Voir act-3 II, scène y
Je ne veux point ici rappeler .le passé...* Acte II) scène vii.
Oai^majaste fareuri et J'en fais vanitâ..*.
nous songions à l'absoudre par une épigramme analogue & celle que Racine lança contre la Judith de Boyer :
Je pleure, hélas 1 sur ce pauvre Holopherne Si méchamment mis à mort par Judith.
Pourtant on se défend mal d'une certaine sympathie pour cette reine dont la vendetta ne fit qu'user du droit de représailles et de légitime défense. Si l'on finit par consentir à sa mort, c'est qu'un art impérieux ne nous laisse guère le temps de la réflexion. La magie du poète fait de nous ce qu'elle veut. Mais, une fois ce meurtre consommé, on s'aperçoit qu'on ne hait point assez Athalie pour s'en réjouir, et même qu'on ne la redoutait point assez pour approuver l'artifice dont elle est victime. Tout en détestant ses blasphèmes et ses cruautés, on la plaindrait volontiers, parce que, sous sa couronne, et malgré sa fermeté virile, elle est capricieuse, indécise, prompte à la colère, dupe de son imagination et malhabile à dissimuler, c'est*à-dire plus femme encore que souveraine^ Cette impression, peutêtre faut-il l'attribuer au système dramatique des trois unités, qui obligeait Racine à peindre seulement par des discours la tyrannie de son personnage, au lieu de la produire directement par des actes, ce qui l'eût rendue plus odieuse'. Quoi qu'il en soit, Athalie fait si grande figure dans l'apologie de ses attentats, qu'ilâ ont parfois Pair d'avoir été légitimes comme la piété filiale ; et, bien qu'ils appellent l'expiation, on n'ose leur appliquer ce vers de Virgile : Dolus an virtm quis in hoste requirat *.
Jloas et l'ion d'Eariplde. — Par un contraste charmant, des nuances toutes chrétiennes tempèrent ici l'idée juive, dont l'inexorable rigueur préside à ce drame biblique. Elles sont sensibles surtout dans le rôle de Joas. Il est particulièrement touchant qu'en cette pièce sacrée com«
1. C'est resprit d'imprudmct et d*errewr, sensible surtout dans les derniers actes. La prière de Joad a été exaucée.
3. An contraire, la conspiration est sons nos yonx; nous la voyons agiri au -iea d'en entendre parler, sous forme d'allusion Tagne.
S* Ruse ou yaleur, qu'importe, quand il s'agit d'un ennemi ?
posée pour des enfants, un des héros, et le plus indispensable, soit un enfant, dont la grâce, la candeur et la finesse, justifient si bien ce mot de Joad disant :
Que déjà son esprit a devancé son âge.
Ce vers nous disposait d'avance à entendre sans étonnement la scène où les ruses inconscientes de son innocence déjouent victorieusement Tenquête d'Athalie. Cette situation offre des rapports frappants avec un motif qui se rencontre dans 17on d'Euripide. Car cette tragédie, soumise, elle aussi, à l'influence de la divinité, se passe en un temple où paraît un jeune lévite *, un orphelin, rapproché de parents cruels, dont l'ambition s'acharne à sa perte, mais protégé par le Dieu qui lui servit de père, et réussissant à reconquérir enfin le trône de ses aïeux. Il est vraisemblable, comme Ta remarqué M. Patin, que Racine se souvint de cette esquisse légèrement indiquée, pour la transformer en une peinture originale et supérieure à son modèle. — Dans sa création, signalons encore le scrupule d'un pinceau toujours fidèle à la vérité de l'histoire, comme le prouvent les présages funestes qu'il a cru devoir associer à nos sympathies. Quand Joas embrasse Zacharie, Joad forme ce vœu:
Enfonts, ainsi toujoars puissiez-vous être nnUl
C'est que plus tard, Éliacin, devenu roi, fera périr le fils de son bienfaiteur, et trahira le Dieu dont les miracles Font sauvé. Cette perspective devient même plus précise encore dans ce vers prophétique :
Quel est dans ce saint lien ce pontife égorgé?
Il y a là de quoi nous désanchanter ; mais, au lieu de blâmer le poète, admirons plutôt la conscienee de son art.
