‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 158 sur 193 · JOAS · texte numérisé non relu

JOAS

Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin? Aux petits des oiseaux il donne la pâture.

L'enseignement du sanctuaire lui porte bonheur, et toutes les belles maximes qu'on mit dans la mémoire de son cœur vont lui revenir aux lèvres, aussi ingénues que s'il récitait un verset des prophètes. S'il paraît très-avancé pour son âge, l'honneur en est donc à ses maîtres. Athalie ne s'y trompe pas, quand elle dit avec une sombre ironie :

.... J'aime à voir comme vous Tinstruisez ; Sa mémoire est fidèle, et dans tout ce qu'il dit, De vous et de Joad je reconnois Tesprit,

Les allusions deviennent en effet de plus en plus transparentes :

Le bonheur des méchants comme un torrent s^écoule;

et, sous le coup de ces blessures qui réveillent des haines irréconciliables, elle à son tour, Athalie, se redresse avec un sinistre orgueil pour lancer l'apologie de ses forfaits, comme un défi dédaigneux, à l'impuisâance de ses ennemis. Faute d'espace, nous n'insisterons pas sur la scène'où le grand-prêtre tombe aux pieds d'un enfant de huit ans, puis, déposant la couronne sur le front du souverain légitime, mêle la tendresse d'un père à la majesté du sacerdoce pour faire, aussi lui, comme Bossuet, la leçon à tous les rois. La foi monarchique du dix-septième siècle est là dans toute sa ferveur. En même temps, sous les conseils ou plutôt, sous les ordres qui dictent ses devoirs à une conscience royale, on reconnaît encore le cœur de Racine et la générosité compatissante qui lui valut, dit-on, une disgrâce^ ,

1. On aime à voir qall n'oablie pat la eaase des peuples, au moment où il leur donne on roi, ce c^i n'empAcha pas Voltaire de l'appeler un faciieus bon 4 mettre 4 la Bastille.il veut une royauté absolue, mais paternelle.

38â . RACINE.

Quand il s'élève contre «e le charme empoisonneur de Fabsolu pouvoir », et <c ^5 lâches flatteurs la voix enchanta resse », on se souvient de la légende qui court sur le mémoire que Mme de Maintenon n'aurait point osé défendra — Mais, si Louis XIV put prendre pour lui ce vers :

Hélas ! ils ont des rois égaré le plus sage I

Tensemble du tableau n'en convient pas moins avant tout aux mœurs d'une nation qui choisit souvent ses pontifes poui chefs ou pour arbitres, jugeant les rois avec l'autorité d'une voix inspirée par Dieu lui-même.

Quant au prophétique transport qui sert puissamment à l'action, puisqu'il communique aux lévites la foi d'où dépend la victoire, ce morceau n'a d'égal que le dénouement grandiose' terminé par ces vers où se résume toute la morale de la pièce :

Par cette fin terrible et due à ses forfaits, Apprenez, roi des Juifs, et n'oubliez jamais Que les rois dans le ciel ont un juge sévère, ^'innocence un vengeur, et l'orphelin un père.

Le poëte lyrique, les chœnrs. — Nous n'avons rien dit encore du poète lyrique ; et des chœurs par lesquels il nous rappelle les anciens. Tout en rivalisant avec les hardiesses du génie hébreu par des brusqueries audacieuses qu'eût enviées Bossuet, il les attendrit par l'accent d'une grâce virgilienne et d'une douceur évangélique. Car des notes clémentes tempèrent ici l'horreur ou la sombre magnificence de la tragédie juive : c'est comme une rosée qui tombe d'un ciel d'airain. Or ces strophes ne sont point Paccompagnement lointain de l'action ; mais elles la continuent et la prolongent par l'harmonie des vœux qui l'interprètent. Ces jeunes filles, que guident Josabeth et l'aimable Salomith, s'intéressent en effet par d'intimes émotions aux souffrances, à l'espoir, à la crainte et aux joies de l'épreuve ou du triomphe. C'est ainsi qu'à la fin du premier acte, api es les redoutables confidences de Joad, des voix pures

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