U fui écrit par le ûls'de Gondé, le duc Henri Juiei
venez à l'Hôtel de Gondé où M. le Prince saura bien vous garantir, puisque vous êtes innocents; et, si vous Tavez fait, venez aussi : car M. le Prince vous prendra de même' sous sa protection, parce que le sonnet est très plaisant et plein d'esprit. »
. Trouvant à qui parler, Martin Bâton se tint coi ; ce qui n'empêcha pas le duc de Nevers de couvrir sa retraite par un quatrième sonnet qu'il commanda, dit on, à un de ses rimeurs à gages ^. On n'en a conservé que le premier quatrain :
Dans UD coin de Paris, Boileau tremblant et bième, Fut hier bien froUé, quoiqu'il n'en dise rien *, Voilà ce qu'a produit son zèle peu chrétien. Disant du ma! d'autrui, l'on s'en fait à soi-même.
Cette hâblerie mensongère, Pradon voulut la propager aussi : il la répéta calomnieusement à la table de M. Pellot, premier président au Parlement de Rouen : mais le prince de Gondé fit avertir le duc de Nevers « qu'il venge- Toit comme siennes les insultes qu'on s'aviseroit de faire à deux hommes d'esprit qu'il aimoit, et prenoit sous sa protection». Or, ce qiios ego suffît à calmer l'orage, et réduisit au silence cette cabale qu'une éloquente épître de Boileau allait flétrir à jamais devant la postérité.
lia Phèdre de Pradon. Plagiat maladroit. — - Pour
en finir avec un nom qui a l'immortalité du ridicule, il nous reste à juger brièvement un poème qui fut une mauvaise action laggravée par de méchants vers. Bornons-nous à dire que le maladroit passa près du drame, sans savoir où il résidait. Son originalité se manifesta seulement par l'ineptie d'une combinaison qui lui appartenait du moins en propre. N*eut-il pas l'idée singulière de supposer que Phèdre n'était point encore la femme de Thésée, mais une simple fiancée, engagée par des promesses faites à Thésée,
1- Il se nommait Sanlecquc : alors professeur de rhétorique au collège de Na< ^arre, il devint depuis éyèque de Bethléem. 3. Boileau s'en moque dans Tépître VI, où il dit:
Le bruit court qulavant-hier on vous assassina.
qui, partant avec Pirithoûs pour une expédition sur laquelle il garde le secret, a laissé Phèdre dans son palais de Trézène, avec le pouvoir et le titre de régente? Il croyait ainsi rendre son héroïne plus intéressante, et lui épargner Todieux d'un adultère compliqué d'inceste. Or, c'était ne pas voir qu'en supprimant la peinture d'un amour qui lui paraissait trop scandaleux^, il tarissait les sources vives de l'émotion tragique. Cette bévue ne put échapper même aux juges les plus malveillants pour Racine. « Il y a là, dit Subligny, une faute de jugemeùt qu'on ne peut pardonner. En voulant affaiblir le crime, M. Pradon a détruit le sujet. En craignant d'enfreindre les lois de la modestie et de la bienséance, il a violé les lois du théâtre et du bon sens. » Tel fut aussi, dans le Mercure galant de 1677', le sentiment exprimé par de Visé qui ne demandait pourtant qu'à plaire au parti de Corneille.
Il est vrai cpie, pour remédier à ce vice de conception, Pradon ne manqua pas de déguiser son indigence par un plumage d'emprunt. Sous prétexte que l'épisode d'Aricie existait dans les tableaux de Philostrate % il s'appropria ce personnage ; mais, ne sachant plus qu'en faire (car il n'avait eu sur lui que des renseignements incomplets), il le transforma en confidente de Phèdre, jouant près d'flippolyte un rôle analogue à celui d'Atalide près de Bajazet. Dans le palais de Thésée nous retrouvons ainsi les mœurs du Sérail ; Phèdre devient une autre ïloxane qui emprisonne sa rivale, et menace de l'égorger^. Ailleurs, certaines