Abner, et l'opinion laïque. — Abner n'est pas moins irréprochable, bien qu'il paraisse à quelques-uns ne point
1. N'oublions pas qu'Ion, le serviteur d'Apollon, est on pleine adoleseenee, et ne pent avoir la naïveté d*nn enfant. C'est déjà ane essentielle différence
agir assez pour un soldat'. En juger ainsi, c'est ne pas comprendre le caractère théocratique de ce drame, où Dieu seul doit tout accomplir. L'ancien serviteur des rois de Juda nous semble destiné surtout à représenter ici Po* pinion publique. Le souvenir qu'elle garde à la dynastie dépouillée serait en effet suspect de quelque partialité secrète, s'il ne se montrait que dans le grand-prêtre et la tribu de Lévi. Il convenait donc que ce sentiment eût une expression plus désintéressée. Or Abner est le légitimiste laïque personnifiant, avec la plus saine partie de la nation, la classe militaire, qui conserve une fidélité muette au sang de ses rois, mais concilie ses regrets et ses espérances avec le sentiment du devoir, l'esprit de discipline et l'obéissance légale au pouvoir établi, dont il désire la chute, sans se permettre d'y aider autrement que par des sojihaits moins stériles peut-être qu'il ne semble. Car la conspiration des cœurs et des consciences est plus redoutable que celle du poignard.
De plus sa loyauté discrète est nécessaire pour établir des échanges de rapports officiels ou officieux entre le temple et le palais, où d'ailleurs il peut utilement contrebalancer les suggestions perfides de Mathan, par le crédit que lui assure l'estime d'Athalie. Car sous le soldat, il y a, je n'ose dire le courtisan, mais l'homme habitué à la pratique des cours, et dont l'expérience a souvent l'esprit d'àpropos, notamment dans l'interrogatoire de Joas, lorsque, pour désarmer Athalie, il la rassure par cette ingénieuse interprétation du songe qui l'effraye ;
Madame, voilà donc cet ennemi terrible : De vos songes trompeurs l'imposture est visible, A moins que la pitié qui semble vous troubler Ne soit le coup fatal qui vous faisoit trembler.
Son influence sert donc à entretenir la sécurité d'Athalie, à dissoudre par l'optimisme les intrigues d'un apostat, et à propager, sans trop le vouloir, « l'imprudence et l'erreur » qui militent pour la bonne cause. En demander davantage
i. Voodrait-on qa'il fit an pronunciafwnto ?
à sa vertu oisive, c'est oublier que, dans les temps de crise, les honnêtes gens sont rarement des héros. Leur « foi qui n'agit point » est sinon peureuse, du moins paresseuse: ils invoquent à voix basse l'initiative providentielle, mais se croisent les bras; et en attendant ils se résignent au lait accompli, ou même en tirent parti, non sans le maudire par habitude, prudemment et dans l'ombre.
Ce n'est pas qu'Abner soit incapable de fermeté ni de bravoure, dans le cas où Joad l'exigerait. Mais le pontife qui le gourmande n'a pas besoin de son épée, parce que le Tout-Puissant combat avec lui. Par conséquent Âbner est louable, précisément par son inaction. H vaut en raison de ce qu'il ne fait pas.
Hathan l'apostat. — Sa loyauté, son humanité, s'opposent, du reste, fort heureusement à l'hypocrisie et à la cruauté de Mathan, que n'ont point épargné les critiques. Entre autres griefs, on l'accuse de dire trop de mal de luimême, et de s'avilir gratuitement aux yeux d'autrui. N'at-il pas l'effronterie de se démasquer par l'impudeur de cet aveu :
.... Peux-^u penser que d'un zèle frivole Je me laisse aveugler pour une vaine idole, Pour un fragile bois que^ malgré mon secours, Les vers^ sur son autel, consument tous les jours?
Sans doute ce cynisme nous révolte ; mais Racine l'entendait ainsi : car ôter toute excuse à ce traître, c'est en ménager une à Joad, qui peut en avoir besoin, lorsqu'un extrême péril le réduit à tromper un trompeur. Il fallait donc que son ennemi voulût a à force d'attentats perdre tous ses remords. »
Cette frénésie est conforme à la nature, chez un scélérat qui, cherchant à s'étourdir sans cesse par de nouveaux crimes, met tout son orgueil à paraître esprit fort et politique profond, supérieur à tous les préjugés. L'ambition qni le possède lui faisant voir les choses autrement qu'à nous , il croit se relever à ses propres yeux, en s'applaudissant de ce que nous condan^nons, et en bravant la conscience
publique avec l'insolence d'un homme heureux qui, enivré par la faveur, étale comme un triomphe sa bassesse d'apostat parvenu.
