‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 156 sur 193 · Acte V, scène i, I. Acte V, scène m · texte numérisé non relu

Acte V, scène i, I. Acte V, scène m

dans le piège où elle doit succomber. Quand Abner lui conseille de livrer à la reine le trésor de David, ne répond-il

pas :

Je vais la contenter ; nos portes vont s'ouvrir ^

Fils de l'Ëvangile, nous sommes tentés de condamner un moyen qui répugne à la douceur de la loi nouvelle. On voudrait que ces paroles n'eussent point passé parles lèvres qui s'ouvraient tout à l'heure pour ce cantique :

Gieux, répandez votre rosée Et que la terre enfante son Sauveur 1

Il y a là pour nous un malaise moral. Mais ici, Racine est hors 4e cause. Car il ne saurait être responsable des mœurs et des passions qu'il doit peindre. Il a fait son devoir de poète en les respectant, comme Sophocle, qui ne fut jamais tenu de justifier ses légendes. D'ailleurs n'est-ce point l'avarice d'Athalie qui la précipite d'elle-même dans l'abîme ; et ne pourrait-on pas dire aussi, avec La Harpe, que <c le bras de Dieu nous cache celui de Joad ?» Il est du moins certain que le désir des spectateurs se trouve à peu près d'accord avec les prières du chœur appelant le châtiment sur l'impie qu'égare la soif de l'or et du sang. Si Joad est coupable, nous sommes donc tous plus ou moins ses complices, n'en déplaise à Voltaire qui voudrait le faire enfermer « comme un homme dangereux à la sûreté d'un Etat. »

Athalie. — Sur Athalie un mot peut suffire. Elle est tout ce qu'elle doit être, sans le moindre excès qui altère la beauté de sa terrible grandeur '. Elle peut inspirer de la haine, mais non du mépris. Car elle en impose toujours par sa fière attitude et sa mâle éloquence. Ce n'est pas que

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