‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 144 sur 193 · PRADON · texte numérisé non relu

PRADON

Il vient avec Thésée f Ah oiell ils sont ensemble! iJe les verrais tous deux!

Ailleurs, oubliant par servilité de plagiaire qu'il a fait de sa Phèdre la fiancée de Thésée, il se contredit par ce vers :

Thésée est cependant un héros, mon épowD,

1. Parmi les poètes qui, sur notre scène, avaient traité la Mort (THippolyte^ nous citerons Garnier^ dont la pièce, imprimée en 1573, fut une paraphase barbare deSénèque. — Un poète angevin, La Pinelière^ (1635), ne mérita que les éloges rimes de Benserade et de Corneille. — Dans une œuvre intitulé Hippol^te^ ou h Garçoninsens'^le (l647)j Gabriel Robert^ secrétaire de la reine Christine, suppose aussi, lui, que Phèdre n'était pas l'épouse de Thésée, et qu'elle inspirait un sentiment tendre au garçon insensible. — En 1675, parut à Lille un Hippolyte tl'un nommé Bicîar, rimeur aussi froid et plat que Pradon. Son Aride s'appelle Cyane, princesse de Naxe. Il y a là uft récit de Théramène, et une scène où Phèdre confesse son crime, puis s'empoisonne.

Après Racine, des téméraires osèrent loucher à ce sujet. Tel fut Doral-Cubiàre

On pourrait dire, à prrfpos de cette querelle , qu'il y a des chutes enviables à Tégal d'une irictoîre ; mais Racine n'apprécia point cette consolation : car la plus légère atteinte faisait blessure à son cœur passionné, comme en témoigne cet aveu : ce Quoique les applaudissements muaient beaucoup flatté, la moindre critique, si mauvaise qu'elle fût, m'a toujours causé plus de chagrin que -les louanges ne m'ont fait de plaisir. » Lui qui, au lendemain de Britannicus, faillit briser sa plume, il dut être ulcéré par des attaques envenimées qui, durant plusieurs mois, furent la fable de la Cour et de la Ville. Nous-mêmes, nous .éprouvons je ne sais quel dégoût à tirer d'un juste oubli les puériles chicanes des pédants dont la férule se croyait le sceptre de la critique ^ Ces vaines disputes ne sauraient aujourd'hui nous intéresser que dans la mesure où elles font connaître les mœurs du temps, les incertitudes de l'opinion, et surtout les épreuves d'un grand homme livré en proie à la sottise ou à la méchanceté. Chassons donc le souvenir do ces misères, pour étudier l'œuvre même à laquelle on peut appliquer comme une louange ce vers qub nous lui empruntons :

Phèdre^ depuis longtemps, ne craint plus de rivale.

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