Ses fai]îaronnades et sa^ haine personnelle contre Joad concourent d'ailleurs au dénouement. Il le prépare, à son insu, par sa malignité vindicative qui s'acharne à éveiller es soupçons, et attise les fureurs d'Athalie. Car il est son mauvais génie. En voulant la rendre aussi cruelle que luimême, il la pousse aux résolutions violentes qui vont la perdre. En aidant ainsi à la progression du péril, il im* prime donc un élan à l'action.
I^es r61es accessoires, — Les physionomies demeurent tout aussi distinctes chez les autres personnages secondaires, depuis Josabeth qui, témoin de tant de meurtres, en a gardé comme un frisson d'épouvanté, et dont la craintive tendresse préfère pour son fils adoptif la sécurité à la gloire, jusqu'à Zacharie et Salomith fraternellement associés aux jeux ou aux prières d'un royal orphelin, jusqu'à Nabal, cet officier subalterne, qui s'attache à la fortune de Mathan sans être sa dupe : car il le dupera luimême, si Toccasion le tente.
lies principales scènes. -» Les détails de l'exécution seraient dignes d'une étude plus attentive encore; indiquons du moins les principales scènes. — Dès le début, quelle ingénieuse industrie dans cette exposition qui nous instruil de tout ce qui importe, le conflit des deux cultes, les menaces d'Athalie et le péril du grand-prêtre, éveille l'attente d'un événement dirigé par une main mystérieuse, laisse entrevoir sous le voile un vengeur armé pour la cause des opprimés, et prélude même au dénouement par une allusion furtive au trésor caché dans le temple ^ ! Dieu et Mhalie 1 voilà les deux puissances entre lesquelles la guerre est déclarée, et c'est avec une auguste solennité qu'elle s'engage. Si l'issue n'en peut être douteuse, ses
1« Tantôt voyant pour l'or sa soif insatiable,
Il {Mathc^n) lui feint qu'en un lieu que vous seul connoisseï, Vous cachez des trésors par David amassés I
incidents seront gradués par des péripéties de plus en plus pathétiques'.
Dès lors, tous les incidents se tiennent comme les anneaux d'une chaîne, par exemple ce fameux songe qui n'est point un hors-d'œuvre brillant, mais une pièce maîtresse, d'où part le mouvement, puisque, par les frayeurs dont il est cause, il provoque l'interrogatoire de Joas.
Rien de plus neuf que cette scène où l'on suit avec une émotion toujours croissante la lutte de la faiblesse contre la force,etde la simplicité contre la ruse déjouée par Finnocence. L'instinct de pitié qui surprend le cœur d'Athalie est si naturel et si rapide, qu'il ne dément pas le caractère. Outre ' qu'elle se reproche cette défaillance *, sa haine lui revient aussitôt ; et le juge d'instruction le plus expert applaudirait à cette enquête que lui inspire le souci de sa sûreté personnelle.— Rien non plus d'invraisemblable dans la dextérité naïve avec laquelle l'enfant, que nous écoutons anxieux comme Josabeth, se joue autour des pièges, glisse, échappe, et se sauve par des merveilles d'évasive souplesse. Dans ses réponses à double entente qui, dérobant le secret qu'elles semblent trahir, dépistent la curiosité sous apparence de la satisfaire, et donnent le change sans vouloir tromper, pas un mot qui soit mensonge ou calcul; et cependant cette franchise môme ressemble à de l'adresse, jusque dans les témérités dont elle ne se doute pas. Oui, c'est toute une diplomatie qui s'ignore, et ne nous étonne pas, malgré le timbre d'une voix qui a toujours son âge. C'est qu'ÉIiacin a bien profité des entretiens de Jos&beth. Car la sollicitude de ses tuteurs s'est gardée de lui révéler directement le mystère de son origine : ils ont enveloppé la vérité de symboles et d'énigmes ;
▲THALIB.
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer *
1. L'exposition à*Iph%génit et de Bajaset peut teule soutenir le parallèle. 8. Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse
La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce
Font insensiblement à mon inimitié »
Succéder.... Je seroit sensible à la pitié