Il se peint dans cette profession de foi
Les hommes, la plupart, sont étrangement faits : Dans la juste mesure on ne les roit jamais. La raison a pour eux des bornes trop petites ; De chaque caractère ils passent les limites; Et la plus noble chose ils la gâtent souvent Poui' la Touloir outrer, et pousser trop avant.
ÉTUDES LlïTÉRAlRKS. • I. — 29
^ comédie, qui, plus que toute autre, avait besoin de ce pal^
• liatif.
Cependant, l'effet produit n'est pas tel que le désirait le poète. Outre que le parterre ne se laisse pas volontiers faire la leçon, le voisinage de Tartuffe domine trop la scène pour que son ombre ne se projette pas sur tout ce qui Tentoure. Les excellentes maximes de Clëante en souffrent donc un peu. Ajoutons que son tort est de s'en tenir aui paroles. N'entrant pas dans Faction, ses vertus philosophiques opposent une trop faible antithèse aux manœuvres qu'elles sont impuissantes à prévenir, ou à châtier. Un Alceste eût seul été de taille à lutter contre un Tartuffe, et à le vaincre de vive force.
lies arrière-pensées de nollére. — - Mais ces réserves ne sont pas une adhésion au sentiment de ceux qui, ne voyant dans Gléante qu'une précaution oratoire, attnbuent à Molière des arrière-pensées d'incrédulité systématique, ou de dénigrement voltairien. Outre qu'il est toujours téméraire de sonder les consciences, nous estimons que le théâtre fut pour lui un but, et non un moyen, qu'en choisissant l'hypocrisie comme sujet de satire, il fut seulement désireux de léguer à la postérité un nouveau chef-d'œuvre, en un mot que son génie se décida par des raisons dramatiques et désintéressées de tout autre souci. Qu'un comédien excommunié par l'Église, et dénoncé du haut des chaires comme un corrupteur de la morale publique, n'ait pas été un chrétien très fervent, nul ne s'en étonnera. Mais, si des griefs personnels ont pu animer ses censures, il n'en faut pas conclure qu'il ait voulu frayer la voie aux exterminateurs du siècle suivant. En séparant la fausse monnaie de la bonne, et flétrissant le mensonge au profit de la vérité, il contribua seulement, avec Pascal, à séculariser les principes de la morale menacés par une casuistique éhontée *. D continua Tœuvre des Provinciales, et
1. Le pnblic n'hésita pas k Toir dans le Tartuffe Escobar traduit sur le théâtre. « C'était, dit M. Sainte-Beuve, la graine des Provinciales qui fructifiait. A leur insu, ces deux esprits se prêtèrent main-forte. Molière eut les-mêmes ennemis qne Pascal, ceux qui, quatre ans auparavant, avaient obtenu qu'on brûlât les Petite*
favorisa TaYènement de ce qu'on pourrait appeler la foi dea honnêtes gens, celle que professait déjà ]V(ontaig9^ inaift avec trop d'indifférence secrète, celle qui fiie Tetrouve chef La Brnyèrç mais avec plus de doctriiie cbrétie^oe, celUqui inspire Montesquieu mais avec moins dç obalfiur géuér^i^^e qu'il n'y en eut dans le grand cœur d« MoUère çt d'AIçeate.