‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 159 sur 193 · Il n'y a guère do comparable que l6 v« acte de Rodogum · texte numérisé non relu

Il n'y a guère do comparable que l6 v« acte de Rodogum

ÎIACINË- 3S3

secondent le gran^-prêtre, encouragent Abner, et rassurent Josabeth, en célébrant la grandeur et la bonté du Tout- Puissant. De même, a|i second acte, l'interrogatoire de Joas semble susciter spontanément l'explosion enflammée de l'ode qui contient la menace des vengeances prochaines. Au troisième acte, alors que s'arment les lévites, le concert qui éclate est comme l'écho naturel de l'excommunication qui vient dé chasser l'apostat du temple, et de la prophétie qui soulève le voile de l'avenir. Enfin au quatrième acte, à rheure du combat, n'est-on pas dans l'attente de ce chant guerrier qui est le Te Deum d'une victoire, et l'adieu des vierges prêtes à rentrer dans l'ombre du sanctuaire, dès que retentira le bruit des armes?

En résumé, la conception la plus riche dans le sujet le

plus simple et en apparence le plus stérile, la vérité des

caractères et des mœurs appropriés au goût français, la

logique des situations, une majesté de ton, un essor qui

s^élève jusqu'à l'enthousiasme, un style aussi aisé que

sublime, la sobriété d'une versification merveilleusement

variée, où Racine est au-dessus de lui-même, la terreur

et la pitié soutenues par un intérêt progressif, le dénpû-

ment le plus imposant qui se soit produit sur la scène,

puisqu'il nous montre Dieu gouvernant les empires ; voilà

les mérites qui mettent Athalie hors de pair, et justifient

ce jugement de Sainte-Beuve : « elle est belle comme

V Œdipe rai^ avec le vrai Dieu de plus *. » C'est en un mot

la pièce la plus antique du théâtre moderne.

1. Mme du Deffand écrivit que, s'il fallait choisir un ouvrage, un seul, dont elle voulût être l'auteur, elle opterait pour Athalie. — Le grand Frédéric disait qu'il aimerait mieux avoir fait Athalie que la guerre de Sept ans. VaU taire y salue le chef-d'œuvre de l'esprit humain.

PORTRAIT BIOGRAPHIQUE

Sa lennesse. ^ Né le 14 janvier 1622, dans une maison située à Tangle des rues Saint-Honoré et des Vieilles-Étuves*, baptisé le 15*, à Saint-Eustache, sous le nom de Jean-Baptiste, Molière était l'aîné des enfants de Marie de Cressé, et de Jean Poquelin, qui en 1631 devint tapissier valet de chambre du roi*. A dix ans, il perdit sa mère*, qui laissait trois fils et une fille en bas âge *. Sa première enfiince s'écoula dans un milieu bourgeois où tout sentait le marchand cossu*. Après un an de veuvage, son père ayant contracté une seconde union, en mai 1633', le petit Poquelin entra chez les jésuites, au. collège de Glermont, où il eut pour condisciples Armand de Bourbon, prince de

1. La maison reconstruite porte le n* 96 sur la rue Saint-Honoré, et 2 sai celle des Vieilles-Étuves.

2. Jusqu'ici on a confondu la date de naissance ayec celle du baptèrae.

3. En vertu d'un acte de résignation de son frère cadet, Nicolas Poquel n La charge était appointée trois cents livres.

Page 1