Ils se produisent sans lui, et malgré lui ^. Mais c^est une création animée d'un souffle immortel. «
Bajazet. Situation fausse. Ses contradictions. — Quant à Bajazet, il nous semble trop passif pour un héros qui donne son nom à la pièce ; car il n'agit guère plus que Britannicus. Mais du moins l'amant de Junie ne se perd que par un excès de confiance, tandis que celui d'Atalide s'abaisse par le moins héroïque des travers, par sa dissimulation. Or, si cette duplicité convient aux races orientales, elle répugne à la candeur ou à la générosité que suppose la tendresse de ce soupirant trop romanesque et trop francisé. Il y a dans ses paroles ou ses démarches bien des compromis fâcheux qui lui aliéneraient toute estime, s'il ne fallait pardonner ces manœuvres équivoques à la situation fausse d'un jeune prince malheureux, et sommé, sous peine de mort, de répondre à une passion qu'il ne partage point. On pourra donc plaider les circonstances atténuantes, et dire qu'il n'a point pris d'en gagement formel, qu'en hésitant à dissiper une erreur il ne veut pas compromettre Atalide, enfin que son air et la tiédeur de son langage pouvaient détromper Roxane. Mais on ne saurait absoudre tous ses faux-fuyants. Racine lui-même l'a bien senti; car il cherche à réparer cette faute par la volte-face du cinquième acte, où Bajazet répond à Roxane lui offrant sa grâce :
1. n pourrait dire comme la Léontine d'Héraclius : Je ne fais rien du tout, quand je pense Coût faire»
Je ne l'accepterois que pour vous en punir, Que pour faire é<ilater aux yeut de tout Tempire L'horreur et le mépris que cette offre m'inspire *.
C'est ^ sa réhabilitation qui commence, mais achetée au prix d'une inconséquence. Outre que la confession du coupable est forcée par la lettre qui le dénonce, on s'étonne qu'il préfère si tardivement Thonneur à la vie*. Nous n'entrons pas sans peine dans les vues de ce repentir qui lui conseille tout à coup de périr avec celle qu'il aime. Bref, il y a là des contradictions dont souffre la vraisemblance ou la logique.
Atalide. £.'art des eontrastes. — Atalideest encore plus irrésolue; mais il y a du moins je ne sais quelle grâce touchante dans les caprices de l'importune jalousie qui entraîne Bajazet à sa perte. Le contraste de sa vertu, de sa douceur et de sa sensibilité plaintive fait ressortir plus vivement encore la figure de Roxane.Il ne faut pas oublier non plus sa confidente, à laquelle Voltaire emprunta le doux nom de Zaïre. Transformée en héroïne chrétienne, cette humble suivante devait un jour mourir sur notre scène, vierge et martyre '.