Qooy! Je vous voy, maraude
Viste, sortez, friponne, allons, quittez ces lieux, Et ne vous présentez jamais devant mes yeux.
2. La femme qui, en tout et partout, veut être l'égale de Thomme, ne larde pas à se persuader qu'elle lui est supérieure»
maison en crainte ou en respect. Aussi est-elle rame de la coterie.
Armande. Platonisme sospect. Jaloasie, haine. —
Le sang de Philaminte circule dans les veines d'Ârmande ; élevée par une telle mère, celle-ci serait donc plutôt à plaindre qu'à blâmer, si à un platonisme dont je me défie comme d'un calcul intéressé *■ ne s'associaient en elle les plus mauvais sentiments; car elle est jalouse, haineuse . et vindicative. Sous sa philosophie si éthérée couve l'ardeur d'une passion vague qui cherche fortune ; elle n'est donc point aussi dégagée des sens qu'elle voudrait le faire croire. Ce qui le prouve, c'est qu'elle ne pardonne pas à sa sœur cadette de lui avoir ravi, sans le vouloir pourtant, le cœur de Glitandre. Depuis que ses dédains orgueilleux ont rebuté l'amant qui avait d'abord soupiré pour elle, son point d'honneur est de ressaisir la conquête perdue; et, quand elle voit ses avances inutiles, elle devient méchante. Bref, il y a en elle l'étoffe d'une prude. L'âge aidant, elle finira comme Arsinoé.
BéliM. La vieille fille. Sa folie. — Que dire de Bélîs^e sinon qu'étant bornée jusqu'à la niaiserie elle serait ia digne sœur de Chrysale, si elle ne poussait le romanesque jusqu'à l'invraisemblable? Il entre en effet de l'extravagance dans la manie de cette vieille fille qui ne connaît la vie que par les rêves de Mlle de Scudéry. Sachimère est de se croire adorée d'un chacun. Dorante a beau la cribler de mots piquants : ce ne sont pour elle que des accès de jalousie. Lysis peut lui tourner le dos impunément ; elle s'imagine qu'il court après elle. Alcidor lui dit-il : « Je veux être pendu si je vous aime », elle y voit une déclaration. Quand Lysidas prend femme, elle ne lui en veut pas : car c'est le désespoir d'un soupirant éconduit. Nulle d'ailleurs ne 'saurait être plus accommodante, si j'en juge par la feçon dont elle dégage ses prétendants supposés de la parole qu'ils ne lui ont jamais donnée : douces illusions qui suffisent à son bonheur ! Mais malheur à qui tenterait de
1. Ne Toadrait^?Ue pas usurper aiosi les préféreaces de sa mère?
MOIJËRE. 481
dissiper cette hmocente hallucination I car sa douce folie deviendrait alors furieuse *.
Les Pédants. Trlssotln. 9oMme et bassesse. — Au trio
des Savantes répond le duo des Pédants. Quel maître sot que ce Trissotin, avec
La constante hauteur de sa présomption,
Cette intrépidité da bonne opinion,
Cet indolent état de confiance extrême,
Qui le rend en tout temps si content de lui-môme,
Qui fait qu'à son mérite incessamment il rit l
Pourtant, sa sottise voit clair dans ses intérêts : car s'il est aussi flagorneur qu'outrecuidant, s'il veut plaire même au chien du logis, c'est qu'il lorgne une cassette : voilà les beaux yeux auxquels il fait la cour. Quand il flatte la mère et sa manie, il prétend arriver à la fille, et par elle à la dot. Il y a donc de l'hypocrite dans ce grimaud. Lui aussi, il met à l'envers toute une maison. Lui aussi, il capte une fortune, et n'est qu'un faiseur de dupes; s'il diffère de l'autre en ceci qu'il se prend au sérieux, et se rengorge d'aise en sa béate fatuité, il vaut presque Tartuffe pal* l'odieux de sa bassesse. N'est-il pas sourd aux prières d'Henriette qui fait appel à son honneur avec autant de franchise que de convenance, et lui laisse entendre si claire-
1 . Y a-t-il encore des Bélises ? On peut en douter ; Molière a parfois forcé la note. Du reste, ce type n'est pas ici une création. Il est emprunté à *ean Desmarets, à ses YiUonnaires, où Bélise s'appelle Hespérie, et s'écrie:
Hier, j'en blessai trois d'un regard innocent ;
D'un autre plus cruel j'en fls mourir un cent.
Je sens, quand on me parle, une haleine de flamme.
Ceux qui m'osent parler m'adorent en leur âme; j
-Mille viennent par jour se soumettre à ma loi.
Je sens toujours des cœurs yoier autour de moi. I
Sans cesse des soupirs sifflent à mes oreilles.
Mille vœux élancés m'entourent comme abeilles.
Les pleurs près de mes pieds courent comme torrents ;
Toujours je pense ouïr la plainte des mourants,
Un regret, un sanglot, upe yoîz languissante.
Un cri désespéré d'une douleur pressante,
Un ;e brûU d'amour, un hclas! je me meurs I
ment, bien que poliment, qu^elle ne l'aimera jamais^ ? Ne la réduit-il pas à des menaces qui ne découragent point sa poursuite? On a beau lui laisser entendre qu'il y a péril « à vouloir sur un cœui*^ user de violence, » sa philosophie est résignée d'avance « à des ressentiments que le mary doit craindre » :
Il se met au-dessus de ces sortes d^affaires. Et n'a garde de prendre aucune ombre d'ennuy De tout ce qui n'est pas pour dépendre de iuy.
Il ne répond même pas que ses mérites forceront tôt ou tard une volonté rebelle à lui rendre les armes ; mais il déclare sans verg ogne « qu'à tous événements le sage est préparé; » et la conclusion de ses intrigues est ce mot cynique :
Pourvcu que je vous aie, il n'importe comment.
Aussi, pour venir à bout d'une telle impudence, faudra-t-il qu'Ariste imagine le stratagème des deux lettres qui, au moment où va se signer le contrat, annoncent tout à coup àChrysale la perte de sa fortune. Alors seulement, le drôle s'empressera de rendre à Henriette toute la liberté de son choix; et, prompt à battre en retraite, il laissera enfin le champ libre à un rival *.