Âgée de trente et un ans
5. Parmi les livres qu'elle possédait se trouvaient Plutarque Qt la Bible, qui figureront plus tard dans llnventaire de Molière.
6. Voir la restitution dans laquelle M. Soulié a restauré l'appartement des Poquelin. (Sainte-Beuve, iVou«. Lundisy v. 264.)
7. Il acheta une maison sous les piliers des halles: elijB a étf démolie Ion du percement de la rue Kambuleau.
Coati, le célèbre voyageur Bernier, répicurîen Chapelle et le poète Hesnault. Quand il eut achevé ses humanités, il suivit les cours de Gassendi qui enseignait la philosophie à Chapelle et à Cyrano de Bergerac. Nous savons aussi qu'en 1 637, il obtint la survivance de l'emploi paternel, ce qui l'obligea, vers 1641, à suivre Louis XIII dans ce long voyage de Narbonne qui dura presque un an. Le jeune observateur put alors étudier de près les mœurs de la cour, et voir Richelieu mourant lutter encore contre le courage des Espagnols, l'audace des mécontents et la pusillanimité du roi.
Sm ▼oeatlon, son novieiat. — Depuis longtemps le goût du théâtre s'était éveillé dans sa vive imagination, grâce aux gâteries de son aïeul et subrogé-tuteur, Louis de Gressé, riche bourgeois qui aimait la comédie avec passion, et menait souvent son petit-fils à J'Hôtel de Bourgogne*, où brillaient Bellerose dans le haut comique, Gautier- Garguille, Gros-Guillaume et Tur lupin dans la farce. Les confrères de la Passion qui, dépossédés de leurs privilèges, demeuraient propriétaires de la salle et de plusieurs loges, avaient d'ailleurs pour doyen, vers 1639, un nommé Pierre Dubout, qui était, lui aussi, tapissier ordinaire du roi. Or ce collègue de Jean Poquelin donna ses entrées à l'étudiant qui venait, paraît-il, de se faire recevoir avocat à Orléans. Il est probable que la charge paternelle lui souriait médiocrement ; aussi se laissa-t-il tenter par l'impérieuse vocation qui le tourmentai ; et, une fois majeur, après avoir hanté les tréteaux du Pont-Neuf, les Italiens et Scaramouche, il ne tarda pas à entrer dans une troupe de fils de famille qui, sous le titre de V Illustre théâtre, donnaient dea représentations à la porte de Nesle et rue de Bussy, au faubourg Saint-Germain. Les deux frères Béjart, leur sœur Madeleine, et Duparc, faisaient partie de cette bande ambulante qui rappelait les Enfants sans souci. Bientôt il en devint le chef, à ses risques et périls : car il prit vis-à-vis des siens la grosse part de responsabilité, souscrivit pour toutes
I Rae Maaconseil, près de la>rae Saint-Honoré et des hallea.
ÂTUDES UTTÉRAIRES. I. — 25
les obligations, et s'engagea si bien que, les recettes étant insuffisdiites, il se vit un jour appréhendé au corps, et mis an Ghâtelet pour une somme de cent quarante-deux livres. Mais un brave homme, Léonard Aubry, paveur des bâtiments du roi, se porta caution, et hâta sa délivrance, (août 1645). Ce fut au sortir de prison que Poquelin résolut de s'appeler Molière^ pour soustraire le nom de sa famille au décri qui s'attachait alors à une profession mal vue.
Cependant éclataient les troubles politiques de la Régence, espèce de tragi-comédie, compliquée d'astuce italienne, de rancune espagnole, de légèreté française, et dénouée par une co^nposition amiable entre des intérêts qui s'étaient armés les uns contre les autres, sans trop savoir de quoi ils avaient à se plaindre, ni ce qu'ils pouvaient espérer. Cette crise faisant une concurrence fâcheuse aux divertissements de la scène, Molière partit pour la province, où, pendant douze années, à la tête de sa caravane, tout ensemble directeur, acteur et auteur*, il accomplit un noviciat singulièrement propre à former un poète comique. Ce rude apprentissage ouvrit un vaste champ à sa curiosité ; car la province était alors aussi variée de mœurs que de costumes. D'une ville à l'autre, mille contrastes attiraient l'œil, et les originaux s'y découvraient d'autant plus sûrement que l'ebulUtion contagieuse de la Fronde avait gagné la France entière. Tous les masques se détachaient, tous les caractères entraient en jeu, toutes les conditions étalaient leurs travers, leurs ridicules #u leurs vices. Nul aveu ne devait être perdu pour celui qu'un de ses amis surnomma le Contemplateur^ et qu'un de ses ennemis nous dépeint sous les traits que voici : « Éhmire n'a pas dit ime seule parole; je l'ai trouvé dans la posture d'un homme qui rêve. Il avoit les yetix collés sur trois ou quatre personnes de qualité qui marchandoient des dentelles. Il paroissoit si attentif à leurs discours qu'il sembloit regarder jusqu^au
t. Il n'épargnait pas les canevas à Htalienne, les impromptas, tels que A Médtcin vGlanty et ia Jaiousie du BarbouiUéy préludes du Méaerift malgré lui et de G'ory«* Dandm, ies DocUurs rtraiijr, U MaUrt d'ieoie^U Doeieur ainow ntii A Lo .i«.\.ux, M !:• jouer uce Tf.étaXJe, da genre s>*rteux« qai échoua:
fond de leurs âmes pour y voir ce qu'elles ne disoient pas *.» N*a-t-on pas raconté que plus d'une fois il s'assit, des heures durant, à bord du coche d'Auxerre, observant ce qui se passait autour de lui avec une intensité si sérieuse qu'elle ressemblait à la rêverie de La Fontaine?
Nous ne suivrons point Molière dans toutes les stations de la vie nomade qui nous le montre allant à l'aventure, hospitalier, libéral, bon camarade, essayant toutes les passions, parcourant tous les étages, menant, aussi lui, sa Fronde Joyeuse qui faisait épanouir une innocente gaieté de Bordeaux à Béziers, de Nantes à Lyon, de Rouen à Montpellier. -Signalons seulement deux comédies, en cinq actes et en vers, qui, malgré leur inexpérience, annonçaient déjà san génie. Ce furent l'Étourdi et le Dépit amowreux^ applaudis l'un en 1653*, l'autre en 1656, pendant la tenue des états du Languedoc, présidés par le prince de Conti, condisciple et protecteur du poète, qui faillit devenir son secrétaire après le perte de Sarrasin*.
Retour à Paris (t6S8). Les Précieuses ridicules (f 659) . — Il revint à Paris, au lendemain de la paix des Pyrénées, lorsque Louis XIV se sentait roi, par la mort de Mazarin. C'était arriver à propos, au moment où la cour et la ville attendaient leur peintre. Car les rangs et les conditions allaient se fixer enfiu, et chacun commençait à prendre son pli. Recommandé par le duc d'Orléans, et présenté au roi qui lui permit de jouer alternativement, avec les comédiens italiens, sur le théâtre du Petit-Bourbon\ Molière
1. On conserve à Pézenas nn fauteuil dans lequel il venait s'installer, tout les samedis, chez un barbier fort achalandé, pour y étudier les discours et propos d'un chacun. — La citation où figure Êlomire (anagramme de Molière est tirée d'une comédie intitulée Zélinde par un nommé de Viiliers. Cette disposition à regarder en silence s'accrut avec l'âge et les chagrins de la vie. Ajoutez à ce trait l'expérience personnelle des passions.